elles ont fait le choix d’une PMA « en solo »


En ce samedi pluvieux, Hélène, elle, s’impatiente de trouver le bon logement. Accompagnée de sa sœur, cette femme souriante de 34 ans visite un appartement proche des bords de Marne, dans l’est francilien. Déjà 30 demandes de visites lui ont été refusées ou sont restées sans réponse. Cet appartement des années 1970, aux papiers peints désuets, est le dixième qu’elle voit. « Vous habiterez seule ici ou en colocation ? », l’interroge discrètement le propriétaire des lieux. Le ventre bien arrondi, la grossesse d’Hélène est désormais visible. « Je serai en colocation… Avec mon enfant ! », répond-elle d’une voix rieuse.

Cette francilienne célibataire, de longs cheveux blonds et lisses, est dans son cinquième mois de grossesse. L’issue heureuse de cinq autres mois, lors desquels Hélène a réalisé trois assistances médicales à la procréation. Trois essais menés à Copenhague – au Danemark, la PMA pour les femmes seules est parfaitement légale –, à plus de 1 000 km de Montreuil (Seine-Saint-Denis), où elle habite actuellement. Des allers-retours coûteux, source d’espoir mais aussi de « stress hallucinant » pour cette chargée de mission en protection de la biodiversité.

Dans son vaste salon, cette grande voyageuse, plusieurs années habitante des outre-mers, ouvre un carnet rouge très personnel qui relate son parcours. Sur une double page, on perçoit le plan du métro copenhaguois. La Française y a écrit avec soin une liste d’hôtels proches de la clinique et gribouillé une poignée de mots en danois – « Hej ! », pour bonjour – sans oublier la conversion en euros de plusieurs montants en couronne danoise.

Le carnet d’Hélène où elle a consigné tous les détails de son périple au Danemark. (VALENTINE PASQUESOONE / FRANCEINFO)

Avant de ce lancer dans cette « aventure », Hélène s’est renseignée au maximum, notamment auprès de l’association Mam’en solo, qui aide et réunit des mères et futures mères célibataires ayant recours à la PMA. Echanges, rencontres avec les adhérentes… Elle a ensuite dû prendre contact avec une clinique copenhaguoise, réaliser une batterie d’examens médicaux évaluant sa fertilité. Vient un entretien, par Skype, avec une sage-femme du centre danois. Celle-ci la prévient que le taux de réussite, pour une insémination, est faible : 30%. « Elle me demande si je me sens isolée, si je suis accompagnée, pourquoi j’ai pris cette décision », se souvient d’une voix douce la future mère. 

Hélène, préférant confier à la clinique le soin de trouver son donneur, lui soumet plusieurs critères physiques. Une pratique impossible en France : ici, seuls les médecins sélectionnent le donneur de sperme, avec néanmoins un objectif de ressemblance entre l’enfant et son père légal, précise Libération. Ici, tout donneur de gamètes est aussi anonyme. Hélène a choisi le Danemark car les dons y sont « ouverts » : son enfant pourra rencontrer, s’il le souhaite, son géniteur à sa majorité.

Tout est prêt pour un premier voyage. Hélène sait qu’une insémination coûte en moyenne 1 000 euros, hors frais de voyage, de logement et de bouche. La jeune femme, très réfléchie, a épargné pour trois essais, et même déménagé pour économiser. En plein hiver, la trentenaire se lance dans une première tentative. Sur place, elle multiplie les tests d’ovulation, jusqu’au moment du « go » de la clinique. En « trois minutes », la sage-femme pose un petit cathéter, puis insère une micro-dose du don à l’aide d’une seringue. Les deux semaines suivantes, celles de l’attente, sont « horribles ». « Il y a la fatigue, la poitrine douloureuse pendant 15 jours car je prenais de la progestérone. Puis le test de grossesse arrive et il est négatif », relate Hélène.

Très vite, la native de Guérande (Loire-Atlantique) se recentre sur son choix. Elle s’entoure de nouveaux médecins pour de meilleures chances de réussite. « Vu votre âge, c’est forcément une fécondation in vitro » ; « Vous n’auriez pas un copain pour vous dépanner ? », entend-elle, encore heurtée. La patiente reprend confiance auprès d’une spécialiste plus bienveillante. Tous les deux à trois jours, elle multiplie prises de sang et échographies, dans l’attente du bon moment pour un nouvel essai. « Quand c’est bon, j’appelle la clinique. Elle me dit ‘venez demain’. Je pose une RTT et fait l’aller-retour sur la journée. » Aéroport, métro, insémination, métro, aéroport. Hélène rentre tard chez elle, épuisée. Ses règles arrivent quinze jours plus tard.

La troisième, pourtant, sera la bonne. « Jour du test de grossesse, POSITIF ! », lit-on dans son carnet rouge. « C’est magique, un sentiment d’accomplissement total », confie, émue et tout sourire, la femme enceinte. Depuis, la future maman prépare un avenir à deux. « Cet enfant, je le veux plus que tout. Et je crois que je suis prête depuis un moment. »



francetvinfo

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