Pour contrer la guerre des prix dans le bio, les agriculteurs lancent un label plus équitable



Face à la guerre des prix que mène la grande distribution dans la filière bio, les agriculteurs du secteur viennent de lancer le label Bio Français Equitable (BFE) qui intègre un volet social impliquant une juste rémunération des paysans. Alors que la filière bio change d’échelle à grande vitesse, ces agriculteurs veulent éviter à la filière de tomber dans les travers du conventionnel qui précarise les paysans. Le groupe Picard sera le premier à distribuer les produits BFE.

Du bio à prix cassé, c’est un phénomène que les acteurs historiques de la filière bio ne connaissaient pas il y a encore quelques mois. Mais avec l’arrivée des géants de la grande distribution sur le marché, la donne a changé. Les négociations commerciales sont plus rudes, la guerre des prix à bel investi ce secteur, au grand dam des agriculteurs bio qui ne veulent pas se retrouver dans la situation des paysans conventionnels.

« Le risque de voir le bio dénaturé de ses valeurs originelles ne cesse de grandir face à l’explosion de la demande et aux offensives des marques conventionnelles et de la grande distribution. Guerre des prix, industrialisation de la production… Le marché est sur le point de tomber dans les travers du conventionnel sous couvert de le rendre accessible à tous », rapporte le cabinet d’expertise Xergi Precepta.

Une filière bio plus responsable

Face à cette situation, les agriculteurs bio, représentés par la Fédération de l’agriculture biologique (Fnab), viennent de créer le label « bio français équitable » (BFE). L’enjeu est de développer une filière qui rémunère au juste prix les paysans. Le label traditionnel AB, qui fait figure d’indicateur clé aujourd’hui, se focalise sur les méthodes de culture, mais sans considérations sociales. « Le marché biologique se développant, l’opportunité s’est présentée de construire des partenariats forts avec des entreprises de l’agroalimentaire sur une bio qui corresponde à nos valeurs », explique dans un communiqué Stéphanie Pageot, secrétaire nationale en charge des questions économiques à la FNAB.

C’est avec Picard que le label a été créé. L’entreprise française, spécialisée dans le surgelé, a lancé depuis le 2 mars, une gamme bio et local distribuée dans ses magasins en Nouvelle-Aquitaine et en Occitanie, avant de s’étendre si l’expérience s’avère concluante. Picard a signé des contrats tripartites avec trois organisations de producteurs bio et un transformateur du Sud-Ouest de la France. « Nous avons cherché à valoriser cet engagement, c’est comme ça que l’idée d’un label est venue », avance Stéphanie Pageot. 

Le bio sous le feu des critiques 

Les enseignes historiques du bio, comme Biocoop ou La Vie Claire, avaient déjà lancé un label assez similaire, Bio Cohérence. Ce dernier, en plus de s’appliquer uniquement sur les produits bio, est soumis à des critères liés à des conditions sociales et salariales des producteurs. Mais de l’aveu même de Claude Gruffat, ex-président de Biocoop, le label ne « décolle pas ». En démarrant avec Picard, BFE a une chance de se démocratiser et d’être identifié par des adeptes du bio qui ne sont pas forcément des puristes de la première heure. 

Et le timing est important. Car la filière, qui arrive à un tournant, est de plus en plus critiquée. Un rapport sénatorial publié début février, étrille l’intérêt environnemental du bio, qui pratique notamment le labour, dénonce un modèle économique basé sur des prix élevés et pointe la difficulté de parvenir à 15 % de surface agricole utile convertie au bio d’ici à 2022.

« Si, jusqu’à présent, les surprix des produits bio n’ont pas empêché le dynamisme de la demande, il ne faut pas perdre de vue que le prix demeure un facteur limitatif de l’essor de quantités consommées », met en garde le rapport. Ces « surprix », sont en réalité les « prix justes », défendent les agriculteurs bio qui pointent la précarité dans laquelle vivent les agriculteurs conventionnels. 

Marina Fabre, @fabre_marina avec AFP





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