Pourquoi la France résistera mieux à la crise qu’en 2008



Activité à l’arrêt dans de nombreux secteurs, chute des Bourses…Les conséquences économiques du Coronavirus sont sans précédent depuis la grande récession de 2009. Pour certains experts, le choc, et ses mécanismes, sont comparables. A la tête de Rexecode, un institut proche des entreprises qui scrute leur santé financière et leur compétitivité, l’économiste Denis Ferrand considère que la crise actuelle est beaucoup moins grave, que celle de 2008. Explications.

 Challenges – Beaucoup d’économistes font le parallèle entre la récession de 2009 et la crise du Coronavirus. En faites-vous partie ?

Denis Ferrand – Non. Il n’y a pas de similitude. En 2008-2009, la crise avait eu lieu car il n’y avait plus d’huile dans les rouages, plus de financement pour les activités économiques. Aujourd’hui, avec le Coronavirus, la production est impactée notamment par les difficultés d’approvisionnement et la réduction des débouchés vers la Chine. C’est un choc exogène, qui va provoquer une perte d’activité en France. Mais il ne provient pas d’un dysfonctionnement du système, comme en 2008, avec la pénurie de financement qui avait provoqué la récession.

La panique sur les marchés boursiers ne risque-t-elle pas de tarir le financement des entreprises ?

Les tensions financières seront pour l’instant limitées. Nos entreprises sont beaucoup plus solides financièrement. Elles ont tiré les leçons de la crise financière en augmentant leur matelas de trésorerie, qui représente aujourd’hui 18 % de leur endettement contre 12 % avant la crise. Et les banques centrales, qui ont aussi tiré la leçon de la crise, vont réagir. La réaction très rapide de la Fed, qui a baissé des taux directeurs, montre l’attention portée aux risques de difficultés de financement des entreprises.   

Dans beaucoup de secteurs touchés (transport, tourisme, spectacle), les entreprises vont couper dans leurs dépenses. Ce mécanisme peut-il enclencher une récession ?

Dans les secteurs touchés, par exemple le transport aérien, une partie de l’activité perdue ne sera jamais récupérée. Mais une partie sera aussi reportée, par exemple certains voyages qui seront simplement différés. Même mécanismes pour les investissements : si l’entreprise diffère ses dépenses à cause de la crise du Coronavirus, cela n’est pas très grave. En revanche, si elle les supprime, comme cela avait été souvent le cas en 2009, alors cela peut enclencher une mécanique récessive. Aujourd’hui, je pense que la plupart des investissements ne sont que différés, les entreprises étant dans l’attente d’une reprise d’activité.

Moins performante à l’exportation que l’Allemagne, la France est-elle plus protégée du choc en Chine ?

Oui. La France est, en effet, trois fois moins dépendante de la Chine, en tant que débouché, que l’Allemagne. En revanche, notre taux de dépendance de la Chine en tant que pays fournisseur pour l’industrie et les consommateurs est proche de celui de l’Allemagne. Pour la France, il faut aussi noter la dépendance de certains secteurs vis-à-vis de l’Italie, très affecté par cette crise sanitaire. Par exemple, dans le textile, 17 % des biens intermédiaires, utilisés dans la fabrication, viennent d’Italie, notamment de la région Nord, la plus touchée.

Face à ce choc, quelles sont les mesures de politique économique pertinentes ?

Il ne faut surtout pas de relance budgétaire. Stimuler une demande qui ne peut pas être honorée, notamment à cause des problèmes d’approvisionnement, créerait un choc inflationniste. Il faut en priorité éviter les faillites d’entreprises dans les secteurs les plus affectés (transport, tourisme, spectacles), notamment en offrant une très grande souplesse dans le paiement des cotisations sociales. Il faut aussi soulager la trésorerie de ces entreprises. Et éviter toute remontée du chômage en facilitant le recours au chômage partiel. En Allemagne, l’utilisation massive de ce système généreux du Kurzarbeit, en 2009, pris en charge par l’Etat les salariés et les entreprises, avait permis d’éviter les licenciements. Et à la fin de la crise, l’Allemagne avait vite redémarré. Permettre aux entreprises de garder leurs salariés facilitera leur rebond, une fois que la crise du Coronavirus sera terminée.

 

 

 

Activité à l’arrêt dans de nombreux secteurs, chute des Bourses…Les conséquences économiques du Coronavirus sont sans précédent depuis la grande récession de 2009. Pour certains experts, le choc, et ses mécanismes, sont comparables. A la tête de Rexecode, un institut proche des entreprises qui scrute leur santé financière et leur compétitivité, l’économiste Denis Ferrand considère que la crise actuelle est beaucoup moins grave, que celle de 2008. Explications.

 Challenges – Beaucoup d’économistes font le parallèle entre la récession de 2009 et la crise du Coronavirus. En faites-vous partie ?

Denis Ferrand – Non. Il n’y a pas de similitude. En 2008-2009, la crise avait eu lieu car il n’y avait plus d’huile dans les rouages, plus de financement pour les activités économiques. Aujourd’hui, avec le Coronavirus, la production est impactée notamment par les difficultés d’approvisionnement et la réduction des débouchés vers la Chine. C’est un choc exogène, qui va provoquer une perte d’activité en France. Mais il ne provient pas d’un dysfonctionnement du système, comme en 2008, avec la pénurie de financement qui avait provoqué la récession.



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