[Revue de presse] Allemagne : en démissionnant, la présidente de la CDU provoque une onde de choc politique


Revue de presse
11.02.2020

Qui succèdera à Angela Merkel ? Son parti chrétien-démocrate (CDU) est privé de chef depuis l’annonce, lundi, de la démission de sa présidente Annegret Kramp-Karrenbauer. La première formation d’Allemagne fait face à des divisions idéologiques, qui traduisent une crise politique plus large.

Face aux divisions au sein de son parti, la présidente de la CDU, Annegret Kramp-Karrenbauer (ici en 2018), a renoncé hier à prendre la suite d’Angela Merkel – Crédits : Flickr INSM CC BY-ND 2.0

« Il y a les démissions qui délient des nœuds, et celles qui révèlent une crise plus profonde. Le retrait de Kramp-Karrenbauer appartient à la deuxième catégorie« , commente Stefan Reinecke, du quotidien allemand Die Tageszeitung [Libération]. Lundi 10 février, « Annegret Kramp-Karrenbauer (AKK), la dauphine choisie par Angela Merkel pour lui succéder, [a jeté] l’éponge quatorze mois après avoir été élue sur le fil à la tête de la CDU« , explique Le Figaro. AKK fait ainsi « une croix sur le poste de chancelière qui semblait lui être promis » [L’Echo]. Le processus de sélection du prochain candidat de la CDU à la chancellerie pourrait être lancé cet été « pour succéder à Angela Merkel au plus tard fin 2021« , selon Le Figaro.

La présidente du premier parti d’Allemagne a surtout justifié ce départ par « une relation non clarifiée » entre une frange de sa formation et l’AfD d’extrême droite, rapporte ce quotidien avec l’AFP. Au début du mois de février, lors d’un scrutin régional en Thuringe (est de l’Allemagne), des élus de la CDU avaient joint leurs voix à celles de l’AfD pour faire élire un candidat libéral contre un candidat de gauche. Cette crise a mis en exergue les ambiguïtés idéologiques des chrétiens-démocrates, dont Mme Kramp-Karrenbauer « n’a pas réussi à empêcher » les rapprochement ponctuels avec l’extrême droite [Le Monde].

[Revue de presse] Allemagne : la démission du président de Thuringe, élu grâce à l’extrême droite, n’éteint pas « l’incendie politique »

Crise de succession

« Désormais écartelée et privée de chef, la CDU doit effectuer un travail d’introspection« , écrit donc Le Temps. Le parti est tiraillé entre une courte majorité qui « souhaite poursuivre la collaboration avec les formations de gauche » comme le parti social-démocrate (SPD), et « une part grandissante de la CDU« , plus à droite, qui « veut récupérer les électeurs séduits par l’AfD« , poursuit le quotidien suisse. L’extrême droite, qui « dépasse souvent les 20 % des voix » à l’est du pays, exerce en effet « une immense pression » sur la CDU, qui « n’a jamais paru aussi déboussolée« , explique Le Monde.

La ligne du successeur d’AKK sera donc déterminante pour l’avenir du parti. Parmi les candidats probables, deux se distinguent. Friedrich Merz, homme d’affaires et « vieil ennemi de la chancelière« , « partisan d’un net virage à droite du parti » [L’Echo]. Et face à lui, Armin Laschet, « proche de la chancelière« , qui présente un « profil plus consensuel« .

Une vie politique chaotique

« Tout est désormais possible« , avance Le Monde. Mais « quel que soit celui qui héritera du parti, ce sera mission impossible« , selon l’hebdomadaire Der Spiegel, cité par Le Figaro.

Car cette crise « intervient à un moment inopportun : l’économie allemande pourrait être en perte de vitesse, et les tensions socio-politiques se font plus prononcées« , selon la Deutsche Welle.

De plus, la CDU n’est pas le seul parti à connaître des déboires : le SPD, son allié de coalition gouvernementale, a également vu sa cheffe démissionner en juin dernier après treize mois à sa tête. Le parti social-démocrate « enchaîne les déconvenues électorales et cherche refuge dans son aile gauche« , souligne Le Figaro. Par conséquent, « on a du mal à imaginer la ‘grande coalition’, déjà fragile, tenir encore plusieurs mois dans un climat aussi instable et incertain« , estime Uwe Jun, professeur de science politique à l’université de Trèves [Le Monde].

« La fin du règne d’Angela Merkel s’annonce encore plus compliquée qu’attendu« , observe donc Libération. La vie politique allemande « qui, il y a encore peu, se singularisait en Europe par sa stabilité et sa prévisibilité« , affiche désormais un « caractère de plus en plus chaotique« , ajoute Le Monde.

« Cette année sera un test de résistance pour la démocratie parlementaire » du pays, avance finalement la Deutsche Welle. A moins de six mois de la présidence allemande du Conseil de l’UE, et alors que « le pays doit porter sa responsabilité internationale croissante » au sein de l’Europe post-Brexit, les Européens « ne peuvent [se] désintéresser » de la politique Outre-Rhin, affirme Le Figaro : « quand l’Allemagne éternue, le continent s’enrhume« .

 

 

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