Des campus « nouvelle génération » pour doper l’attractivité de la voie pro



Enième tentative de revaloriser une filière mal aimée, le gouvernement veut faire émerger des « Harvard » de la voie professionnelle en créant des campus rassemblant lycées, centres d’apprentissage et universités dans l’espoir de répondre plus directement aux besoins de main d’oeuvre.

Ce jeudi, ils ne seront pas moins de quatre ministres (Travail, Education nationale, Enseignement supérieur, secrétariat d’Etat auprès du ministre de l’Economie) à présenter les 21 campus lauréats d’un appel à projets qui vont obtenir un label « d’excellence ». Un « coup de projecteur », bienvenu pour certains, sur cette filière qui concerne un lycéen sur trois; un simple « coup de com' » pour d’autres.

En lançant il y a deux ans la réforme de la voie professionnelle, le ministre de l’Education Jean-Michel Blanquer disait vouloir créer « un enseignement qui fasse envie », avec notamment des « Harvard du pro », du nom de la prestigieuse université américaine.

Quelque 80 « campus des métiers » existent déjà depuis 2013 mais ils pâtissent d’un manque de visibilité. En labellisant des campus « d’excellence », qui vont réunir à l’échelle d’une région des lycées professionnels, des centres d’apprentissage et des universités, le gouvernement espère pouvoir « faire rayonner la voie professionnelle ».

« Tout ce qui peut permettre de donner un coup de projecteur sur cette voie, qui pâtit d’un déficit d’image, est positif », réagit Mohamed Attia, du syndicat SE-Unsa.

Quelque 665.000 élèves suivent actuellement un parcours scolaire menant à un CAP ou un bac professionnel.

Leur insertion professionnelle reste peu satisfaisante: 51% des titulaires d’un CAP et 34% des bacheliers professionnels sont au chômage sept mois après l’obtention de leur diplôme.

Dans le même temps, chaque année, plus de 150.000 offres d’emploi restent non pourvues selon les données de Pôle emploi.

L’un des objectifs des campus sera de développer des formations portant sur de nouvelles spécialités afin de répondre au plus près aux besoins des entreprises. Un financement du programme investissement d’avenir doté de 80 millions d’euros permettra de soutenir une première vague de 20 à 30 projets.

– « Une vitrine » –

A Blagnac, à côté de Toulouse, le campus des métiers de la filière aéronautique et spatiale est un de ceux qui vont obtenir le label d' »excellence ». Parmi ses projets: développer en quelques mois des enseignements portant sur de nouvelles spécialités.

le campus des métiers de la filière aéronautique et spatiale »La production aéronautique sera bientôt totalement +digitalisée+, il faut que nous dispensions des formations sur mesure pour faire face à cette exigence », explique par exemple son directeur opérationnel, François Vives. En soulignant la volonté de « faire connaître la filière, de donner envie aux jeunes, en particulier aux filles ».

Un autre campus basé à Oyonnax dans l’Ain, spécialisé dans la plasturgie, sera labellisé jeudi. « Une reconnaissance », se félicite la directrice des opérations, Christelle Abis. « Nous allons pouvoir intégrer à notre campus des technologies novatrices, remettre à neuf notre internat, et colorer nos diplômes en fonction des besoins des entreprises de la région », explique-t-elle.

Ces campus ne seraient pourtant qu’un « coup de com' », selon certains connaisseurs de la filière, comme Pascal Vivier, secrétaire général du Sneeta-FO, premier syndicat de la voie professionnelle. « L’objectif d’en créer plusieurs dizaines sur le territoire, tous reliés à une école d’ingénieur, n’est pas réaliste », estime-t-il.

Il salue en revanche les autres aspects de la réforme de la voie professionnelle: des enseignements généraux mieux articulés avec les enseignements professionnels, l’augmentation du nombre de places en BTS pour les lycéens de bac pro…

« Le discours positif sur cette voie mal aimée commence à porter ses fruits », estime-t-il.

« Ces campus sont une vitrine de la réforme, et vont concerner très peu d’élèves », juge beaucoup plus sévèrement Sigrid Gérardin, co-secrétaire générale du Snuep-FSU. Dans le même temps, des moyens ont été enlevés aux jeunes les plus en difficulté, regrette-t-elle, citant notamment la diminution du nombre d’heures d’enseignement général ou la mise en place d’une spécialisation en Première, et non plus en Seconde, « ce qui repousse l’accès au savoir professionnel ».



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