Le rêve de Rachida Dati ? Une finale face à Anne Hidalgo


Il y a encore quelques semaines, la candidature de Rachida Dati apparaissait comme un combat perdu d’avance, l’aventure d’une femme qui a connu la fièvre des batailles de haut niveau et qui n’avait qu’un projet politique : reprendre la lumière. On aurait presque oublié qu’elle avait été, en 2007, la porte-parole la plus efficace et la plus médiatique de Nicolas Sarkozy.

Depuis, elle rongeait son frein à la tête de la mairie du 7e arrondissement de Paris, jouant les nounous attentives d’un électorat en loden, labourant avec constance et application cette terre discrète de la bonne bourgeoisie parisienne. Elle attendait son heure. En revanche, personne ne l’avait vue venir. Quand le mois dernier, les sondages l’ont placée au-dessus des 20 % d’intentions de vote, les observateurs l’ont regardée d’un œil plus attentif. Ils ont découvert une autre femme, plus policée, plus habile, bien décidée à occuper le créneau d’une droite décomplexée, mais tout en souplesse et décontraction.

La Mère Tape Dur du sarkozysme s’est muée en dame patronnesse des beaux quartiers. Cheveux courts, lunettes d’institutrice, la candidate LR s’attaque à la saleté de Paris, à l’anarchie galopante qui gagnerait la Ville Lumière, au laxisme sécuritaire d’Anne Hidalgo, mais aussi des Verts et de La République en Marche. Les télévisions lui proposent de débattre avec ses concurrents ? Elle refuse en prétextant que ces rendez-vous cathodiques à sept ou huit participants ne sont que des foires d’empoigne inaudibles dans lesquelles l’électeur se perd immanquablement.EXCLUSIF. Anne Hidalgo : « Je veux inventer une autre forme de police à Paris »

Provocation antidémocratique ? Que nenni ! Rachida Dati a une stratégie évidente. Elle n’a qu’un seul adversaire, un seul concurrent digne d’elle : Anne Hidalgo, la maire de Paris. Alors, pourquoi perdre son temps dans des bavardages subalternes, des forums cafouilleux qui ne servent qu’à faire sortir de l’anonymat des inconnus ou des représentants de listes subalternes ?

La technique Sarkozy

La candidate LR ne fuit pas le débat, elle tente de le polariser sur un fight haut de gamme contre la seule qui mérite son attention, sa « copine » Anne. Là, oui, elle est partante pour un face-à-face télévisé avec la « patronne » de l’Hôtel de Ville. Quelle belle affiche ! Deux filles d’immigrés, l’une du Maroc, l’autre d’Espagne, dans un duel féroce mais fair-play. Car les deux femmes s’apprécient. Dans une remarquable enquête consacrée à Anne Hidalgo, dans « Vanity Fair », la journaliste Sophie des Déserts rapporte un propos de Rachida sur Anne :

« J’ai entendu, en 2014, des gens dire : “On va se la faire, la Conchita.” Eh bien, Anne les a tous niqués. »

La formule, venant de l’ancienne garde des Sceaux, est une louange, un adoubement féministe sans équivoque. C’est sans doute ce lien intime qui unit les deux femmes : celui d’avoir affronté l’univers machiste de la politique et d’en être sorties vivantes, renforcées, rassérénées. Elles sont des rescapées, des survivantes.

Hidalgo, Dati, Griveaux, Villani : ils veulent tous une police municipale. Mais pour quoi faire ?

Mais le rêve de Rachida Dati va sans doute se heurter à la dure réalité. Car, les jeux, à Paris, ne sont pas encore faits. Et les alliances, au soir du premier tour, ne présagent pas automatiquement d’une finale entre les deux femmes. Trop d’inconnues demeurent. Benjamin Griveaux et Cédric Villani vont-ils aller au bout de leur duel fratricide ? Les Verts bénéficieront-ils d’un vote protestataire plus important que les sondages ne le prédisent ? En attendant de sortir du brouillard des prévisions, la maire du 7e arrondissement enfonce le clou de la sécurité, joue sa carte à fond, en espérant profiter du chaos qu’ont vécu les Parisiens durant la période des grèves sur la réforme des retraites. Avec un seul message : reprendre la ville en mains, avec des gants de fer et une voix de velours. Du Sarkozy pur jus. En tailleur Dior…





nouvelobs

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