[Municipales] Paris, Nice, Grenoble… ces villes qui ont repris le pouvoir sur la gestion de l’eau



Bordeaux, Cherbourg, Rennes, Grenoble, Paris ou encore Nice, de plus en plus de villes tournent la page des privatisations en remunicipalisant la gestion de l’eau. Une question transversale qui a des incidences sur la santé, l’économie ou encore le changement climatique. Voici le neuvième épisode de notre série dédiée aux enjeux écologiques des élections municipales de 2020.

Aujourd’hui, 1,4 million de Français ne bénéficient toujours pas d’un accès à une eau saine et 7,5 millions de personnes ne bénéficient pas d’installations sanitaires adaptées. Dans les territoires d’Outre-Mer, les chiffres sont encore plus alarmants. Dans ce contexte, France eau publique a lancé un « Manifeste pour une eau durable » afin d’interpeller les candidats aux municipales sur le sujet. L’une des mesures phares est la remunicipalisation de la gestion de l’eau. 

« L’eau n’est ni de droite, ni de gauche, il s’agit d’un bien commun à préserver tous ensemble pour les générations à venir », croit Hervé Paul, vice-président de France Eau publique. De nombreuses villes françaises ont en effet délégué la gestion de l’eau, un service public, à des entreprises privées. Certains contrats de renouvellements arrivant à échéance, France Eau publique y voit une opportunité pour que la gestion de l’eau revienne aux mains des municipalités. « Le renouvellement des contrats de délégation doit être une étape déterminante de la démocratie locale », estime Hervé Paul. 

Paiement pour services environnementaux

« L’eau doit être un élément intégrateur de l’ensemble des politiques publiques (agriculture, industrie, urbanisme, énergie« , explique Célia Blauel, présidente d’Eau de Paris, la régie publique de la ville de Paris chargée de l’approvisionnement et de la distribution de l’eau. Dans la capitale, la gestion de l’eau a été remunicipalisée en 2010 après 25 ans de concession. Les tarifs de l’eau y ont baissé de 8 % dès la première année, et ne représentent aujourd’hui que 1% des dépenses moyennes des ménages, contre 3,8% par exemple pour l’électricité.

La capitale vient même d’obtenir le feu vert de Bruxelles pour rémunérer les agriculteurs ayant un impact positif sur l’environnement afin d’améliorer la qualité de l’eau du robinet. Une première en France ! Concrètement, des contrats de six à sept ans seront noués avec des agriculteurs qui s’engagent à se convertir au bio ou à limiter leur usage des engrais et des pesticides et qui sont situés sur une zone de captage. Environ 200 exploitations devraient pouvoir bénéficier de ce dispositif de paiements pour services environnementaux.

Grenoble, qui fut une ville pionnière lors de la vague de remunicipalisation de la gestion de l’eau au début des années 2000, a créé plusieurs comités des usagers pour associer les citoyens aux décisions et aux évaluations des services publics. Comprenant une trentaine de membres, le comité des usagers se réunit tous les deux mois. Deux délégués sont également présents au sein du conseil d’exploitation des deux régies eau et assainissement pour participer aux prises de décision.

Des citoyens montent au front

Grenoble et Paris ne sont pas isolées. Le renouvellement des contrats de délégation et les scandales sur le prix de l’eau sur fond de corruption ont poussé de nombreuses collectivités à remunicipaliser la gestion de l’eau. C’est le cas de Bordeaux, Cherbourg, Rennes, Briançon ou encore Nice. Ainsi, entre 2001 et 2016, en France, la part de la gestion publique est passée de 28 % à environ 40 % pour l’eau et de 45 % à 57 % pour l’assainissement (en population desservie). 

À l’initiative de citoyens, la question agite cette fois encore la campagne des municipales notamment dans la métropole orléanaise, où les contrats de délégation de service public arrivent à échéance en 2023. Le collectif À l’eau citoyenne défend le passage à une régie publique globale et à la création d’un conseil de l’eau, composé d’élus et de citoyens. À Carcassonne, des Gilets jaunes, le collectif Carcassonne Aggl’Eau, Attac et plusieurs syndicats ont lancé une pétition en ce sens au sein de la population. Il faut dire que le sujet englobe de multiples problématiques telles que la santé, l’accès à l’éducation, l’égalité, l’économie, mais aussi l’environnement et l’adaptation au changement climatique.  

Concepcion Alvarez, @conce1





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