Face à une transition agroalimentaire brutale, les défaillances d’entreprises se multiplient



Le secteur agroalimentaire subit les changements des habitudes des consommateurs. La montée en gamme des produits, plus sains, locaux, moins énergivores, associée à une guerre des prix et des tensions commerciales à l’international, a provoqué une hausse spectaculaire de défaillances d’entreprises dans le secteur, partout dans le monde. Une crise qui pourrait s’aggraver dans les prochaines années. 

C’est un secteur en apparence en bonne santé. L’industrie agroalimentaire pèse 4,7 milliards de dollars et croît de 1,7 % par an depuis 2010. Elle est pourtant en train de traverser une crise, à en croire un nouveau rapport publié par l’assureur-crédit Euler Hermes. Les défaillances d’entreprises dans le secteur sont si importantes qu’elles ont triplé en termes de chiffre d’affaires passant de 6,4 à 20 milliards d’euros en 2019. « Le secteur a connu plus de 30 défaillances majeures en moyenne par an », note l’assureur crédit, particulièrement en Europe occidentale avec 46 cas au cours des trois dernières années.

« En raison de la nature de leurs activités, les entreprises agroalimentaires se sont adaptées pour faire face aux changements liés aux incertitudes climatiques concernant les prix des matières premières », note Euler Hermes. « Pourtant, ces capacités ne suffisent plus à contenir les coûts opérationnels des acteurs de l’agroalimentaire », ajoute l’assureur crédit qui a identifié cinq risques majeurs. Parmi eux, le changement des habitudes alimentaires des consommateurs.

Une montée en gamme qui coûte cher

Ces derniers sont friands d’aliments plus sains et locaux. Une demande de qualité donc, qui nécessite des investissements à long terme. À cela s’ajoute un intérêt croissant pour les aliments dont l’impact climatique est faible. « Le nouveau coût pour les fabricants est de se concentrer sur les parties de la chaîne de production alimentaire pour lesquelles les émissions de CO2 sont les plus élevées ». Ce n’est pas tant le domaine du transport qui est concerné que celui des cultures et de l’élevage. « Modifier les pratiques agricoles est un processus qui prend du temps et qui augmente les coûts », note Euler Hermes. C’est dans ce contexte que le 19 novembre dernier, Dean Foods, le plus grand transformateur de lait américain, a mis la clé sous la porte. 

Face à une montée en gamme et des coûts bien plus élevés, les entreprises agroalimentaires peinent à répercuter la hausse des prix sur le produit final. La grande distribution oblige les fournisseurs à se lancer dans une guerre des prix pour se démarquer. « Soit, ils souffrent de coûts plus élevés qu’ils ne peuvent répercuter sur leurs prix de ventes. Soit, ils sont contraints de compenser les baisses de prix lorsque les prix des produits agricoles sont bas. Dans les deux cas, les transformateurs de produits alimentaires sont totalement impuissants face aux exigences de détaillants de masse et doivent en conséquence absorber la hausse de leurs coûts d’exploitation », souligne le cabinet. 

La croissance démographique ne sauve pas le secteur

Et contrairement à ce que l’on peut penser, la croissance démographique ne va pas sauver le secteur, en tout cas pas en Occident où la consommation alimentaire en volume diminue. En France, « l’institut IRI a identifié que si la population française a augmenté de 0,6 % au cours des quatre dernières années, les ventes de produits alimentaires en volume ont diminué de 2 % », rapporte l’assureur-crédit. Si jusqu’ici cette baisse des ventes était compensée par des produits plus chers, ce pourrait ne plus être le cas en 2020. « L’effet de la montée en gamme se dissipe », note Les Echos, citant les spécialistes du secteur dont les cabinets Kantar et Nielsen. 

Marina Fabre, @fabre_marina





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