Comment Macron veut se rapprocher de Poutine



« Mettre en place un canal de désescalade ». Voilà comment Pierre Vimont a qualifié ce mercredi 19 février devant la commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées du Sénat, la délicate mission que lui a confiée Emmanuel Macron cet été. Ce diplomate de haut rang, ex ambassadeur à Washington et Secrétaire général du service européen pour l’action extérieure, a été chargé par le chef de l’État de nouer un nouveau dialogue avec la Russie de Vladimir Poutine. Un virage russe que le président français a initié le 19 août 2019 en recevant le maître du Kremlin au fort de Brégançon (Var). Puis, la veille du G7 de Biarritz, Emmanuel Macron avait confirmé cette volonté de rapprochement avec Moscou, affirmant notamment que l’initiative suscitait l’opposition des « Etats profonds de part et d’autre ».

Nommé « envoyé spécial pour l’architecture de sécurité et de confiance avec la Russie », Pierre Vimont a précisé devant les sénateurs les contours de sa mission. « Depuis la crise ukrainienne, l’Europe est là mais ne bouge pas beaucoup alors que la Russie avance en Syrie, en Europe, en Afrique, juge-t-il. Nous voulons dialoguer pour ne pas être dans la politique du fait accompli. Cela passe par des initiatives comme celle-là dont le but est de densifier et rendre plus créatifs nos échanges. » Quant aux divisions continentales sur le sujet, le diplomate n’a pas caché qu’elles existaient même s’il assure que la nouvelle Commission européenne partage la volonté élyséenne. « L’Allemagne n’a pas apprécié la manière dont la France a lancé cette initiative. Elle estime que nous aurions dû mieux informer nos partenaires européens. Nous avons un travail d’explication et d’information à faire. » C’est dans ce sens que l’envoyé spécial du chef de l’État a effectué des déplacements en Pologne et en Finlande et qu’il se rendra prochainement dans les pays Baltes.

Calmer les ardeurs cyberoffensives russes

Pierre Vimont, qui n’a véritablement commencé son travail que fin novembre, a aussi dressé un premier bilan de son action, même s’il n’a cessé de rappeler que cette démarche s’inscrivait « dans le temps long » et qu’il ne fallait pas attendre de résultats « immédiats ». « Nous avons défini un programme de travail autour de plusieurs axes: la coopération sécuritaire, l’environnement avec l’exploration et l’exploitation de la zone Arctique, la coopération dans le spatial et le nucléaire civil, les droits de l’homme et les grands conflits » poursuit-il. Si le missi dominici français a souligné que la partie russe -son interlocuteur privilégié est le fidèle conseiller diplomatique de Vladimir Poutine, Iouri Ouchakov- était plus « centrée sur les questions militaires et de sécurité », c’est bien ce point qui s’annonce le plus épineux pour le camp tricolore.

Pour l’Élysée, l’un des objectifs de cette démarche est notamment de calmer les ardeurs cyberoffensives russes. Entre le piratage informatique visant la campagne d’Emmanuel Macron en 2017, que des chercheurs de Google et de la société spécialisée FireEye ont imputé à des hackers liés au renseignement russe, et l’attaque contre la marine nationale en 2018 que la ministre des Armées, Florence Parly, a attribué au malware russe Turla, la France n’a pas été épargnée. »Nous voulons créer un canal de déconfliction ou plutôt de désescalade, y compris sur des sujets où nous sommes en face à face. Cela concerne les attaques cyber dont nous pouvons être victimes » a ainsi rappelé Pierre Vimont, en écho aux déclarations d’Emmanuel Macron lors de la conférence sur la sécurité de Munich organisée le week-end dernier. « Je pense que la Russie continuera à essayer de déstabiliser, soit (via) des acteurs privés, soit directement des services, soit des ‘proxies’ (intemédiaires, ndlr) » avait notamment affirmé le chef de l’Etat.

« Controverses » franco-russes en Afrique

L’Afrique sera également un morceau de choix au menu des discussions entre les deux pays. Pierre Vimont n’a pas caché des « controverses » sur le continent en Centrafrique ou en Libye. Concernant Tripoli, le diplomate a rappelé qu’il était important de nouer un vrai « dialogue diplomatique, sécuritaire, de renseignements » avec Moscou. Quant à la République centrafricaine, ex colonie française, elle a été ces derniers mois le symbole de la montée en puissance militaire russe en Afrique.

Une nouvelle donne que goûte modérément l’État français. Auditionné en novembre 2019 par la commission des affaires étrangères de l’Assemblée, le chef d’état-major des armées (CEMA), François Lecointre, avait dénoncé l’engagement russe en Centrafrique et appelé Moscou à coopérer avec Paris. A ce sujet comme l’a rappelé Pierre Vimont, un dialogue bilatéral existe aujourd’hui entre les CEMA français et russes. A cela s’ajoute aussi la mise sur pied d’une structure « 2+2 » entre les ministres des Affaires étrangères et de la Défense des deux pays. La première rencontre a eu lieu le 9 septembre à Moscou.

« Mettre en place un canal de désescalade ». Voilà comment Pierre Vimont a qualifié ce mercredi 19 février devant la commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées du Sénat, la délicate mission que lui a confiée Emmanuel Macron cet été. Ce diplomate de haut rang, ex ambassadeur à Washington et Secrétaire général du service européen pour l’action extérieure, a été chargé par le chef de l’État de nouer un nouveau dialogue avec la Russie de Vladimir Poutine. Un virage russe que le président français a initié le 19 août 2019 en recevant le maître du Kremlin au fort de Brégançon (Var). Puis, la veille du G7 de Biarritz, Emmanuel Macron avait confirmé cette volonté de rapprochement avec Moscou, affirmant notamment que l’initiative suscitait l’opposition des « Etats profonds de part et d’autre ».

Nommé « envoyé spécial pour l’architecture de sécurité et de confiance avec la Russie », Pierre Vimont a précisé devant les sénateurs les contours de sa mission. « Depuis la crise ukrainienne, l’Europe est là mais ne bouge pas beaucoup alors que la Russie avance en Syrie, en Europe, en Afrique, juge-t-il. Nous voulons dialoguer pour ne pas être dans la politique du fait accompli. Cela passe par des initiatives comme celle-là dont le but est de densifier et rendre plus créatifs nos échanges. » Quant aux divisions continentales sur le sujet, le diplomate n’a pas caché qu’elles existaient même s’il assure que la nouvelle Commission européenne partage la volonté élyséenne. « L’Allemagne n’a pas apprécié la manière dont la France a lancé cette initiative. Elle estime que nous aurions



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