Critique : Un fils


Un fils

Tunisie : 2019
Titre original : Bik Eneich: Un Fils
Réalisation : Mehdi M. Barsaoui
Scénario : Mehdi M. Barsaoui
Interprètes : Sami Bouajila, Najla Ben Abdallah, Youssef Khemiri
Distribution : Jour2fête
Durée : 1h36
Genre : Drame
Date de sortie : 11 mars 2020

3.5/5

Un fils est le premier long métrage du jeune réalisateur tunisien Mehdi M. Barsaoui, né en 1984. Sélectionné au 76e Festival international de Venise dans la section Orizzonti, ce film a permis à Sami Bouajila de remporter le prix du meilleur acteur.

Synopsis : Farès et Meriem forment avec Aziz, leur fils de 9 ans, une famille tunisienne moderne issue d’un milieu privilégié. Lors d’une virée dans le sud de la Tunisie, leur voiture est prise pour cible par un groupe terroriste et le jeune garçon est grièvement blessé..

Un couple comme microcosme d’un pays

Il suffit souvent d’un événement totalement inattendu pour bouleverser la vie d’une famille. Ce qui se passe en septembre 2011 pour le couple formé par Meriem et Farès, et Aziz, leur fils de 11 ans, découle directement, tout en étant totalement inattendu,  de la période particulièrement agitée que vit alors cette région du monde : on est en Tunisie, quelques mois après la révolution et la chute de Ben Ali, deux mois avant la mort de Kadhafi ; après une fête champêtre organisée à l’occasion de la promotion de Meriem, Meriem, Farès et Aziz partent passer un week-end à Tataouine dans leur Range Rover ; dans le désert, une embuscade menée par un groupe armé ; Aziz est grièvement blessé, seule une greffe du foie peut le sauver ; il est difficile d’obtenir une greffe en Tunisie et Aziz n’est que 19ème sur la liste d’attente ; Farès serait bien un donneur tout désigné. Sauf que les analyses montrent qu’il n’est pas le père biologique !

De toute évidence, le couple formé par Meriem et Farès fait partie des couches favorisées de la Tunisie : tout le monde ne peut pas s’offrir une Range Rover dans ce pays ! Avec ce couple, Mehdi M. Barsaoui va se livrer avec finesse à un exercice auquel le cinéma iranien et, tout particulièrement, Asghar Farhadi, nous ont habitué depuis plusieurs années : les tourments d’un couple pris comme métaphore des problèmes que connait un pays. Le couple est résolument moderne, le mari et sa femme semblent vivre sur un pied d’égalité, comment ce couple va-t-il se comporter face à cet épisode d’adultère sans lendemain ? Le couple, à l’image du pays, va être amené à se poser des questions quant à son futur : le fait de revenir sur un passé problématique peut-il nuire à la construction d’un meilleur avenir ? Le libéralisme affiché peut-il être, ou non, facilement affecté ? Le système patriarcal est-il réellement susceptible d’être aboli ?

Une réalisation « classique » ?

A première vue, la réalisation de Mehdi M. Barsaoui donne l’impression d’être tout à fait « classique ». Elle l’est, sans chichi, sans fioriture. Toutefois, dans cette manière de filmer toute en sobriété, on peut remarquer des choix qui, mis bout à bout, montrent une recherche de la part du réalisateur pour apporter un supplément d’âme à la simple narration d’une histoire. Tout d’abord, le choix d’un format Scope, avec de nombreux gros plans sur les personnages, un choix destiné à montrer la solitude des personnages, perdus dans un cadre trop grand pour eux. Ensuite, le choix d’une caméra à l’épaule qui accompagne les personnages, un choix qui permet aux spectateurs de mieux partager leurs tourments. Enfin, le choix d’utiliser un certain nombre d’ellipses narratives, en particulier lorsque ce qui devrait être dit ensuite serait la répétition d’éléments déjà connus.

Le choix des comédiens

Le couple Meriem / Feres est incarné à l’écran par Najla Ben Abdallah et Sami Bouajila. On connait bien ce dernier, présent dans notre cinéma depuis près de 30 ans et toujours très juste, quel que soit le rôle qu’il interprète. Dans sa recherche d’un homme honnête, d’un homme qui rassure mais qui peut présenter des fêlures, c’est lui que le réalisateur avait en tête dès le début. Il est parfait.

En France, on connait moins Najla Ben Abdallah, qui a surtout tourné pour la télévision tunisienne, Thala mon amour, le seul film de cinéma qu’elle ait tourné antérieurement à Un fils, n’étant en plus jamais sorti dans l’hexagone. Elle a été choisie à l’issue de plusieurs mois de casting, effectués par le réalisateur lui-même : un bout d’essai de 17 minutes a convaincu Mehdi M. Barsaoui qu’elle avait toutes les qualités requises pour incarner Meriem. A l’issue du film, on est d’accord avec lui !

Conclusion

C’est avec plaisir et intérêt qu’on enregistre l’arrivée d’un jeune réalisateur tunisien dans le cinéma international. Un cinéaste qui s’inspire de ce que le cinéma iranien nous propose de meilleur depuis des années. Un cinéaste qui fait des choix judicieux dans sa conduite d’un récit et dans son choix des interprètes.



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