Critique : Vivarium


Vivarium

Irlande : 2019
Titre original : –
Réalisation : Lorcan Finnegan
Scénario : Garret Shanley, Lorcan Finnegan
Interprètes : Jesse Eisenberg, Imogen Poots, Jonathan Aris
Distribution : Les Bookmakers / The Jokers
Durée : 1h38
Genre : Thriller, Science fiction
Date de sortie : 11 mars 2020

3/5

Vivarium est le deuxième long métrage du réalisateur irlandais Lorcan Finnegan. Alors que dans Without name, son premier long métrage, le scénario n’avait été signé que par Garret Shanley, celui de Vivarium est le fruit d’une collaboration entre ce dernier et le réalisateur. Présenté à Cannes 2019 dans le cadre de la Semaine de la Critique, Vivarium s’est vu décerner le Prix Fondation Gan à la Diffusion.

Synopsis : À la recherche de leur première maison, un jeune couple effectue une visite en compagnie d’un mystérieux agent immobilier et se retrouve pris au piège dans un étrange lotissement…

Little boxes

En 1963, le chanteur folk américain Pete Seeger rencontra un grand succès avec la chanson « Little boxes » écrite un an auparavant par Malvina Reynolds et qui fut reprise en français, sous le titre « Petites boîtes » par le regretté Graeme Allwright. Dans cette chanson, Malvina Reynolds portait un regard satirique sur l’uniformisation des classes moyennes américaines habitant dans des banlieues aux maisons toutes similaires et transmettant leurs valeurs bourgeoises à leurs enfants. Près de 60 années plus tard, on retrouve ce schéma dans Vivarium sauf qu’ici la satire vire à une description cauchemardesque du phénomène de l’urbanisme horizontal, montré comme aboutissant à de véritables labyrinthes, à un univers carcéral duquel il est impossible de sortir une fois qu’on y est entré. Ici, contrairement à ce que dit la chanson qui parle de maisons « petites boites » aux plans identiques mais de couleurs diverses,  vertes, roses, bleues et jaunes, dans le lotissement Yonder, avec ses allures de toile de Magritte, toutes les maisons ont la même couleur, une teinte verdâtre qui, par ses reflets sur  les protagonistes, arrive à leur donner un air maladif. C’est dans ce lotissement Yonder qu’un couple se retrouve isolé, abandonné là par un agent immobilier, avec des sacs de nourriture livrés clandestinement devant la porte, avec même un bébé « tout fait » qui arrive de la même façon. Un bébé odieux qui grandit très vite, qui reprend la voix de ses « parents » et se met à hurler quand il a faim.

Cet univers carcéral, ce n’est pas sous la contrainte que le couple formé par Gemma et Tom est amené à le rejoindre. Enfin, pas tout à fait !! Jointes au rêve presque universel de devenir propriétaire de son logement, les nombreuses publicités pour les emprunts immobiliers sont une sorte de contrainte morale qui font craquer plus d’un acheteur potentiel. Un thème dont  Lorcan Finnegan et  Garret Shanley sont très friands puique Defaces, le premier court métrage de Lorcan traitait des publicités pour les emprunts immobiliers qui permettaient l’achat d’une maison dans un lotissement, et  Foxes, le 3ème court-métrage, s’intéressait aux emprunteurs.

Une science-fiction réaliste

C’est dans le genre de la science-fiction, une science-fiction sans effets spéciaux, que Lorcan Finnegan a placé son film. Une science-fiction pas très éloignée de ce qu’on vit en 2020 puisque, malheureusement, le monde consumériste dans lequel nous vivons et cette société dans laquelle la publicité nous dicte nos choix de vie, cette société dans laquelle nombreux sont ceux qui se contentent d’écouter passivement les playlists de musique que les plateformes concoctent pour eux, nous les avons déjà à notre porte. Lorcan Finnegan a biberonné aux épisodes de la série télévisée La quatrième dimension et cela se voit. Une série qui, entre parenthèses, est contemporaine avec la chanson de Malvina Reynolds.

Après une formation en design graphique, Lorcan Finnegan a réalisé de nombreux films publicitaires et tout cela rejaillit sur la réalisation de  Vivarium. Esthétiquement, Vivarium fait penser à la fois aux tableaux de Magritte et aux productions du suédois Roy Anderson, le rapprochement avec ce dernier pouvant se prolonger  en ce qui concerne le sens de l’absurde et l’humour à froid. D’autres comparaisons viennent en tête, avec des écrivains, Franz Kafka, Boris Vian, Fernand Combet. Avec toutes ces comparaisons flatteuses, avec cette charge très acide contre le consumérisme, on pourrait penser que Vivarium a tout du grand film. Malheureusement, un relâchement certain dans la deuxième moitié du film, l’impression que l’on a alors que l’action se met à tourner en rond dans ce lotissement, viennent ternir un tableau pourtant bien engagé.

Une distribution homogène

La distrution de Vivarium tourne principalement autour de 3 interprètes. Les deux plus importants sont les interprètes du couple piégé dans le lotissement : Imogen Poots qui interpète l’institutrice Gemma et Jesse Eisenberg qui joue le jardinier Tom. La britannique Imogen Poots alterne les films à gros budgets comme Need for speed et les productions du cinéma indépendant, tel le rôle principal qu’elle a tenu dans Broadway therapy de Peter Bogdanovich. Dans Vivarium, elle est contrainte d’assumer avec résignation le difficile rôle de mère. Son partenaire Jesse Eisenberg est une figure très importante du cinéma indépendant américain qui a tourné en tant que tête d’affiche aussi bien avec Woody Allen qu’avec Kelly Reichardt. Dans Vivarium, Tom, refusant, contrairement à Gemma, ce que les événements lui proposent, cherche à ne pas se résigner et se lance dans une opération échappant au sens commun.

On voit moins le 3ème interprète important. Son rôle est pourtant capital puisque c’est celui de Martin, l’agent immobilier à l’allure bizarre auquel le couple rend visite et qui les conduit dans le lotissement Yonder dans lequel il les abandonne. Ce rôle de guide maléfique est tenu avec un brio certain  par l’acteur britannique Jonathan Aris.

Conclusion

Le choix d’une science-fiction sans effets spéciaux pour parler de la vie dans un urbanisme horizontal totalement inhumain, pour parler aussi de la difficulté d’être parent, un univers absurde entre Franz Kafka, Boris Vian et Fernand Combet, Vivarium est un film qui risque de dérouter. Un film imparfait mais attachant.



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