le cri de « rage » de Virginie Despentes après la cérémonie des César



Dans une tribune publiée par « Libération », la romancière, victime d’un viol dans son adolescence, salue le départ d’Adèle Haenel en pleine cérémonie.

Elle dit « avoir envie de chialer de rage et d’impuissance ». La romancière Virginie Despentes publie une tribune, lundi 2 mars, dans Libération, pour apporter son soutien à l’actrice Adèle Haenel, qui a quitté la cérémonie des César après la remise du prix de la meilleure réalisation à Roman Polanski. Elle salue en ce geste, « la plus belle image en quarante-cinq ans de cérémonie ».

« Ton corps, tes yeux, ton dos, ta voix, tes gestes tout disait : oui on est les connasses, on est les humiliées, oui on n’a qu’à fermer nos gueules et manger vos coups, vous êtes les boss, vous avez le pouvoir et l’arrogance qui va avec mais on ne restera pas assis sans rien dire, écrit Virginie Despentes. Vous n’aurez pas notre respect. On se casse. »

L’autrice de King Kong Théorie, dans lequel elle évoquait son viol subi à l’adolescence, s’en prend longuement aux « puissants » et aux « dominants ». Elle accuse ces derniers de se protéger mutuellement : « Si le violeur d’enfant c’était l’homme de ménage alors là pas de quartier : police, prison, déclarations tonitruantes, défense de la victime et condamnation générale. Mais si le violeur est un puissant : respect et solidarité. »

Célébrez-vous, humiliez-vous les uns les autres tuez, violez, exploitez, défoncez tout ce qui vous passe sous la main. On se lève et on se casse. C’est probablement une image annonciatrice des jours à venir.Virginie Despentesdans « Libération »

Virginie Despentes décrypte l’absence de récompense notable pour le dernier film de Céline Sciamma, dans lequel joue Adèle Haenel. « Si Portrait de la jeune fille en feu ne reçoit aucun des grands prix de la fin, c’est uniquement parce qu’Adèle Haenel a parlé et qu’il s’agit de bien faire comprendre aux victimes qui pourraient avoir envie de raconter leur histoire qu’elles feraient bien de réfléchir avant de rompre la loi du silence. »

Pour elle, c’est cette même « loi du silence » qui explique que l’affaire Polanski a été si peu abordée sur la scène des César. « Les uns les autres savent qu’en tant qu’employés de l’industrie du cinéma, s’ils veulent bosser demain, ils doivent se taire. Même pas une blague, même pas une vanne. Ça, c’est le spectacle des césars. »

Enfin, Virginie Despentes rejette l’« imbécilité de séparation entre l’homme et l’artiste », en réponse à ceux qui appellent à distinguer l’œuvre de Roman Polanski du reste du personnage : « Toutes les victimes de viol d’artistes savent qu’il n’y a pas de division miraculeuse entre le corps violé et le corps créateur. On trimballe ce qu’on est et c’est tout. Venez m’expliquer comment je devrais m’y prendre pour laisser la fille violée devant la porte de mon bureau avant de me mettre à écrire, bande de bouffons. »



francetvinfo

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