Test Blu-ray : Portrait de la jeune fille en feu


Portrait de la jeune fille en feu

 
France : 2019
Titre original : –
Réalisation : Céline Sciamma
Scénario : Céline Sciamma
Acteurs : Noémie Merlant, Adèle Haenel, Luàna Bajrami
Éditeur : Pyramide Vidéo
Durée : 2h00
Genre : Drame
Date de sortie cinéma : 18 septembre 2019
Date de sortie DVD/BR : 18 février 2020

 

1770. Marianne est peintre et doit réaliser le portrait de mariage d’Héloïse, une jeune femme qui vient de quitter le couvent. Héloïse résiste à son destin d’épouse en refusant de poser. Marianne va devoir la peindre en secret. Introduite auprès d’elle en tant que dame de compagnie, elle la regarde…

 


 

Le film

[3/5]

Comme Zinedine Zidane face à l’équipe du Brazil – Si, comme mes deux filles de cinq et dix ans, vous vous attendiez à voir Adèle Haenel danser autour d’un feu de camp en chantant à tue-tête le tube de Soprano « crois-moi ce soir je suis en feu, j’suis en feu, j’suis en feu », il y a de fortes chances que Portrait de la jeune fille en feu, j’suis en feu, j’suis en feu, ne vous déçoive profondément.

En revanche, si vous êtes plus familier avec le cinéma de Céline Sciamma, qui depuis son tout premier film a su imposer au spectateur une atmosphère froide, lente, exigeante, trouble, vénéneuse, malaisante et hypnotique – si tu me touches, fais un vœu, car moi ce soir je suis en feu, j’suis en feu – il y a de fortes chances pour que le traitement très noir de l’intrigue et du mal-être des deux principaux personnages féminins vous fascine. Proposant au spectateur des séquences tout simplement sublimes mais également des passages beaucoup plus chiants, surtout dans sa deuxième partie, Portrait de la jeune fille en feu se révèle au final tout de même un joli film, très personnel, dérangeant, sur les indicibles souffrances de la femme et de ses amours, mystérieux par essence.

Ça sent le brûlé ça sent, ça sent le brûlé, appelle les pompiers – vous trouverez ci-dessous les des extraits des critiques de notre rédacteur en chef Pascal Le Duff et de Jean-Jacques Corrio, qui à l’image de l’auteur de ces lignes, semblent trouver que le cinéma de Céline Sciamma n’a pas encore atteint sa pleine maturité. On notera cependant que Portrait de la jeune fille en feu a été cité par deux membres de l’équipe éditoriale de critique-film.fr comme étant l’un des meilleurs films de l’année 2019.

« 1770, en Bretagne. Marianne est engagée pour dessiner le portrait de mariage d’une jeune femme sortie du couvent. Héloïse, hostile à cette union forcée, refuse de poser. Marianne est présentée comme dame de compagnie, afin de pouvoir l’observer en toute discrétion et la peindre en secret. Rapidement, leur attirance respective s’impose… Sous le calme apparent de leurs échanges couve la tempête d’une passion interdite par les bonnes mœurs de l’époque. Ce lien s’accentue via le regard scrutateur de l’artiste, régulièrement saisi par celle qu’elle doit croquer. Maîtresses de leurs émotions fortes, elles sont incarnées par deux actrices subtilement fébriles. Noémie Merlant, narratrice de cette biographie fictive, nous fait pénétrer petit à petit dans l’univers corseté de son modèle involontaire. Adèle Haenel est bouleversante, en lutte contre ce qu’on attend d’elle.

Ce nouveau film de Céline Sciamma (Bande de filles) a obtenu le prix du scénario au Festival de Cannes, alors qu’il eût été plus juste de le primer pour sa mise en scène, sobre mais habitée par quelques fulgurances formelles. Une fête autour d’un feu, transcendée par un chant hypnotique, devient une belle déclaration d’amour, privée de dialogues superflus. La retenue de la réalisatrice vire hélas à une rigueur guère engageante. Le tournage s’est effectué en partie en Bretagne, avec de jolis plans sur la Presqu’île de Quiberon. »

Extrait de la critique de notre rédacteur en chef Pascal Le Duff.

 

 

« Depuis 2007 et Naissance des pieuvres, Céline Sciamma réalise un film tous les quatre ans, environ. Portrait de la jeune fille en feu est donc son quatrième long métrage. C’est aussi le premier à être apparu en compétition dans la sélection officielle du Festival de Cannes. C’était en 2019, et il s’est vu décerner le Prix du scénario alors que beaucoup voyaient plutôt le duo de comédiennes Noémie Merlant et Adèle Haenel obtenir conjointement le Prix d’interprétation féminine. (…)

Portrait de la jeune fille en feu est le premier film en costumes de Céline Sciamma. Il n’est pas interdit d’imaginer que la réalisatrice, désireuse de se confronter au sujet des mariages forcés, a choisi de retourner plus de deux siècles en arrière, dans une période où, partout en Europe, les droits que pouvaient avoir les femmes sur leurs choix d’existence étaient le plus souvent inexistants, plutôt que de construire un récit contemporain trouvant place dans une communauté ou dans un pays où cette pratique des mariages forcés se perpétue. De plus, il y avait pour Céline Sciamma le souhait de mettre en lumière les femmes peintres de la fin du 18ème siècle, nombreuses à l’époque mais le plus souvent oubliées aujourd’hui.

Malgré ce déplacement dans le temps, Céline Sciamma reste fidèle aux thèmes qui, film après film, lui sont chers : la naissance du désir entre deux femmes comme dans Naissance des pieuvres, l’orientation sexuelle comme dans Tomboy, la complicité féminine comme dans Bande de filles. S’y ajoute l’observation de la vie en commun entre quatre femmes venant de trois milieux très différents, quelques années avant la Révolution française. (…)

On peut s’étonner que Portrait de la jeune fille en feu ait obtenu à Cannes le Prix du scénario. En effet, c’est dans le scénario que se situe le point faible de ce film qui, après un bon départ, a tendance, le mitan passé et malgré la qualité des interprètes, à tourner en rond et à perdre en intérêt. S’il fallait donner un prix à ce film, il fallait donc chercher ailleurs. Le prix de la meilleure photographie aurait été mérité, le travail de Claire Mathon étant tout à fait magnifique. Problème : ce prix n’existe pas à Cannes. Le prix de la mise en scène, alors ? Avec beaucoup de plans séquences, elle fait partie des atouts du film. Toutefois, ce qui paraissait comme le plus évident, c’était de couronner conjointement les comédiennes qui interprètent les rôles de Marianne et d’Héloïse : Noémie Merlant, relativement peu connue malgré des rôles importants dans Les héritiers et dans Le ciel attendra ; Adèle Haenel, qui, elle, prend de plus en plus de place dans le cinéma français. Toutes deux font preuve d’une très grande justesse dans des rôles exigeants.

Dans Portrait de la jeune fille en feu, Céline Sciamma continue son observation du monde féminin, bien aidée par deux comédiennes en état de grâce et par une excellente directrice de la photo. Il est dommage, toutefois, que le film s’essouffle dans sa deuxième moitié. »

Extrait de la critique de notre chroniqueur Jean-Jacques Corrio. Retrouvez-en l’intégralité en cliquant sur ce lien.

 

 

Le Blu-ray

[4/5]

C’est Pyramide Vidéo nous propose aujourd’hui de (re)découvrir Portrait de la jeune fille en feu sur format Blu-ray, suite au petit succès rencontré par le film en salles (avec 300.000 entrées, il se pose dans la moyenne des entrées réalisées par les films de Céline Sciamma depuis Tomboy). La galette Haute-Définition du film est littéralement extraordinaire et fait vraiment honneur aux plans conçus par Sciamma et sa chef op’ Claire Mathon. La définition est optimale, les couleurs superbes, en 1080p naturellement, bref c’est un travail éditorial superbe, même si l’on repère un très léger effet de « banding » horizontal sur les scènes les plus sombres. Côté son, l’éditeur nous propose un mixage DTS-HD Master Audio 5.1 très immersif, et plutôt dynamique dans son genre, même si bien-sûr le film en lui-même n’appelle pas à la démonstration technique. On notera également que Pyramide Vidéo n’oublie pas les cinéphiles qui visionnent leurs films à domicile sans utiliser de Home Cinema, puisque l’éditeur nous propose également un mixage DTS-HD Master Audio 2.0 plus cohérent si vous visionnez Portrait de la jeune fille en feu sur un « simple » téléviseur.

Du côté des suppléments, outre les traditionnelles bande-annonces, Pyramide Vidéo nous propose tout d’abord un entretien avec Hélène Delmaire (11 minutes), la vraie peintre signant les tableaux du film. Celle-ci reviendra sur son parcours ainsi que sur son expérience sur le film et avec les actrices. Cela sera également l’occasion de découvrir les tableaux à différents stades d’évolution. L’évolution des tableaux est d’ailleurs tellement fascinante qu’elle fera l’objet des quatre suppléments suivants, intitulés « séquences de peinture ». Dans le cas des deux premiers portraits, nous aurons le droit à deux sujets de dix minutes environ qui nous présenteront l’écran divisé en quatre moments de la vie du tableau. Les deux derniers, consacrés à « La faiseuse d’anges » et « Héloïse endormis » sont un peu plus courts (7 minutes chacun environ) mais nous proposent de découvrir l’évolution du tableau en temps réel. L’éditeur nous propose également un commentaire audio de Céline Sciamma, avec également la participation de Noémie Merlant, Adèle Haenel et Claire Mathon. Ce dernier ne ressemble à aucun autre pour être tout à fait honnête, tant la cinéaste nous propose un propos concis et analytique, tout en faisant parfois des digressions très technique. Il faudra néanmoins prendre le temps de différencier chaque voix, étant donné que les différentes intervenantes ne se présentent pas (les actrices et la chef op n’interviennent d’ailleurs pas énormément).

 



Critique film

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