Autriche: Sebastian Kurz passe du brun au vert et revient au pouvoir


Le conservateur autrichien Sebastian Kurz fait son retour mardi à la chancellerie aux côtés d’écologistes novices avec lesquels il entend « protéger le climat et les frontières », après l’échec de son précédent gouvernement avec l’extrême droite.

« Exotique », « improbable »: la presse ne manque pas d’adjectifs pour qualifier la coalition entre le parti ÖVP et les Verts autrichiens (Die Grünen), qui prend ses fonctions à Vienne et vante déjà son alliance comme un modèle pour l’Europe.

Le chancelier, les dix ministres ÖVP et les quatre ministres écologistes vont prêter serment à 11h00 heure locale (10h00 GMT) devant le chef de l’Etat Alexander Van der Bellen, un ancien chef des Verts.

« Il est possible de réduire la pression fiscale tout en verdissant les impôts », estime Sebastian Kurz, qui redevient à 33 ans le plus jeune dirigeant de la planète. « Et il est possible de protéger le climat comme les frontières », ajoute ce tenant d’une ligne dure sur l’immigration.

Féminisé, rajeuni et verdi, le nouveau gouvernement autrichien doit aussi ramener la stabilité et réparer l’image du pays, abîmée par les 18 mois de coalition des conservateurs avec les nationalistes du FPÖ entre décembre 2017 et mai 2019.

– Place aux femmes –

Emaillé de controverses et des provocations ciblées de l’extrême droite, ce premier gouvernement Kurz avait volé en éclats lors du retentissant scandale de l’Ibizagate, qui avait contraint à la démission le chef du FPÖ, filmé en train de proposer des marchés publics à la pseudo-nièce d’un oligarque russe.

Les ministres qui prêtent serment mardi, principalement trentenaires et quadragénaires, représentent l’Autriche dans sa diversité. En comptant le chancelier, les femmes sont en majorité dans le gouvernement, à neuf pour huit hommes.

Un « super portefeuille » de l’environnement est occupé par une ancienne militante écologiste. Les Verts envoient une élue ouvertement lesbienne gérer la culture, et une avocate d’origine bosnienne, arrivée en Autriche comme réfugiée dans son enfance, a été choisie pour la Justice.

A cette nouvelle équipe de convaincre qu’économie et écologie font bon ménage, que le libéralisme sociétal des Verts est compatible avec les discours de fermeté de Sebastian Kurz sur l’immigration, l’intégration et l’islam.

Werner Kogler (c), le chef des Verts autrichiens, lors du congrès de son parti, le 4 janvier 2020 à Salzbourg (APA/AFP/Archives – BARBARA GINDL)

Les Verts avaient âprement critiqué la politique menée sous le premier mandat de M. Kurz avec le FPÖ.

Après la chute de la coalition droite / extrême droite, des élections législatives anticipées convoquées en septembre ont été largement remportées par l’ÖVP (37,5%), sans majorité absolue. Le FPÖ, en baisse de dix points, a préféré retourner dans l’opposition.

Plutôt que de tendre la main aux sociaux-démocrates arrivés en seconde position, M. Kurz a mené des négociations avec le mouvement écologiste, en hausse de dix points aux législatives, qui ont abouti le 1er janvier à un accord de coalition.

Porté par les préoccupations liées aux réchauffement climatique, le nouveau gouvernement autrichien se verrait bien faire école en Europe, notamment en Allemagne où les écologistes ont le vent en poupe.

Les sociaux-démocrates estiment que les Verts ont payé par trop de concessions leur alliance et que les questions sociales ont été oubliées dans le programme de gouvernement.

L’extrême droite, troisième force au parlement, dénonce pour sa part une « dérive à gauche », une « expérimentation dangereuse ».

– Stabilité –

Les écologistes sont satisfaits d’accéder enfin au pouvoir, après plus de trois décennies dans l’opposition. A l’échelon régional, ils gouvernent avec l’ÖVP dans plusieurs régions.

Ils reconnaissent avoir dû concéder des mesures « douloureuses » à la droite.

Le conservateur Sebastian Kurz, nommé chancelier autrichien, présente le programme de coalition lors d'une conférence de presse à Vienne, le 2 janvier 2020 (AFP/Archives - Alex Halada)

Le conservateur Sebastian Kurz, nommé chancelier autrichien, présente le programme de coalition lors d’une conférence de presse à Vienne, le 2 janvier 2020 (AFP/Archives – Alex Halada)

La coalition n’est pas un « mariage d’amour » non plus pour Sebastian Kurz, estime l’analyste Johannes Huber, interrogé par l’AFP. « Comme il le dit à chaque occasion, il s’agit de deux partis très différents ».

« Nous sommes sur beaucoup de sujets plus proches du FPÖ » que des écologistes, a admis le chancelier ce week-end.

Mais Sebastian Kurz a promis la stabilité aux Autrichiens, qui ont vécu deux scrutins législatifs anticipés, en 2017 et en 2019.

Le jeune dirigeant peut difficilement, selon les analystes, se permettre de provoquer prématurément des législatives en cas de désaccord avec les Verts.

Sebastian Kurz affiche donc son « optimiste »: son second gouvernement « est là pour cinq ans », soit la législature complète, affirme-t-il.



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