Le box-office de la semaine du 5 février 2020


Ducobu 3 © 2019 Marc Bossaert / Les Films du Premier / Les Films du 24 / Umedia / TF1 Films Production / UGC Distribution Tous droits réservés

Un renouvellement complet du trio de tête, voire du classement dans son ensemble avec pas moins de six nouveautés, n’a guère réussi à inverser la tendance de plus en plus catastrophique du box-office français en cette semaine 6, allant du 5 au 11 février ! Pour la première fois en un mois, la fréquentation hebdomadaire enregistre certes une hausse à peu près sensible, d’environ 700 000 spectateurs par rapport à la semaine précédente. Mais dans leur globalité, les chiffres demeurent mauvais et même très mauvais pour la période des vacances d’hiver, traditionnellement censée remplir jusqu’à la dernière place les salles obscures françaises. Avec un peu plus de 3 312 000 tickets vendus sur la semaine, les cinémas français se situent tout juste au dessus du niveau le plus bas enregistré depuis le début du siècle pour ce début du mois de février, atteint en 2013. Par rapport à la même semaine en 2019, la baisse est également marquée, de moins 20 % sur la région parisienne et même de presque moins 40 % sur la France entière ! Toute cette morosité se confirme hélas aussi sur la durée, avec un mois de janvier 2020 très faiblard, avec une affluence en baisse de 20 % pour atteindre son plus bas niveau depuis plus de dix ans. Au moins, la part de marché du cinéma français se maintient à de respectables 35 % cette semaine.

Pendant que la fréquentation des salles commerciales est donc en berne, celle des cinémathèques et autres institutions dédiées au cinéma du patrimoine ne s’en sort pas si mal. Ainsi, le vénérable Institut Lumière à Lyon a publié ses résultats pour l’année 2019 le 7 février dernier. Ceux-ci sont en forte hausse, notamment pour la salle du Hangar du Premier-Film, entièrement programmée en films issus du cinéma classique, qui a accueilli plus de 113 000 spectateurs cinéphiles, plus le public scolaire, sur près de mille séances. Cela représente une hausse de 18 % et accessoirement la plus haute fréquentation jamais enregistrée depuis la création de ce lieux emblématique il y a plus de vingt ans, en octobre 1998 ! Quant au Festival Lumière, sa dixième édition en octobre dernier a pu accueillir plus de 200 000 festivaliers, ainsi qu’une augmentation de près de 10 % de ses entrées aux projections. Toutes activités de l’Institut Lumière confondues (musée, salles art & essai, projections en plein air, …), ce sont plus de 736 000 spectateurs locaux et de passage qui ont pu en profiter, un chiffre là aussi en hausse de 16 %. Quant à la Cinémathèque Française parisienne à Bercy, elle avait de même des résultats encourageants à communiquer à la mi-janvier, puisque elle avait accueilli 385 000 visiteurs annuels, en dépit de l’impact des grèves de décembre, qui avait vu la fréquentation de l’American Center chuter de 22 % par rapport au même mois en 2018.

Trois nouveautés qui se disputent la première place dans un mouchoir de poche : cela aurait pu rendre sa vigueur au box-office français. Or, avec des sorties du calibre de Le Voyage du Dr Dolittle de Stephen Gaghan, Birds of Prey et la fantabuleuse histoire de Harley Quinn de Cathy Yan et Ducobu 3 de Elie Semoun, la fréquentation peine sans grande surprise à reprendre des couleurs. Le nouveau champion doit même sa première place au seul coup de pouce des avant-premières, puisque sans elles, ce serait l’ex-copine du Joker qui se serait imposée, toujours de justesse. Quoiqu’il en soit, un démarrage autour de 400 000 spectateurs n’a rien d’exceptionnel et devrait au mieux permettre à ce trio sans force de se traîner au dessus du cumul final millionnaire, sans plus. Les trois autres nouveautés qui ont réussi à prendre place dans le Top 10 ne s’imposent pas davantage. Après le succès sur la durée d’Aladdin, Guy Ritchie ne renouvelle point l’exploit avec sa comédie de gangster sanglante The Gentlemen. Alain Chabat a encore moins la cote que Dany Boon, avec sa comédie romantique franco-coréenne #Jesuislà de Eric Lartigau, qui dépasse péniblement les 100 000 tickets vendus en première semaine. Enfin, en termes de démarrage d’un film d’animation en pleines vacances scolaires, celui de Samsam de Tanguy De Kermel ne fait pas non plus des étincelles extra-terrestres.

Les rares films en continuation qui ont su résister à cette vaguelette de nouveautés sombrent de même généralement. Seuls ceux qui pouvaient espérer encore à ce moment-là sortir victorieux de la soirée des Oscars, les épopées historiques au ton diamétralement opposé 1917 de Sam Mendes et Jojo Rabbit de Taika Waititi, se maintiennent à peu près honorablement. Pour les autres, c’est plutôt une descente aux enfers, surtout pour Le Lion de Ludovic Colbeau-Justin qui a désormais établi une série de bides commerciaux dans la carrière autrefois si lucrative de Dany Boon, à la suite de l’échec cuisant de Le Dindon de Jalil Lespert à la rentrée dernière. Enfin, Bad Boys for Life de Adil El Arbi et Bilall Fallah a dès lors entamé son déclin assez prévisible, qui devrait le voir quitter le Top 10 français assez prématurément, au bout d’un mois à l’affiche.

Voici les principaux chiffres du Top 10 du box-office français entre le mercredi 5 et le mardi 11 février 2020 :

  1. Le Voyage du Dr Dolittle – distribué par Universal Pictures International France – Nouveauté – 416 180 entrées cumulées – 13 % part de marché
  2. Birds of Prey et la fantabuleuse histoire de Harley Quinn – distribué par Warner Bros. France – Nouveauté – 412 178 entrées cumulées – 12 % part de marché
  3. Ducobu 3 – distribué par UGC – Nouveauté – 399 199 entrées cumulées – 12 % part de marché
  4. 1917 – distribué par Universal Pictures International France – 4ème semaine / – 18 % – 279 512 entrées / 1 723 932 cumul – 8 % part de marché
  5. Bad Boys for Life – distribué par Sony Pictures Releasing France – 3ème semaine / – 42 % – 239 166 entrées / 1 300 197 cumul – 7 % part de marché

6. The Gentlemen – distribué par SND – Nouveauté – 238 040 entrées cumulées – 7 % part de marché

7. #Jesuislà – distribué par Gaumont – Nouveauté – 112 363 entrées cumulées – 3 % part de marché

8. Le Lion – distribué par Pathé – 2ème semaine / – 58 % – 107 201 entrées / 360 293 cumul – 3 % part de marché

9. Jojo Rabbit – distribué par The Walt Disney Company France – 2ème semaine / – 31 % – 91 534 entrées / 223 588 cumul – 3 % part de marché

10. Samsam – distribué par Studiocanal – Nouveauté – 86 711 entrées cumulées – 3 % part de marché


Birds of Prey et la fantabuleuse histoire de Harley Quinn © Claudette Barius / DC Entertainment / Warner Bros. France Tous droits réservés

Dans les salles américaines, Harley Quinn a pu s’imposer avec moins d’équivoque. Cependant, son démarrage à 33 millions de dollars est assez décevant, surtout si on le compare avec celui de Suicide Squad de David Ayer, qui avait fait quasiment quatre fois mieux en août 2016. Son interdiction aux moins de seize ans y serait-elle pour quelque chose ? Face à cette sortie sur un parc large de salles – près de 4 250 écrans, une centaine de moins que Joker de Todd Phillips en octobre dernier, qui avait, lui, démarré à 96 millions de dollars – , très peu d’autres nouveautés ont osé tenter leur chance en cette période habituellement calme de l’année. Il faudra descendre juqu’à la 31ème place du classement pour en trouver la suivante, le film d’horreur The Lodge de Veronika Franz et Severin Fiala et sa moyenne par copie solide de douze mille dollars dans seulement six salles. Le suédois Et puis nous danserons de Levan Akin, présenté à la Quinzaine des réalisateurs à Cannes l’année dernière et sorti en France au mois de novembre, fait deux fois moins bien, sur deux écrans et une anecdotique 47ème place.

Ce week-end-là était le dernier pour les distributeurs d’outre-Atlantique afin de monnayer leurs nominations respectives aux Oscars. Là aussi, le favori présumé 1917 a su une dernière fois faire le plein, grâce à sa baisse remarquable de moins de 3 %. Encore mieux pour Parasite de Bong Joon-ho et Jojo Rabbit, côte à côte à la onzième et la douzième place, avec carrément des hausses de 12 % et un cumul de 35 millions de dollars pour le premier et 30 millions de dollars pour le deuxième. A l’affiche depuis plus longtemps et désormais en dehors du Top 20, Le Mans 66 de James Mangold et Once Upon a Time in Hollywood de Quentin Tarantino, tous deux nommés dans la catégorie du Meilleur Film, ont aussi relativement tiré leur épingle du jeu, avec une hausse de 5 % pour l’épopée sportive et de 50 % pour l’hommage à l’Hollywood des années 1960. Quelque peu écrasé par le mastodonte étranger coréen, Douleur et gloire de Pedro Almodovar est resté modestement stable en sa dix-neuvième semaine d’exploitation, avec quatre millions et demi de dollars au compteur.

Voici les principaux chiffres du Top 5 du box-office américain pour le week-end se terminant le dimanche 9 février 2020 :

  1. Birds of Prey et la fantabuleuse histoire de Harley Quinn – distribué par Warner Bros. – Nouveauté – 33 010 017 $ cumulés
  2. Bad Boys for Life – distribué par Sony – 4ème semaine / – 32 % – 12 011 355 $ / 166 333 562 $ cumul
  3. 1917 – distribué par Universal – 7ème semaine / – 2 % – 9 236 350 $ / 132 779 259 $ cumul
  4. Le Voyage du Dr Dolittle – distribué par Universal – 4ème semaine / – 13 % – 6 534 580 $ / 63 834 565 $ cumul
  5. Jumanji Next Level – distribué par Sony – 9ème semaine / – 7 % – 5 556 679 $ / 298 487 090 $ cumul



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