Patrick Balkany, bientôt condamné mais bientôt libéré ?



« Au bout de cinq mois, cinq mois, Madame la présidente, enfin ! » Ce mardi 11 février, lors de la seconde semaine de son procès en appel pour blanchiment aggravé de fraude fiscale, Isabelle Balkany ne tient plus en place sur le banc des prévenus. Elle y est assise seule, sans son mari, mais c’est justement de ce dernier dont il est alors question. Et plus précisément de son état de santé, lui qui est incarcéré depuis le 13 septembre dernier.

La présidente, Sophie Clément, lit le rapport d’expertise médicale commandée par la cour d’appel de Paris, après moult demandes de la défense. Un rapport qui devait se borner à dire si, oui ou non, l’absence de Patrick Balkany à l’audience est justifiée. Mais l’expert est allé plus loin, beaucoup plus loin. Non seulement son absence à la barre est motivée, mais sa détention même est remise en cause.

« Monsieur Patrick Balkany est porteur de maladies sérieuses », et notamment un « infarctus mésentérique » (de l’intestin) qui nécessite « une intervention chirurgicale », écrit ledit expert. Lequel constate « une dégradation manifeste de son état général » et un « état dépressif marqué ». Puis de conclure :« Son état n’est pas totalement compatible avec une détention ordinaire. (…) Son maintien en prison peut engager un pronostic délétère. »Isabelle Balkany en campagne sur les marchés et dans les prétoires

« Je suis toujours une menteuse ? »

Voilà pour le résumé du compte rendu. Mais son avocat, Maître Dieudonné, ne laisse pas passer l’occasion de lire en détail certains passages de l’expertise : « la tension artérielle inquiétante », « les 13 cachets le matin, 16 le midi et 9 le soir », « les idées de mort nettement exprimées »… Avant de souligner un autre extrait :

« A court terme, environ deux mois, son pronostic vital n’est pas engagé. Mais à plus long terme, ce pronostic n’est plus certain s’il reste en prison. »

Le conseil de Patrick Balkany demande aussitôt à la Cour de le « libérer d’office ». « Vous en avez le pouvoir », insiste-t-il en direction d’une présidente interdite, qui suspend l’audience quelques minutes. Le temps pour Isabelle Balkany de foncer vers les bancs réservés à la presse :

« Alors ? Je suis toujours une menteuse ? On m’a traînée dans la boue quand je disais que Patrick était en danger de mort ! »Isabelle Balkany : « Je veux sauver mon époux, c’est un cri du cœur ! »

Elle devra cependant attendre pour obtenir gain de cause. A la reprise de l’audience, la présidente assure qu’elle n’a pas le pouvoir de faire libérer Patrick Balkany et exige de son avocat qu’il dépose « une demande de remise en liberté en bonne et due forme ». Celui-ci l’avait déjà préparée. Il quitte aussitôt la salle d’audience pour aller l’enregistrer au greffe. « Je vais envoyer un SMS à Madame Belloubet (la ministre de la Justice) », ajoute Isabelle Balkany, mi-ironique mi-scandalisée.

« 30 années de fraude fiscale »

La lecture d’une lettre de Patrick Balkany puis la défense acharnée de son épouse à la barre ne changeront toutefois rien au fond de l’affaire. S’ils reconnaissent désormais « une faute fiscale », s’ils « regrettent » de ne pas avoir déclaré une partie de leur patrimoine, ils n’acceptent toujours pas les années de prison décidées à leur encontre en première instance. Tous deux réclament « l’extrême indulgence » de la Cour.

La partie civile, le fisc représenté par Maître Normand-Bodard, s’emploie néanmoins à faire la démonstration de « 30 années de fraude fiscale répétée et continue ». Surtout, les deux avocats généraux requièrent cinq années de prison dont une avec sursis à l’encontre de Patrick Balkany, quatre années de prison dont deux avec sursis à l’encontre d’Isabelle Balkany, 10 ans d’inéligibilité pour les deux, ainsi que la confiscation de tous leurs biens, dont leur résidence principale de Giverny dans l’Eure.

Une différence de taille cependant par rapport au jugement de première instance : un mandat de dépôt n’est plus réclamé pour Patrick Balkany en raison de son état de santé. Autrement dit, si la Cour suit les réquisitions du ministère public, Patrick Balkany pourrait sortir de prison. Il pourrait même ne plus jamais y retourner si sa peine d’emprisonnement est aménagée, comme la loi le permet pour les condamnés de plus de 70 ans. Pour la première fois, il sera heureux de dire qu’il a 71 ans.

La saga judiciaire des époux Balkany

Les journalistes de « l’Obs » ont assisté à de nombreuses audiences de ce procès hors norme. Comptes-rendus, enquêtes et analyses.

  • 4 février : Isabelle Balkany : « Je veux sauver mon époux, c’est un cri du cœur ! »
  • 3 février : Isabelle Balkany en campagne sur les marchés et dans les prétoires
  • 19 décembre : Au procès Balkany : « Ce n’est pas le nouveau monde qui juge l’ancien. C’est le monde des valeurs ! »
  • 18 décembre : Isabelle Balkany : « Non, mon mari ne mettait pas des billets de 500 euros dans sa robe de chambre »
  • 17 décembre : Isabelle Balkany : « J’ai 72 ans et je n’ai jamais rempli la moindre déclaration d’impôts. Patrick non plus »
  • 11 décembre : Patrick Balkany « déjà en surdose » à l’ouverture de son procès en appel
  • 3 décembre : Le dernier show des Balkany
  • 2 décembre : Balkany : « Je ne mérite pas d’être considéré comme un pestiféré »
  • 25 novembre : Patrick Balkany congédie ses avocats Dupond-Moretti et Vey
  • 13 novembre : Par crainte de pressions, la justice laisse Balkany reste en prison
  • 5 novembre : « Nous n’avons plus un rond, rien, ni en France ni à l’étranger »
  • 28 octobre – Patrick Balkany : par ici la sortie (de prison) !
  • 22 octobre – Patrick Balkany pas encore libre… et encore moins candidat
  • 22 octobre – Pourquoi Balkany ne devrait pas sortir de prison aujourd’hui
  • 18 octobre – Balkany, le casier plein et les poches vides
  • 18 octobre – Tribunal, prison, élection… Les cinq jours cruciaux pour Balkany
  • 13 septembre – Ces 23 minutes qui ont mené Patrick Balkany en prison
  • 13 septembre – Balkany dormira-t-il en prison ce soir ?
  • 13 juin – Balkany aux procureurs : « Avec vous, il vaut mieux tuer quelqu’un »
  • 6 juin – Balkany et « la fable » des 5 millions tombés du ciel
  • 5 juin – Le témoin suisse qui fait de Balkany un malheureux propriétaire
  • 29 mai – Procès Balkany : « Je suis un escroqué ! »
  • 27 mai – Balkany : « Un paradis fiscal, c’est toujours par rapport à un enfer fiscal »
  • 22 mai – Schuller répond à Balkany : « Il s’enfonce dans le déni, c’est pitoyable… »
  • 17 mai – La justice fixe « le prix du mensonge »
  • 16 mai – Des « fautes » avouées du bout des lèvres
  • 15 mai – « Je vais vous dire, les espèces, il fallait bien les utiliser »
  • 14 mai – Numéro de duettistes entre Dupond-Moretti et son client
  • 13 mai – Au premier jour de son procès, Balkany a la tête ailleurs
  • 12 mai – Comment ils ont échappé pendant 20 ans à la justice
  • ENQUÊTE – La vraie vie des Balkany, entre Pasqua, compte en Suisse et passeport diplomatique
  • ENQUÊTE – Les parties de cache-cash des Balkany : « Il avait des espèces dans son peignoir »





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