Le Sénat veut brider l’action militaire de Trump en Iran



Le Sénat américain doit adopter ce jeudi 13 février une résolution visant à limiter le pouvoir de Donald Trump de lancer des opérations militaires contre l’Iran, un vote symbolique mais embarrassant pour le président américain, qui devrait user de son droit de veto.

Fait rare dans un parti très fidèle au milliardaire, huit sénateurs républicains ont voté mercredi en faveur de l’ouverture des débats sur ce texte. Le vote final est prévu à partir de 13H45 heure locale (18H45 GMT).

« Si le président a et doit toujours avoir la capacité de défendre les Etats-Unis contre une attaque imminente, le pouvoir exécutif s’arrête là », a affirmé jeudi le démocrate Tim Kaine, auteur de la résolution, en ouvrant les discussions.

« Une guerre offensive requiert un débat et un vote au Congrès », seul habilité à déclarer la guerre selon la Constitution américaine, a-t-il ajouté.

Le texte demande au président de ne pas engager les forces armées dans des hostilités contre l’Iran « ou toute partie de son gouvernement ou de son armée », sans autorisation explicite pour une déclaration de guerre ou une autorisation spécifique pour l’usage de la force militaire contre l’Iran.

Même si Donald Trump y mettra son veto, l’adoption attendue de la résolution est perçue comme un camouflet pour lui alors que la chambre haute est contrôlée par son parti républicain (53 sièges sur 100).

« Très mauvais signal »

L’adoption de ce texte lancerait « un très mauvais signal » pour la sécurité des Etats-Unis, a-t-il mis en garde mercredi sur Twitter.

« Si mes mains étaient liées, l’Iran s’en donnerait à coeur joie (…) Les démocrates ne font ça que pour embarrasser le parti républicain. Empêchez-les », a-t-il ajouté en direction de ses troupes.

Pour le sénateur républicain Marco Rubio, cette résolution « affaiblit la dissuasion et augmente le risque de guerre ».

Les démocrates s’étaient vivement inquiétés du pic de tensions survenu après la frappe américaine qui a tué un puissant général iranien, Qassem Soleimani, le 3 janvier. Téhéran avait répliqué quelques jours plus tard en tirant des missiles sur des bases utilisées par l’armée américaine en Irak.

Ces frappes ont fait plus de 100 blessés parmi les soldats américains, la plupart ayant souffert de « commotions cérébrales légères ».

La Chambre des représentants, contrôlée par les démocrates, devra à son tour approuver ce texte, sans doute d’ici la fin du mois.

Il fait peu de doute que la Chambre donnera son feu vert, car elle avait approuvé début janvier avec une confortable majorité (224 voix pour, et 194 contre) une résolution distincte mais portant sur le même sujet.

La version de Tim Kaine a été amendée pour recevoir le soutien de certains sénateurs républicains, qui s’étaient indignés que la Maison Blanche n’informe pas mieux le Congrès sur la spectaculaire opération menée pour éliminer Qassem Soleimani.

Consensus

Il y a un consensus au sein de la classe politique américaine pour dire que le gouvernement iranien « soutient le terrorisme » et que le général Soleimani était « le principal architecte de la plupart des activités déstabilisatrices de l’Iran à travers le monde », selon les termes de la résolution adoptée en janvier à la Chambre.

Mais les démocrates accusent Donald Trump d’avoir mené une opération « disproportionnée et provocatrice » pour éliminer Soleimani, sans « consulter le Congrès ».

Le milliardaire républicain estime quant à lui ne pas avoir « l’obligation » de solliciter les parlementaires avant d’ordonner des frappes militaires contre une cible ennemie.

Depuis 1973, la « War Powers Resolution » contraint le président américain à obtenir l’autorisation du Congrès pour toute intervention militaire de plus de 60 à 90 jours.

George W. Bush l’avait obtenue après les attentats du 11 septembre 2001, puis avant l’intervention américaine en Irak. Elles n’étaient pas limitées dans la durée.

Ces deux autorisations constituent la base juridique controversée des opérations américaines en Irak et en Syrie contre le groupe Etat islamique (EI).

En 2019, Donald Trump avait déjà subi un camouflet quand le Congrès avait voté une résolution exigeant l’arrêt du soutien américain à la coalition militaire saoudienne dans la guerre au Yémen, à l’exception des opérations visant les groupes jihadistes. Il y avait mis son veto.

(Avec AFP)



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