[Municipales] Entre les maires et les agriculteurs, le fossé se creuse



Publié le 26 février 2020

C’est une histoire de fusion et de désamour. Alors que dans les années 50, un maire sur deux était agriculteur, aujourd’hui, la relation entre ces élus locaux et les paysans est de plus en plus tendue. Symbole de ce fossé, l’affaire des zones d’épandage de pesticides. En plein salon de l’Agriculture, le principal syndicat agricole, la FNSEA, appelle ses troupes à se présenter aux élections municipales pour faire front. Voici le huitième épisode de notre série dédiée aux enjeux écologiques des élections municipales de 2020.

C’était il y a près de 70 ans. Un maire sur deux était alors agriculteur. Si, aujourd’hui, la profession est toujours la plus représentée sur les territoires, elle ne compte plus que 13 % des maires de France. Et essentiellement dans des petites communes. D’où l’appel de la FNSEA, le principal syndicat agricole, sollicitant ses troupes pour qu’elles se présentent aux élections municipales afin de défendre leur métier. « Si on ne prend pas la place, ce sont ceux qui nous tapent dessus qui vont la prendre. Et nos concitoyens ont une méconnaissance de ce qu’on fait dans nos exploitations », défend auprès de France Bleu Franck Guéhennec, président du syndicat dans le Morbihan. 

Les relations entre les paysans et les maires sont de plus en plus tendues. Symbole de ce clivage, l’affaire des zones d’épandage de pesticides. En septembre dernier, un collectif de maires, réunissant aujourd’hui plus d’une centaine d’élus, décide de prendre des arrêtés limitant l’épandage des pesticides à moins de 150 mètres d’une habitation. L’arrêté d’origine, celui du maire écologiste de Langouët, est alors suspendu par le tribunal administratif. « Parfois il faut désobéir pour faire bouger les lignes. Surtout lorsque c’est un enjeu de santé publique », défendait alors le maire « star » Daniel Cueff, semant ainsi les graines de la révolte des maires contre les pesticides.

La bataille des pesticides

Pris en tenailles entre les élus et les agriculteurs, le gouvernement avait alors proposé de fixer cette distance minimale de 5 à 10 mètres selon les cultures, bien loin des attentes des maires. Face à cette situation, hier, 25 février, neuf ONG dont Générations futures, France Nature Environnement et UFC Que Choisir ont déposé un recours contre le décret du gouvernement. Une décision jugée stigmatisante par les agriculteurs de la FNSEA qui demandent aux élus plus de dialogue.

À l’occasion des élections municipales, le syndicat agricole a ainsi adressé ses propositions aux élus. Parmi elles, la création d’une délégation communale ou intercommunale à l’agriculture au sein du conseil municipal. « C’est un marqueur fort pour bâtir, promouvoir et assurer le suivi d’une politique locale ambitieuse en faveur du développement agricole et de la préservation des espaces agricoles », assure le syndicat. Mais c’est aussi la question de la préservation des terres agricoles qui est au cœur des élections. En 40 ans, la France en a perdu 5 millions d’hectares.

Préserver les terres agricoles

« Il y a une prise de conscience au plus haut niveau de l’État et parmi les citoyens, mais au niveau des communes, ça bloque », analyse auprès de l’AFP Jean-Luc Moya, de France Nature Environnement Paca. « Il y a une primauté des problématiques d’emploi, les maires veulent tout faire pour développer le business », au détriment des terres agricoles. Alice Colsaet, doctorante à l’Institut du développement durable et des relations internationales (Iddri) et autrice d’un rapport sur l’artificialisation des sols explique en effet que les collectivités, pour essayer de créer un dynamisme sur leur territoire, vont parfois sacrifier des terres pour construire des zones d’activités sans que cela soit nécessaire. « C’est une offre surabondante qui est déconnectée des besoins et crée des zones vides« , estimait-elle en avril dernier.

Pour préserver les terres agricoles et atteindre le « zéro artificialisation nette » de sols agricoles, objectif défini par le Président de la République, les élus peuvent « sanctuariser » ces biens. Mieux, ils peuvent approvisionner les cantines scolaires, crèches, restaurants collectifs public avec la production alimentaire locale et ainsi booster le circuit court. C’est notamment ce qu’a fait le maire de Grande-Synthe, Damien Carême, en basculant toute la cantine de la ville en 100 % bio et local. Et cela depuis 2011. Un moyen de renouer le lien de confiance entre consommateurs, élus et agriculteurs. 

Marina Fabre, @fabre_marina





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