Test Blu-ray : Le train sifflera trois fois


Le train sifflera trois fois

 
États-Unis : 1952
Titre original : High Noon
Réalisation : Fred Zinnemann
Scénario : Carl Foreman
Acteurs : Gary Cooper, Grace Kelly, Thomas Mitchell
Éditeur : Sidonis Calysta
Durée : 1h25
Genre : Western
Date de sortie cinéma : 26 septembre 1952
Date de sortie DVD/BR : 6 mars 2020

 

A peine marié, le shérif Will Kane apprend que Frank Miller, un homme qu’il a fait arrêter cinq ans plus tôt, arrivera en ville par le train de midi. Déjà, trois de ses complices l’y attendent. Le sens du devoir l’emportant sur la démission qu’il avait l’intention de donner, Kane espère cependant que quelques-uns de ses concitoyens prennent les armes avec lui. Aucun ne le suit. Bien que le combat s’annonce perdu d’avance, le shérif se dresse contre les bandits…

 


 

Le film

[5/5]

Le mois de mars risque d’être ruineux pour les cinéphiles français amateurs de « grands classiques » : après la sortie en Blu-ray et Blu-ray 4K de La vie est belle de Frank Capra et celle du doublé Au hasard Balthazar / Mouchette de Robert Bresson, c’est aujourd’hui Le train sifflera trois fois de Fred Zinneman qui débarque en Combo Blu-ray + DVD + Livret (Mediabook) sous les couleurs de Sidonis Calysta.

Si sa nature de chef d’œuvre a pu être contestée à l’époque de sa sortie par une critique profondément teintée d’idéologie et de « politique des auteurs », le temps a largement contribué à rendre ses lettres de noblesse au film de Fred Zinneman. Aujourd’hui quasi-unanimement considéré comme un grand film, profond et nuancé, Le train sifflera trois fois réussit le tour de force de proposer un sous-texte ouvertement politique (le parallèle avec le Maccarthysme), sans pour autant que ce deuxième niveau de lecture s’avère – comme trop souvent malheureusement – essentiel afin d’apprécier l’œuvre à sa juste valeur. Il semble en effet que l’on puisse passer tout à fait à côté de l’aspect « chasse aux sorcières » du récit et juste apprécier le film pour ce qu’il est : l’histoire tendue – l’utilisation du « temps réel » y est assurément pour quelque-chose – d’un homme las se décidant à affronter son destin, arrivant sous la forme d’un groupe de truands par le train de midi. Cherchant en vain à recruter un groupe d’hommes afin de l’épauler, le personnage de Kane campé par Gary Cooper permettra au film de dresser une belle parabole sur le comportement humain, et plus précisément sur le courage d’un seul s’opposant à l’immonde lâcheté de tous les autres.

Profondément humain dans ses failles ainsi que dans sa peur, Kane est un personnage paradoxalement fort et fragile à la fois ; pour le spectateur, la tension monte également au fur et à mesure que l’heure tourne : le suspense est total, haletant, rythmé par la répétition des plans fixes sur la voie ferrée ainsi que sur l’horloge du bureau du shérif, habilement distillés par Fred Zinneman tout au long du film, et de plus en plus rapprochés dans la deuxième moitié du métrage. La bande-son minimaliste et la sobriété du cadre et de la mise en scène accentuent l’impression de menace pesante planant sur Le train sifflera trois fois, qui se caractérise également par une absence totale d’action jusque dans les toutes dernières minutes du film. Autant d’éléments qui en font un western unique, tantôt apprécié tantôt détesté par les amoureux du genre, mais en tous les cas à découvrir de toute urgence si d’aventure vous ne l’aviez pas encore vu.

 

 

Le Combo Blu-ray + DVD + Livret

[5/5]

Après plusieurs éditions DVD – dont une « collector » – sorties il y a de nombreuses années sur le territoire français, Le train sifflera trois fois s’offre enfin une édition digne de ce nom, qui permettra aux cinéphiles français de se débarrasser définitivement de leurs vieilles galettes en définition standard ou de s’en servir comme épouvantails à moineaux. Le film de Fred Zinneman débarque donc ce mois-ci sous la forme d’un très beau coffret Combo Blu-ray + DVD + Livret édité par Sidonis Calysta, le tout s’imposant dans un superbe Mediabook garni d’un livret de 60 pages intitulé « Si toi aussi, tu m’abandonnes – L’histoire du film », et proposant un texte signé Patrick Brion, le tout étant naturellement accompagné de très nombreuses photos et documents d’archives. Le critique et créateur du « Cinéma de Minuit » abordera la genèse du film, en revenant largement sur le scénariste et producteur Carl Foreman et ses ambitions. Bien sûr, l’apport de Fred Zinneman et de Gary Cooper sera également abordé, de même que le budget, les références au Maccarthysme, le montage, la musique, etc, etc. C’est très complet, un beau boulot d’archivage et de contextualisation.

Côté Blu-ray, on sent bien que Sidonis Calysta tenait à livrer au consommateur non seulement un très bel objet de collection, mais également une édition magnifique s’imposant comme une véritable référence en termes de son et d’image. Et le transfert du Train sifflera trois fois mettra tout le monde d’accord d’entrée de jeu, un master Haute Définition tiré d’une remasterisation 4K et affichant une forme tout à fait resplendissante. La définition et le niveau de détails sont assez bluffants, tout en respectant scrupuleusement la granulation d’origine de la pellicule ; on redécouvre littéralement le film ainsi que la photo spartiate signée Floyd Crosby. Le rendu des contrastes et la gestion des noirs ont également bénéficié d’un soin tout particulier, l’image étonne même par sa propreté et sa stabilité. Point de trace de DNR ou autres bidouilles numériques à l’horizon, c’est du tout bon. Côté son, nous aurons droit à des pistes DTS-HD Master Audio 2.0 en VO et VF, qui ne présentent pas le moindre problème : le souffle est quasi-absent, et le tout est parfaitement équilibré, respectant parfaitement la dynamique acoustique d’origine (une légère saturation se fait cependant entendre sur le générique français, avec la fameuse chanson « Si toi aussi tu m’abandonnes »). On notera bien sûr que la version française est présentée dans son doublage d’origine qui s’avère, il faut bien l’avouer, assez suranné et réjouissant, ajoutant peut-être même un petit charme supplémentaire à l’ensemble pour les nostalgiques ayant découvert le film durant leur enfance.

Du côté des suppléments, Sidonis Calysta continue sur son excellente lancée, en ajoutant à l’ensemble une valeur éditoriale certaine : on ne trouvera en effet sur la galette des suppléments tout à fait intéressants, par ailleurs en partie inédits. On commencera avec la traditionnelle présentation du film par Bertrand Tavernier (37 minutes), qui abordera tout d’abord le film par le prisme de sa réception critique, avant d’évoquer le contexte de tournage et de couper court aux rumeurs véhiculées par Stanley Kramer concernant le montage du film. Il évoquera également la dimension forte des personnages féminins, ainsi que la musique du film, sujette à de nombreuses parodies dans son adolescence. Il chantonnera donc une des versions dont il se souvient : « Si toi aussi tu baises la bonne… » Un sujet passionnant, à la fois drôle et informatif donc ! On continuera ensuite avec la présentation du film par Patrick Brion (25 minutes), qui reviendra de façon plus détaillée sur le scénario, ainsi que sur les modifications ayant été apportées au montage après les premières projections-test.

On continuera ensuite avec un riche making of rétrospectif (22 minutes), qui donnera la parole à l’historien du cinéma Leonard Maltin mais aussi à beaucoup d’autres personnalités liées au Train sifflera trois fois, pour la plupart décédées de nos jours (Stanley Kramer, Lloyd Bridges, Fred Zinnemann…). Ils reviendront bien sur le contexte de tournage, la chasse aux rouges du maccarthysme, mais aussi sur le tournage du film, les acteurs. Inévitablement, on trouvera quelques redondances entre les propos développés dans le making of et les interventions de Tavernier et Brion. Mais ce n’est pas tout, car on aura également droit à un autre documentaire consacré au film, intitulé « Inside High Noon » (50 minutes) ayant la particularité notable de s’ouvrir sur les propos d’un intervenant de choix : rien de moins que Bill Clinton, président des États-Unis de 1993 à 2001. Le scénario du film et ses diverses implications politiques seront disséqués en long, en large et en travers, les multiples interprétations pouvant en être faites étant évoquées les unes après les autres. Parmi les autres intervenants, on notera également la présence des enfants de Gary Cooper, Fred Zinneman et Grace Kelly.

Les derniers suppléments seront plus anecdotiques : on aura droit à des images d’archives des Oscars 1953 (2 minutes), avec la statuette du meilleur acteur décernée à Gary Cooper et remise à… John Wayne, aux propos de Katy Jurado évoquant le fait de travailler aux côtés de Grace Kelly (1 minute) et à la bande-annonce du film.

Last but not least, Sidonis Calysta nous propose d’écouter une poignée de versions de la chanson du générique du film : deux en anglais, interprétées par Frankie Laine et Dean Martin, et quatre en français, chantées par John William, Tex Ritter, Eddy Mitchell et… Dave. Rien que pour se marrer, on aurait aimé qu’ils isolent également la version de Bertrand Tavernier ! « Si toi aussi tu baises la bonne… »

 



Critique film

A lire aussi

Laisser un commentaire