L’empire Disney de Bob en… Bob


Après 15 ans passés à transformer le Royaume enchanté de Disney en empire du divertissement, Bob Iger va pouvoir se reposer sur ses lauriers en passant la main à un autre vétéran du groupe, Bob Chapek, qui va devoir convaincre les investisseurs de sa capacité à diriger le groupe à l’ère du streaming.

« Robert A. Iger prend le rôle de président exécutif. Il va diriger les initiatives artistiques de la société, présider le conseil d’administration et utiliser toute son expérience (…) pour assurer une transition fluide et réussie », a annoncé Disney dans un communiqué inattendu mardi.

Le patron emblématique, qui doit quitter le groupe fin 2021, passe donc le relais à Bob Chapek, monté en grade chez Disney depuis 1993 jusqu’à devenir chef des parcs d’attraction et produits dérivés en 2018.

La nouvelle n’a pas été bien accueillie par les marchés: l’action du groupe perdait 1,6% lors des échanges électroniques après la clôture de la Bourse.

Le contexte économique joue sans doute, alors que les craintes liées à l’épidémie de nouveau coronavirus font dévisser Wall Street.

« Ce qui se passe est très grave et nous inquiète », a déclaré Bob Iger lors d’une interview sur la chaîne américaine CNBC, en référence à la crise sanitaire qui a forcé son groupe à fermer temporairement des parcs d’attraction.

« C’est regrettable que (notre annonce) tombe en ce moment, mais ce n’est pas quelque chose que nous pouvons contrôler. Et cela n’a absolument pas joué dans le choix de la date », a-t-il insisté.

– Pixar, Marvel, Lucasfilm… –

Bob Iger a dirigé Disney pendant 15 ans, et a contribué à en faire un empire du divertissement avec des franchises ultra populaires comme le Roi Lion (AFP/Archives – Tolga AKMEN)

Le dirigeant de 69 ans venait d’assurer aux analystes, lors d’une conférence téléphonique, que c’était le « bon moment » pour lancer la transition, après le lancement réussi de la plateforme de streaming Disney+ et la finalisation l’année dernière du rachat de l’essentiel des actifs de l’ex-groupe 21st Century Fox.

« Notre groupe est devenu plus complexe ces derniers mois. Mais tous les éléments sont en place, la stratégie est déployée et j’aimerais passer le plus de temps possible sur la partie créative du travail, qui devient la plus grosse priorité », a-t-il expliqué.

Champion de l’image familiale et policée de Disney, Bob Iger va continuer à superviser un groupe qu’il a largement étendu avec les acquisitions du studio d’animation Pixar en 2006 pour 7,4 milliards de dollars (« Le Monde de Nemo », « Toy Story »), de Marvel en 2009 pour 4 milliards (« X-Men », « Spider-Man » et toute la série des « Avengers »), de Lucasfilm en 2012 pour 4 milliards (« Star Wars », « Indiana Jones ») et enfin de 21st Century Fox en 2019 pour 71 milliards.

En tout, la capitalisation boursière de Disney a quintuplé sous son mandat, d’après le communiqué.

Mais c’est sans doute le lancement réussi de la plateforme de streaming Disney+ (28,6 millions d’abonnés en moins de 3 mois) qui restera comme l’un des principaux accomplissements de Bob Iger.

Avec ce nouveau service, le géant des divertissements, fondé en 1923, a percé dans l’offre directe aux consommateurs par opposition à la distribution via des intermédiaires comme les cinémas et les chaînes de télévision.

– « PDG hors pair » –

« Disney+ a été un succès incroyable et immédiat. C’est peut-être l’un des pivots stratégiques les plus importants de l’histoire des entreprises », a réagi l’investisseur Matthew Ball, ancien directeur de la stratégie mondiale d’Amazon Studios, pour l’AFP.

« Cette réussite signifie que l’équipe d’Iger est complètement prête à faire prospérer cette division après son départ. C’est la marque d’un PDG hors pair », a-t-il ajouté.

Disney + a bâti sa popularité sur un catalogue très riche et un abonnement très peu cher, mais ce n’est que le début de la guerre du streaming entre le pionnier Netflix, les concurrents Amazon prime Video et Apple TV+. Sans compter Peacock (NBCUniversal) et HBO Max (Time Warner), qui vont débarquer au printemps.

Bob Chapek, qui est passé notamment par les studios, la publicité, les produits de consommation et les parcs d’attraction, a indiqué avoir conscience des enjeux et difficultés qui l’attendent.

« Toutes nos activités, comme celles des concurrents, subissent des perturbations. Les technologies et les façons de consommer nos produits changent (…) Nous voulons garder une longueur d’avance et nous transformer de façon proactive plutôt qu’a posteriori », a-t-il détaillé auprès des analystes.

Disney et le nouveau PDG ont fait valoir que la transition était dans les tuyaux depuis plusieurs années, et que Bob Iger avait déjà commencé à préparer son successeur, choisi à l’unanimité par le conseil d’administration.



challenges

A lire aussi

Laisser un commentaire