Critique : une mère incroyable


Une mère incroyable

Colombie, France : 2019
Titre original : Litigante
Réalisation : Franco Lolli
Scénario : Franco Lolli, Marie Amachoukeli-Barsacq, Virginie Legeay
Interprètes : Carolina Sanín, Leticia Gómez, Antonio Martínez
Distribution : Ad Vitam
Durée : 1h35
Genre : Drame
Date de sortie : 19 février 2020

3.5/5

Réalisateur colombien de 36 ans, Franco Lolli a fait ses études de cinéma en France, au sein de la Fémis, département réalisation, promotion 2007. En 2013, Gente de bien, son premier long métrage, avait été présenté à la Semaine de la Critique cannoise. L’an dernier, Une mère incroyable, son deuxième long métrage a fait l’ouverture de cette même Semaine de la Critique.

Synopsis : À Bogota, Silvia, mère célibataire et avocate, est mise en cause dans un scandale de corruption. À ses difficultés professionnelles s’ajoute une angoisse plus profonde. Leticia, sa mère, est gravement malade. Tandis qu’elle doit se confronter à son inéluctable disparition, Silvia se lance dans une histoire d’amour, la première depuis des années.

Une mère incroyable ? Ou bien deux ?

Dans Une mère incroyable, Franco Lolli nous immerge dans une Colombie plutôt bourgeoise, une Colombie sans violence, sans fusillade, sans misère. En fait, la Colombie du milieu dans lequel il a été élevé, sa Colombie. Mais être dans une situation plutôt aisée ne met pas pour autant à l’abri des problèmes. C’est ainsi que Silvia, la quarantaine, entretient des rapports conflictuels avec sa mère et se retrouve impliquée, dans son travail d’avocate, dans une affaire de corruption. Letitia, la mère de Silvia, une femme d’une soixantaine d’années, est malade d’un très grave cancer du poumon, mais cela ne l’empêche ni de fumer comme un pompier dès qu’elle quitte l’hôpital, ni de refuser la poursuite d’une chimio, ni de se disputer véhémentement avec Silvia, à qui elle reproche, entre autre, d’ « avoir fait un bébé toute seule », en l’occurrence un fils, Antonio. Travaillant comme avocate dans le public et accusée de corruption dans l’attribution d’un marché public, Silvia se retrouve un jour, lors d’une émission de radio, face à un interviewer pugnace avec qui elle a des mots assez durs, mais avec qui elle va initier une relation lorsque, plus tard, elle va le rencontrer dans une soirée.

Incroyable, vraiment ?

Le titre original du film, Litigante, mot espagnol dont la traduction en français est plaideur, fait référence au métier de Silvia : avocate. Une référence qui n’a pas été conservée dans le titre en français : Une mère incroyable. Mais, au fait, de quelle mère s’agit-il ? S’agit-il de Letitia, cette sexagénaire dont la fin est proche mais qui a néanmoins conservé un caractère bien affirmé et une grande vitalité ? S’agit-il de Silvia, qui est également une mère et qui s’efforce de faire front face à l’adversité ? Mais, que ce soit Letitia ou Silvia, s’agit-il pour autant d’une mère incroyable ? En fait, la force du film, son intérêt principal, c’est plutôt de nous montrer comment des femmes ordinaires se comportent face à des situations extraordinaires !

Lorsque, après la sortie en salles de Gente de bien, Franco Lolli a commencé à travailler sur un deuxième long métrage, ce sont des figures féminines qui se sont imposées à lui, et, en particulier, celle de sa mère. Une mère avocate à la retraite, en permanence prête à combattre les injustices, une mère dont il a appris peu après qu’elle avait un cancer. Il y a donc une part autobiographique dans Une mère incroyable, même si Franco Lolli est fils unique alors que, dans le film, la mère atteinte d’un cancer a 2 filles. Un choix qui permet au réalisateur d’aborder le thème de la transmission entre mère et fille, en particulier quant à la façon de résister face à l’adversité.

Deux comédiennes atypiques

Les deux actrices qui interprètent les rôles principaux dans Une mère incroyable ne sont pas des comédiennes professionnelles : Carolina Sanín, l’interprète de Silvia, est une écrivaine et une féministe qui jouit d’une belle notoriété en Colombie. Elle est, par ailleurs, cousine au 2ème degré avec le réalisateur. Quant à Leticia Gómez, l’interprète de Leticia, c’est tout simplement la mère de Franco Lolli, une femme qui avait donc réellement vécu l’histoire de son personnage, avec l’IRM, la chimio et le rasage des cheveux.

Conclusion

Petit à petit, le cinéma sud-américain s’installe sur les écrans des festivals. Après le Brésil, l’Argentine et le Chili, voici la Colombie qui, avec des films comme L’étreinte du serpent  et Les oiseaux de passage et, maintenant, Une mère incroyable, prend une place notable dans la filmographie mondiale.



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