Coronavirus: le rapatriement des Français « pas justifié »



L’épidémie du nouveau coronavirus, dont le bilan dépasse désormais les 720 morts, a fait sa première victime non chinoise, un Américain. Le virus a déjà contaminé plus de 34.500 personnes en Chine continentale (hors Hong Kong et Macao), ont annoncé ce samedi les autorités sanitaires. L’épidémie continue de se propager ailleurs dans le monde. Plus de 320 cas de contamination ont été confirmés dans une trentaine de pays et territoires. Cinq nouveaux cas (quatre adultes et un enfant de nationalité britannique) ont été annoncés en France ce samedi, portant le total à onze dans le pays. L’épidémiologiste Yves Charpak, qui a passé dix ans dans les instances dirigeantes de l’organisation, pointe les forces et les faiblesses de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) face à cette crise sanitaire. Il juge sévèrement les rapatriements d’expatriés. 

Challenges – La crise du coronavirus de Wuhan représente-t-elle un défi inédit pour l’OMS ?
Yves Charpak – Toute crise sanitaire est par définition particulière. Celle-ci est spéciale parce que le virus ne se comporte pas comme le Sras (syndrome respiratoire aigu sévère) précédent. Tout est à mesurer et à apprendre de ce nouveau virus : le temps de latence, la période d’incubation, la contagiosité… Ensuite, la diffusion rapide de cette épidémie dans de très nombreux endroits en Chine lui donne une dimension quasi continentale. La Chine n’est pas le Luxembourg!

L’OMS a-t-elle les moyens d’y répondre ?

Avec le Règlement sanitaire international, l’OMS est dotée d’un outil formidable pour prévenir et gérer les épidémies. Ce texte est une loi internationale qui impose à tous les Etats membres de l’ONU de se préparer aux crises. Il a été réformé en 2005 après l’épidémie de Sras, qui avait mis en lumière des carences dans la gestion de la crise sanitaire. Le règlement existait mais il n’était pas adapté à toutes les situations, notamment les crises chimiques ou nucléaires. S’il avait été mis en œuvre au moment de Tchernobyl, cela aurait probablement obligé les Soviétiques à donner l’alerte plus rapidement. Il serait toutefois absurde d’en demander trop à une organisation qui dispose de ressources très limitées. Le budget de l’OMS est celui d’un petit hôpital universitaire et sa masse salariale se compare à celle de l’Etablissement français du sang. Le financement de la prévention n’est pas encore passé dans les esprits : les Etats ont beaucoup de mal à accepter l’idée d’allouer des moyens à des crises qui pourraient ne jamais advenir. Il y a par conséquent un problème de ressources mobilisables au moment des crises.

Il est écoulé un mois entre le moment où la Chine a donné l’alerte et le déclenchement par l’OMS de l’Urgence sanitaire. L’Organisation aurait-elle subi des pressions pour différer sa décision ?

L’urgence de santé publique de portée internationale aurait pu être déclarée plus tôt et il y a probablement eu des pressions. Celles-ci n’étaient probablement pas le fait de la Chine, comme j’ai pu le lire, mais à mon avis plutôt d’Etats membres influents qui n’avaient pas intérêt à ce que l’urgence soit déclarée trop vite et voulaient par exemple se donner le temps de rapatrier leurs citoyens. Le rapatriement des expatriés de tel ou tel pays ne se justifie pas à mon avis d’un point de vue sanitaire, c’est même une mesure qui risque d’exporter la maladie. Quand j’entends critiquer l’OMS pour telle ou telle décision, je rappelle c’est une organisation multinationale dont les décisions sont prises par ses Etats membres. Certains pays tiennent un double discours : ils prétendent qu’on leur impose des décisions alors qu’ils ont envoyé un représentant qui a participé à leur élaboration. Inévitablement, des jeux diplomatiques existent aussi, puisque des gouvernements de tous les pays sont assis autour de la table. En ce moment, le jeu serait plutôt celui du « China bashing ». Certains pays qui jugent ce pays trop puissant, peuvent peut-être se réjouir de le voir en difficulté.

La décision bilatérale de suspendre les vols avec la Chine participe-t-elle du jeu diplomatique ou se

justifie-t-elle ?


Quand on approche des 5 milliards de transports unitaires dans le monde, il est évident que les pathologies circulent beaucoup plus et plus vite. Il n’y a pas de réponse simple à la question de savoir s’il faut fermer les vols, ne serait-ce que pour une période courte, le temps d’enrayer une épidémie.

Coronavirus: la France déconseille les voyages en Chine « sauf raison impérative »

Au vu de l’évolution de l’épidémie de coronavirus, qui touche désormais plus de 34.500 personnes, le gouvernement français a décidé de déconseiller à ses ressortissants tout voyage en Chine « sauf raison impérative », a annoncé samedi le ministère des Affaires étrangères.

« Compte tenu du contexte évolutif de l’épidémie de nCoV, des restrictions décidées par les autorités chinoises (…) il a été décidé de modifier les conseils aux voyageurs et de passer en orange la carte de Chine (déconseillé sauf raison impérative) », indique le bref communiqué du ministère.

L’épidémie du nouveau coronavirus, dont le bilan dépasse désormais les 720 morts, a fait sa première victime non chinoise, un Américain. Le virus a déjà contaminé plus de 34.500 personnes en Chine continentale (hors Hong Kong et Macao), ont annoncé ce samedi les autorités sanitaires. L’épidémie continue de se propager ailleurs dans le monde. Plus de 320 cas de contamination ont été confirmés dans une trentaine de pays et territoires. Cinq nouveaux cas (quatre adultes et un enfant de nationalité britannique) ont été annoncés en France ce samedi, portant le total à onze dans le pays. L’épidémiologiste Yves Charpak, qui a passé dix ans dans les instances dirigeantes de l’organisation, pointe les forces et les faiblesses de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) face à cette crise sanitaire. Il juge sévèrement les rapatriements d’expatriés. 

Challenges – La crise du coronavirus de Wuhan représente-t-elle un défi inédit pour l’OMS ?
Yves Charpak – Toute crise sanitaire est par définition particulière. Celle-ci est spéciale parce que le virus ne se comporte pas comme le Sras (syndrome respiratoire aigu sévère) précédent. Tout est à mesurer et à apprendre de ce nouveau virus : le temps de latence, la période d’incubation, la contagiosité… Ensuite, la diffusion rapide de cette épidémie dans de très nombreux endroits en Chine lui donne une dimension quasi continentale. La Chine n’est pas le Luxembourg!

L’OMS a-t-elle les moyens d’y répondre ?

Avec le Règlement sanitaire international, l’OMS est dotée d’un outil formidable pour prévenir et gérer les épidémies. Ce texte est une loi internationale qui impose à tous les Etats membres de l’ONU de se préparer aux crises. Il a été réformé en 2005 après l’épidémie de Sras, qui avait mis en lumière des carences dans la gestion de la crise sanitaire. Le règlement existait mais il n’était pas adapté à toutes les situations, notamment les crises chimiques ou nucléaires. S’il avait été mis en œuvre au moment de Tchernobyl, cela aurait



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