Un nouvel outil pour prédire les futurs conflits liés à l’eau



Plusieurs organisations viennent de créer le WPS, Water Peace Security, un outil qui permet de prédire près d’un an à l’avance les futurs conflits liés à l’eau. Son atout est de prendre en compte les données climatiques mais aussi les facteurs socio-économiques qui participent à la naissance de ces conflits. Reste aux décideurs de s’en emparer pour mieux éviter ces désastres. 

C’est une situation dramatique qui devrait se détériorer davantage avec la crise climatique. Aujourd’hui, un tiers de la population mondiale vit dans des pays qui connaissent des niveaux élevés de stress hydrique. D’ici 2050, cinq milliards de personnes pourraient être touchés par une pénurie d’eau, estime l’ONU. Or, ces situations de tensions mènent parfois à des conflits. Cet été, l’Inde a connu une crise de l’eau sans précédent générée par la sécheresse et des températures extrêmes. Un homme a ainsi poignardé six personnes qui l’empêchaient de prendre plus de bidons d’eau qu’autorisés par les autorités.

L’institut de recherche américain Pacific Institue a par ailleurs montré une augmentation significative des conflits liés à l’eau ces dix dernières années passant d’une vingtaine en 2010 à plus de 70 en 2018. 

 

 

Pour prévenir ces situations, six organisations associées au ministère des Affaires étrangères néerlandais ont mis au point un outil numérique capable de détecter de futurs conflits liés à l’eau. Contrairement aux outils précédents, le Water, Peace and Security (WPS) combine à la fois les données environnementales et les facteurs socio-économiques. « Cet outil permettra aux experts mondiaux du développement, de la diplomatie, des interventions en cas de catastrophe (…) et d’aider à désamorcer les conflits avant que le sang ne soit versé », note le portail en ligne WPS. Pour l’instant, l’outil se focalise sur les zones les plus à risques : L’Afrique, le Moyen-Orient, et l’Asie.

Irak, Iran, Mali… plusieurs pays déjà identifiés 

« Le modèle d’apprentissage automatique est « formé » pour identifier les modèles à l’aide de données historiques sur les conflits violents et les risques politiques, sociaux, économiques, démographiques liés à l’eau », a déclaré au Guardian Charles Iceland, expert en eau au World Resources Institute et membre du partenariat WPS. « Il examine plus de 80 indicateurs en tout sur une période de 20 ans. Il est alors en mesure d’utiliser ce qu’il a « appris » sur les corrélations entre ces variables pour prédire un conflit ou aucun conflit au cours des 12 prochains mois, compte tenu des conditions actuelles », ajoute l’expert.

Les premières conclusions du WPS ont ainsi identifié Bassora, en Irak, comme l’un des points les plus à risques concernant les conflits liés l’eau. « En raison de l’eau de mer en amont du golfe Persique et de la pollution en aval du Tigre et de l’Euphrate, de nombreuses personnes n’y ont pas accès à l’eau potable, avec plus de 120 000 personnes hospitalisées après avoir bu de l’eau polluée l’année dernière. Cela a conduit à de violentes manifestations, et nous pensons que cette situation pourrait encore se détériorer si les problèmes d’eau ne sont pas résolus », notent les scientifiques. L’Iran, le Mali, le Pakistan, l’Inde et le Nigeria sont également sur cette liste noire des futurs conflits liés à l’eau.

Marina Fabre, @fabre_marina





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