Test DVD : Ne coupez pas !


Ne coupez pas !

 
Japon : 2017
Titre original : Kamera wo tomeru na ! / One cut of the dead
Réalisation : Shinichiro Ueda
Scénario : Shinichiro Ueda
Acteurs : Takayuki Hamatsu, Mao, Harumi Shuhama
Éditeur : Les films de Tokyo
Durée : 1h36
Genre : Comédie, Horreur
Date de sortie cinéma : 24 avril 2019
Date de sortie DVD : 17 décembre 2019

 

« Mais c’est impossible ! » s’écrie le réalisateur Higurashi quand on lui propose de réaliser un film de zombies sans budget, en un seul plan-séquence et pour une diffusion en direct. Le court-métrage de 37 minutes qui en résulte est effectivement bien décevant : les acteurs jouent mal, les décors sont sans intérêt et en plus la caméra tremble. Mais tout commence réellement après le court-métrage : transporté un mois auparavant, le spectateur découvre alors le film sous un nouvel angle en suivant les coulisses de la production, depuis le moment où la chaîne de télévision a proposé au réalisateur ce projet impossible jusqu’au tournage du film…

 


 

Le film

[5/5]

Ne coupez pas ! commence à la manière d’un exercice de style ambitieux : celui de mettre en scène un film de zombies en plan-séquence. L’exercice est périlleux mais le spectateur se laissera rapidement séduire par l’énergie de ce projet un peu fou, porté par des acteurs donnant vraiment de leur personne afin de faire vivre l’expérience, centrée autour d’une usine d’épuration à l’abandon. Quelques défauts subsistent bien sûr, dans le jeu des acteurs ou la facture technique de l’ensemble, mais l’humour de l’entreprise, le rythme et la connivence avec le public finiront par convaincre, jusqu’au traditionnel plan de grue sur la « final girl » ensanglantée et son regard face caméra, qui débarque au bout de… 35 minutes. 35 minutes ? Hé bien oui, car passée cette introduction, et alors qu’apparaît un double-générique (fin+début), Ne coupez pas ! ou One cut of the Dead (pour le plan séquence) ne fait finalement que commencer…

L’idée folle de Shin’ichirô Ueda sera donc de revenir sur les origines de ce projet de film, afin d’en expliquer le tournage, et d’éclaircir tous les points qui pouvaient, à priori, paraitre obscurs au spectateur de la première demi-heure : cela passera évidemment par une présentation minutieuse – et drôlatique – de l’équipe de tournage, puis par un « deuxième regard » sur le film que l’on vient de voir, afin d’en expliquer tous les défauts, les regards caméra, les chutes, tremblements, zooms et dézooms intempestifs, les plans s’éternisant sur tel ou tel acteur… Un retour aux origines pour le cinéaste japonais en quelque sorte, puisqu’il nous offre en réalité une variation « méta » sur le chef d’œuvre d’Akira Kurosawa Rashōmon (1950), articulée autour du tournage d’un film de zomblards à tout petit budget…

Au final, Shin’ichirô Ueda et son équipe nous livrent ce qu’on pourra sans conteste considérer comme une grande et belle déclaration d’amour au cinéma, en forme de pied de nez, rigolard mais sincère et presque touchant dans sa façon d’aborder ses différentes thématiques. Irrésistiblement drôle, redoutablement bien construit, avec une rigueur vraiment aussi remarquable qu’inattendue au regard du côté ouvertement « bordélique » du film, Ne coupez pas ! s’avère au final un exercice de style revigorant, un film qui comme les Kiss Kool se réserve un « deuxième effet » des plus originaux et des plus épatants, offrant une belle réflexion sur les multiples niveaux de lecture du « médium » cinéma. Car la compréhension des événements prenant place durant la première partie du film ne pourra se faire qu’en adoptant le recul – et l’œil d’une deuxième caméra – que nous fournira le dernier tiers du métrage, qui nous offrira une vision plus « large » de la situation et des rapports entre les personnages.

Tourné en 8 jours pour un budget ridicule équivalant à 27.000 dollars, Ne coupez pas ! s’impose donc au final comme une œuvre incontournable, à la fois drôle, fraîche, intelligente et d’un dynamisme à couper le souffle. Pour autant, le film de Shin’ichirô Ueda revient de loin ! Programmé à l’origine dans seulement deux salles à Tokyo en 2017, le film se verrait, en l’espace de six mois, projeté dans près de 200 salles à travers le Japon. Le bouche à oreille aidant, ce sont finalement plus de deux millions de spectateurs qui verront le film cette année-là au pays du soleil levant, en faisant le plus gros succès du cinéma indépendant de l’histoire du cinéma japonais ; et le film de s’envoler à travers le monde dans les festivals dédiés au cinéma fantastique (Fantasia, Fantastic Fest, PIFFF…). Sorti en France en avril 2019, et programmé dans quelques salles « Art et Essai » à Paris et en province, Ne coupez pas ! a réuni en France quelques poignées d’aficionados et amoureux du genre fantastique.

On espère maintenant que sa sortie en DVD permettra au film d’Ueda de toucher le public qu’il mérite : le plus grand nombre possible !

 

 

Le DVD

[4,5/5]

C’est donc à la nouvelle structure Les films de Tokyo que l’on doit le plaisir de la découverte de Ne coupez pas ! sur support DVD. Et côté galette, l’éditeur nous offre un DVD techniquement irréprochable, composant de façon habile avec les limites techniques du film et nous proposant au final une expérience Home Cinema de très haute volée : un master sans faille, une définition et un piqué à toute épreuve, dans les limites naturelles d’un encodage en définition standard bien-sûr. C’est donc un sans-faute côté image, et on fera le même constat côté son d’ailleurs, puisque le mixage Dolby Digital 2.0 d’origine balance la purée avec puissance et dynamisme. L’équilibre et la mise en avant des dialogues semblent avoir été parfaitement travaillés, et si l’on n’est certes pas en présence du disque de démo pour épater la galerie (ce n’est pas du tout dans la nature du film), le DVD édité par Les films de Tokyo nous propose tout de même une immersion solide et mémorable au cœur de ce film complètement fou.

La section suppléments nous propose de découvrir un entretien avec Shin’ichirô Ueda (5 minutes), au cœur duquel il reviendra sur le succès inattendu du film, et révélera quelques secrets de tournage (notamment sur le tournage du plan-séquence qui ouvre le film, en réalité composé de six plans et tourné en l’espace de deux jours).

On notera par ailleurs qu’un soin tout particulier a été apporté au packaging du DVD de la part des Films de Tokyo : Ne coupez pas ! nous arrive en effet dans un beau digipack aux couleurs du film, et comporte également un petit livret de 8 pages rempli de photos du film. Du beau travail !

 



Critique film

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