Vázquez, mémoire du passé et vision du futur



Quand le jour de ses 3 ans, elle a délaissé ses cadeaux pour taper dans les ballons de baudruche, son père a tout de suite compris : il lui a offert un vrai ballon de football et a encouragé son amour du beau jeu. Érika Vázquez est aujourd’hui l’une des capitaines de l’Athletic Club, dont elle défend les couleurs depuis 15 ans.

Triple championne d’Espagne, elle est la deuxième réalisatrice de l’histoire de l’équipe basque (260, derrière le légendaire Telmo Zarra, 335), meilleur buteur de la Liga pendant plus de 60 ans. « J’y ai réfléchi, mais j’ai décidé de ne pas battre son record », plaisante-t-elle.

L’attaquante rayonne de joie et de passion pour un sport qu’elle a vu exploser ces dernières années. « Dommage que je ne sois pas née dix ans plus tard pour profiter des avancées à venir », soupire celle qui n’en revient toujours pas d’avoir obtenu le statut de professionnelle, qui lui permet de ne plus avoir à concilier entraînements et travail à temps partiel pour joindre les deux bouts. « Je n’aurais jamais cru pouvoir passer pro. J’ai grandi en pensant devoir vivre de mes études et de mon travail. Au début, je travaillais au club, et cet emploi comptait beaucoup pour moi. Je n’avais pas de modèle et l’idée de vivre du football me paraissait insensée. C’est différent aujourd’hui, les filles peuvent aspirer à une carrière de footballeuse », se réjouit-elle.

Les études avant tout

Elle donne un précieux conseil aux jeunes générations des deux sexes. « Ils ne doivent pas abandonner leurs études. Les joueuses ne gagnent pas encore autant que leurs homologues masculins. Elles ne peuvent pas partir à la retraite à 40 ans et vivre de leurs économies. Nous n’en sommes pas encore là. Quant aux garçons, je leur rappelle qu’ils ne deviendront pas tous professionnels. Ils doivent prendre le temps de faire des études. Sans oublier qu’on est toujours à la merci d’une mauvaise blessure. »

La Pamplonaise prêche par l’exemple. Outre un diplôme en éducation physique, elle a suivi les trois cours d’entraîneur. Actuellement, elle apprend l’anglais et effectue un stage de recrutement.

Erika Vázquez Sofia Jakobsson 

L’exemple de l’Athletic Club

Érika a quitté une modeste formation de Pampelune pour rejoindre le club de Bilbao il y a 15 ans. Depuis, elle a vécu de près la croissance et la consolidation du projet féminin. Si le FC Barcelone et l’Atlético de Madrid ont aujourd’hui pris de l’avance, les Leonas restent une référence.

« L’Athletic a parié très tôt sur la section féminine. Il a progressé lentement, mais sûrement, sans jamais revenir en arrière. Il ne nous a jamais retiré des ressources pour combler des manques dans les catégories masculines ou jeunes. Il a investi dans le centre de formation qui nourrit notre effectif », explique-t-elle. « Nous avons toujours été traitées comme les garçons. Nous avons eu droit à des services médicaux et des installations de premier ordre, nous avons toujours joué sur des terrains en gazon naturel et nous avons bénéficié des meilleurs créneaux horaires. C’est inestimable. »

Le club applique une réelle politique d’égalité qui a fait tache d’huile à Bilbao. Érika est toujours surprise d’être reconnue dans la rue, d’être attendue après les matches pour signer des autographes ou de voir des enfants porter le maillot rouge et blanc floqué de son nom. L’égalité dans le football a marqué la ville et le stade San Mamés en est la preuve. En janvier 2019, 48 121 spectateurs se sont pressés dans les tribunes à l’occasion d’un quart de finale de la Coupe de la Reine.

L’espoir pour l’avenir

« C’était incroyable », se souvient l’attaquante, qui ne se laisse toutefois pas emballer. « Mais ce n’est pas encore ce que nous vivons au quotidien. Il en faut beaucoup pour remplir San Mamés. Nous n’y parviendrions pas tous les dimanches. Ce que nous souhaitons, c’est faire stade comble au Lezama toutes les semaines et que Barcelone en fasse autant à l’Estadi Johan Cruyff. Je ne me plains pas, parce que nos supporters répondent toujours présents. Mais ces matches historiques sont nécessaires. Ils braquent les projecteurs sur nous, ils nous stimulent et nous donnent de l’espoir pour l’avenir. »

Elle a beau avoir 37 ans et avoir réalisé son rêve de Coupe du Monde à Canada 2015, il lui reste de l’énergie et de la passion à revendre : « Le football a toujours été un passe-temps pour moi. C’est la raison pour laquelle je n’ai rien perdu de ma passion. Je joue par plaisir, et non par obligation », conclut-t-elle, convaincue que le championnat espagnol deviendra une référence mondiale.



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