un entraîneur de judo, condamné pour « agression sexuelle sur mineur », toujours sur les tatamis



En pleine affaire de violences sexuelles dans le patinage, « L’Oeil du 20 heures » a retrouvé un entraîneur de judo qui a continué d’accompagner des jeunes, malgré une condamnation pour « agression sexuelle sur mineur » en 2007.

La fédération de patinage n’est « pas la seule » concernée par les violences sexuelles en France, ne cesse de répéter Roxana Maracineanu, la ministre des Sports. La preuve, avec ce reportage de « L’Oeil du 20 heures », diffusé mercredi 5 février sur France 2, en collaboration avec le média Disclose. C’est l’histoire d’un entraîneur de judo, condamné en 2007 pour agression sexuelle sur mineur, et qui, après son passage en prison, a continué d’accompagner des jeunes… malgré une interdiction d’entrer en contact avec les enfants. Et sans que l’administration n’y voie le moindre problème pendant des années.

Tout commence dans l’ancien club de judo de Sundhoffen (Alsace). C’est ici, un soir de 2004, qu’un cours dérape : l’entraîneur commet des agressions sexuelles sur une jeune judokate de 13 ans. Reconnu coupable et condamné en 2007, l’homme a depuis interdiction d’entrer en contact avec des mineurs de moins de 15 ans, et il est inscrit au fichier des auteurs d’infractions sexuelles (Fijais).

Pourtant, après sa sortie de prison, il a repris ses fonctions au club d’arts martiaux voisin de Colmar. Dans le reportage, on le voit posant tout sourire avec des enfants sur les réseaux sociaux du club, entre 2013 et 2019. Sa victime, dit ne pas comprendre. « Les blessures sont encore là, mais on vit avec. Comment ça se fait qu’aujourd’hui au bout de 15 ans, il soit toujours encore en train d’entraîner des mineurs alors qu’il est interdit d’entraîner des mineurs. Je pense que quelque part au niveau du système il y a quand même a un problème », explique la judokate aujourd’hui âgée de 29 ans.

Dans le club où il enseigne depuis des années, l’ancien agresseur ne voit lui aucun problème. Devant notre caméra cachée, il estime prendre toutes les précautions nécessaires, en ne restant jamais seul avec des enfants. « J’ai repris les cours d’enfants, avec leurs profs. Ca arrive que je sois tout seul avec eux, mais les parents sont toujours autour, dit-il. Pour tout ce qui est bobos, tout ça, moi je ne touche personne. Je ne veux avoir aucun contact. Ca a été comme ça l’organisation chez nous : les gamins, je ne leur serre pas la main. On a adopté tout ça justement pour me protéger, déjà moi. » 

Selon lui, tout le monde au club connaît son passé. Pourtant les parents que nous avons rencontrés cet après-midi ignoraient tous sa condamnation. « Je suis assez surprise, même un peu bouleversée, j’ai quand même ma fille, elle a 7 ans. Vraiment, je l’aurais su avant, j’aurais jamais mis mes enfants au sport pour faire du judo.  Oui, je trouve que c’est quand même un peu dangereux de le laisser retravailler dans ce domaine en tout cas », disent-ils.

Depuis 2008, la famille de la victime a alerté l’administration et les instances sportives à plusieurs reprises sur le cas de cet entraîneur, en contact avec des mineurs malgré sa condamnation… Une violation du Code du sport passible d’un an de prison et 15 000 euros d’amende. « Nous avons envoyé la copie du jugement à la Ligue d’Alsace, à Jeunesse et Sports, à la Fédération française de judo à Paris, donc ces gens-là ne pouvaient pas ignorer que cette personne a été condamnée », explique le père de la victime.

En 2011, le service Jeunesse et Sport de la Préfecture lui répond enfin : malgré l’inscription de l’entraîneur au Fichier des Auteurs d’infractions sexuelles, l’administration ne relève pas d' »incapacité à exercer la profession d’éducateur sportif. »   

Le prof de judo de Colmar n’est pas un cas isolé. C’est l’une des 77 affaires révélées par les journalistes de Disclose, dans 28 disciplines sportives. « Dans 80% des affaires, la personne est maintenue en poste. L’agresseur présumé ou confirmé est maintenu en poste qu’il ait déjà été condamné ou qu’il soit sous le coup d’une procédure judiciaire. C’est un risque parce qu’on a découvert une deuxième chose c’est que dans un cas sur deux, on a de la récidive », détaille Daphné Gastaldi, l’une des journalistes.

Ce n’est qu’en décembre, après les révélations de Disclose, que l’administration dit avoir découvert l’inscription de l’entraîneur au fichier des auteurs d’infractions sexuelles, et lui a notifié son incapacité d’exercer. Soit douze ans après avoir été alertée par les parents de la victime. 



francetvinfo

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