Test Blu-ray : Sunday in the country


Sunday in the country

 
Royaume-Uni, Canada : 1974
Titre original : –
Réalisation : John Trent
Scénario : Robert Maxwell, John Trent, David Main
Acteurs : Ernest Borgnine, Michael J. Pollard, Hollis McLaren
Éditeur : Artus Films
Durée : 1h32
Genre : Thriller
Date de sortie cinéma : 11 novembre 1981
Date de sortie DVD/BR : 7 février 2020

 

Dans la campagne de Locust Hill, le vieil Adam, aigri par la mort de sa fille, tente d’élever sa petite-fille selon ses principes de rédemption religieuse. Il se rend à l’office dominical quand il apprend que trois voyous sont en fuite après un braquage dans la ville d’à côté. Selon la police, ils rôderaient dans les parages. Ce serait une aubaine pour Adam de retrouver les voyous avant la police, et de leur donner la leçon qu’ils méritent…

 


 

Le film

[4/5]

« Ces voyous sont venus ici pour échapper à la police, ils sont prêts à tout. Ils nous auraient tué tous les trois et pris la voiture si je n’avais pas tué le premier. (…) J’ai toujours su protéger ce que je possédais moi-même. J’ai jamais eu besoin de personne. »

Cet extrait des dialogues de Sunday in the country, placé pile au milieu du film, constitue probablement, d’un point de vue thématique et psychologique, le point névralgique du long-métrage de John Trent. C’est en effet par ces propos que le personnage d’Adam interprété par Ernest Borgnine justifie auprès de sa petite fille Lucy (Hollis McLaren) son comportement vis-à-vis du groupe de braqueurs / tueurs en cavale qu’il vient de capturer et d’enchaîner dans sa cave, à la façon de vulgaires pièces de bétail. Mais si le papy en salopette prétend que ses actes sont simplement régis par la loi du talion (ce qui a priori pourrait sembler crédible vu son attachement aux principes de rédemption religieuse que le film prend soin d’exposer durant son premier quart d’heure), le spectateur ne pourra être dupe, bien conscient que la vérité est tout autre.

Il semble en effet assez clair dans la façon dont les différents éléments narratifs sont amenés au spectateur que dès qu’il se rend compte de l’absence de ligne téléphonique, Adam est pertinemment conscient que les trois truands sont dans les environs. Ainsi, ses différents préparatifs ne semblent plus tellement destinés à se défendre de potentiels agresseurs, mais au contraire bel et bien destinés à leur tendre un piège, ce qui se confirmera d’ailleurs par le fait qu’il versera le premier sang, d’une façon d’ailleurs pour le moins radicale. Sa violence se déchaînera comme une catharsis à l’encontre des trois braqueurs, qui deviendront les victimes impuissantes de ses jeux pervers. La violence sera son exutoire, et les truands deviendront dès lors à ses yeux le symbole d’une société dans laquelle il ne se reconnaît plus – une société vouée à la damnation, et au cœur de laquelle les repères sociaux, économiques et moraux ont disparus, laissant seulement la place à une notion de « survie ».

De fait, il semble dès lors que la loi du talion ne suffise plus, et qu’il s’agisse de frapper le premier, afin de s’assurer du bon fonctionnement de la société – de se placer en juge et en bourreau face à un système qui n’assure plus son rôle. Cela dit, on pourra – forcément – se demander jusqu’où vont les notions de « justice » et même de « propriété » pour le vieil homme en salopette. En effet, les dialogues échangés avec sa petite-fille nous apprendront que sa femme est décédée, ainsi que sa fille, qui avait fait le choix de fuir la ferme familiale, sans qu’Adam s’en explique la raison. S’agit-il pour lui d’une façon de « prêcher le faux », afin de découvrir si Lucy connaît les raisons réelles de son départ précipité, ou s’agit-il d’une réelle ignorance des causes et des raisons qui ont causé cette fuite en avant ? Bien malin qui saura le déterminer, d’autant que si une espèce de vague tension sexuelle peut être décelée au début du film – quand papy lui fait une remarque sur sa robe trop courte – le reste du récit n’insiste jamais réellement sur de possibles abus de la part du grand-père. Cependant, durant la scène du repas, quand Lucy demande à Adam s’il est dérangé par le fait qu’elle aille rejoindre son boyfriend Eddie « au pavillon », les sous-entendus sont clairs : elle lui demande quasiment la permission de faire l’amour avec le jeune homme. La réaction du vieil homme sonne dès lors comme une bénédiction : il mentionnera de plus la robe de son épouse au moment de leur rencontre, alors même que ce dernier reprochait quelques heures plus tôt à Lucy de porter le même type de robe. Ainsi, si Adam est certes gêné par l’éveil sexuel de sa petite-fille qui, justement, n’est plus vraiment une petite fille, il semble que les scénaristes du John Trent et Robert Maxwell n’ont pas souhaiter insister sur cette possible ambiguïté supplémentaire : le film soulevait probablement déjà suffisamment d’interrogations morales !

Les influences les plus manifestes de Sunday in the country vont chercher du côté des Chiens de paille (1971) et surtout de La dernière maison sur la gauche (1972) dans la représentation du personnage de Leroy (Michael J. Pollard), mais malgré ce qu’on peut lire un peu partout – jusque dans le livret qui accompagne cette édition – sûrement pas d’Un justicier dans la ville. Si bien sûr certaines des thématiques des deux films se répondent un peu, comment John Trent et son coscénariste Robert Maxwell auraient-ils pu s’inspirer d’un film qui n’était pas encore sorti au moment de l’écriture et du tournage de Sunday in the country ?

 

 

Le Combo Blu-ray + DVD

[4,5/5]

C’est donc sous les couleurs d’Artus Films que l’on pourra aujourd’hui découvrir ou revoir Sunday in the country, qui fut un temps disponible en France en VHS, sous le titre Self defense, et qui atterrit aujourd’hui dans le collection « rednecks » de l’éditeur. Le film s’offre d’ailleurs une présentation Haute-Définition tout à fait recommandable : le master restauré nous propose des couleurs éclatantes et naturelles, le piqué et le niveau de détail ne faiblissent que sur les plans comportant des mentions écrites et/ou des fondus, et l’ensemble affiche un grain argentique bien préservé : c’est du très beau travail, même si l’ensemble manque probablement un poil de stabilité. Côté son, VF et VO sont proposées dans des mixages LPCM 2.0, et proposent un rendu sonore clair, net et au final tout à fait recommandable. La version française d’origine, dont le doublage est assuré, entre autres, par Henry Djanik et Céline Monsarrat, est sans doute plus claire et plus saturée que la version originale, et les dialogue sont d’avantage mis en avant. On notera que certains passages, coupés sur la VHS française, repasseront directement dans la langue de Shekespeare.

Du côté des suppléments, on trouvera un intéressant entretien avec Maxime Lachaud (12 minutes), auteur du livre « Redneck Movies : ruralité et dégénérescence dans le cinéma américain », qui reviendra sur la genèse du film et ses diverses influences. On trouvera également sur la galette la traditionnelle galerie de photos composée par l’éditeur.

On ajoutera de plus que le film est présenté dans une riche édition Combo Blu-ray + DVD, et qu’il s’agit d’un digibook comprenant également un livret de 64 pages consacré au film, et rédigé par Maxime Lachaud. Passionné par son sujet, le journaliste se laisse aller à pas mal de digressions, sur l’histoire de la Hickploitation (même si le film de John Trent n’y appartient que partiellement) et de la Canuxploitation (le cinéma d’exploitation canadien), voire même sur d’autres films – et vu l’enthousiasme de l’auteur concernant Trapped (William Fruet, 1982), on espère qu’Artus Films aura prochainement la bonne idée de le sortir en vidéo ! Quoi qu’il en soit, quand Lachaud se recentre sur le film, ses propos sont aussi pertinents qu’intéressants – au point d’avoir visiblement « inspiré » beaucoup des critiques que vous pourrez lire sur le Net… Du point de vue de l’objet en lui-même, on ne pourra que s’incliner devant la classe absolue de ce coffret Sunday in the country, qui s’impose comme un vrai et bel objet de collection, au design soigné et aux finitions parfaites. Un grand bravo à Artus Films.

 



Critique film

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