des parents racontent pourquoi ils ne font pas croire au père Noël à leurs enfants



Que cela soit pour des raisons morales, des croyances religieuses ou des considérations matérielles, certains parents préfèrent expliquer à leurs enfants – malgré la pression sociale de la famille ou d’amis – que le père Noël n’existe pas.

« Le père Noël, c’est pour de faux », assume Cécile. Motivée par l’ambition de ne pas élever son enfant dans le mensonge, cette maman parisienne de 38 ans, soucieuse de préserver la confiance que son fils de 3 ans a placée en elle, a décidé d’aller contre la légende qui raconte qu’en une seule nuit, celle du 24 décembre, le père Noël distribue des cadeaux à tous les enfants sages. D’ailleurs, elle-même n’y a jamais cru. Un choix pas toujours compris par le reste de la famille en cette fin d’année synonyme de fête et de partage. Que cela soit pour des raisons morales, des croyances religieuses ou des considérations matérielles, des parents racontent à franceinfo pourquoi le père Noël n’existe pas.

« Si je mens à mon fils là-dessus, nous ne partons pas sur de bonnes bases », constate Adeline. Cette jeune maman de 30 ans souhaite que son fils de 2 ans « sache que ses parents ne sont pas là pour lui mentir, quel que soit le sujet et quelle que soit la raison ». Ne pas trahir la confiance de l’enfant en étant honnête avec lui pour qu’il le soit en retour avec ses parents est le leitmotiv de ces parents qui ont décidé de dire la vérité. « Et puis parce que mentir, c’est moche », lâche Laurent, 49 ans, papa de quatre enfants âgés de 9 à 19 ans.

Mais ce n’est pas toujours facile. « J’ai d’abord éludé la question », raconte Ariane, 36 ans, quand son fils, aujourd’hui âgé de 6 ans, a commencé à lui demander si le père Noël existait. « Je ne voulais pas saper ses rêves », se justifie cette mère contrariée par le fait de devoir mentir à son fils. Face à l’insistance de ce dernier, la jeune mère, élevée dans une famille « de cartésiens et de pragmatiques », a fini par lui dire qu’elle ne l’avait jamais vu et qu’elle « ne croit que ce qu’elle voit ».

Je refuse de jouer avec la naïveté de mon fils.Arianeà franceinfo

Mais alors, qui est le père Noël ? Loin de refuser le mythe du personnage en rouge, ces parents en parlent comme de n’importe quel autre personnage fictif présent dans les histoires d’enfants. « Pour la magie ou le fantastique, on peut ‘jouer et rêver’ au père Noël comme on peut le faire avec les fées ou les magiciens sans pour autant créer de confusion », explique Laurent. Mickaël et son épouse, en accord avec leur croyance religieuse, ont décidé d’expliquer à leurs quatre jeunes enfants de 2, 3, 5 et 9 ans, qu’à Noël, « nous fêtons la naissance de Jésus ».  

Si ce n’est pas le père Noël qui apporte les cadeaux, ces derniers n’ont pas, pour autant, disparu dans ces familles. Chez Rosamée, 35 ans, pour qui « la magie de Noël est synonyme de pollution, hyperconsumérisme, déchets à gogo et animaux gavés », les cadeaux sont fabriqués avec ses deux filles de 6 et 4 ans. Cela permet aussi de poser des limites aux envies des enfants qui pensent que « si je veux ça, le père Noël me le donnera », constate Mickaël, qui a révélé à sa progéniture que ce sont les parents qui offrent les cadeaux.

Pour certains parents, cette histoire de Noël réveille de mauvais souvenirs. « Je me suis sentie trahie », avoue Adeline. Laurent, lui, a été « très en colère » quand il a compris qu’on lui avait menti alors qu’il n’avait pas le droit de le faire. Quant à Rosamée et son mari, « cette notion de vérité [leur] a cruellement manqué à tous les deux dans [leur] enfance ». Alors, non, ils ne mentiront pas à leurs enfants parce qu’eux-mêmes n’ont pas apprécié ce moment de vérité.

Si pour la pédopsychiatre Dominique Tourrès-Gobert, « tout enfant a besoin de connaître la vérité sur ce qui le concerne : son identité, sa filiation ou le divorce à venir de ses parents », elle invite les parents à voir le « mensonge » du père Noël comme un « joli mensonge ».

Ce mensonge dans une atmosphère de fête n’est pas traumatique comme un secret de famille qui peut avoir de lourdes conséquences sur la construction d’un individu. Dominique Tourrès-Gobertà franceinfo

De même, Claude Halmos, psychiatre spécialiste de l’enfance, rassure les parents inquiets à l’idée du jour où leur progéniture découvrira que c’étaient eux les pères Noël : « A l’annonce de la vérité, un enfant ne se sentira jamais trompé, berné, manipulé dans une famille où ses parents lui ont prouvé qu’ils avaient du respect pour lui, et qu’il pouvait, de ce fait, avoir confiance en eux. »

Pour ces deux expertes de l’enfance, le père Noël est un mythe nécessaire. Selon Dominique Tourrès-Gobert, « c’est un rite de passage que tout enfant doit effectuer ». Ajoutant qu’« il est intéressant car on y apprend que tous nos désirs ne peuvent devenir une réalité ». En supprimant ce mythe qui fait passer du « merveilleux à la désillusion, on enlève à l’enfant la possibilité d’apprendre à gérer ses propres croyances », conclut la pédopsychiatre.

Pour Claude Halmos, loin d’être un mensonge, le père Noël symbolise les sentiments. Tant qu’un enfant ne peut pas comprendre « l’idée de sentiment, il faut que quelque chose l’incarne. Le père Noël sert à cela. »

C’est une invention poétique qui permet d’incarner l’amour que les parents ont pour leur enfant, l’envie qu’ils ont de lui faire plaisir, de le rendre heureux.Claude Halmosà franceinfo

« Et quand l’enfant, parce qu’il comprend ce qu’est l’amour, n’a plus besoin du bonhomme à la barbe blanche, il le laisse tomber. Et dit, souvent en riant : ‘C’est toi le père Noël’ à ses parents ! », résume la psychiatre.

Claude Halmos et Dominique Tourrès-Gobert rappellent ainsi qu’au moment d’entrer dans l’âge de raison, entre 6 et 10 ans, les enfants découvrent, très souvent, par eux-mêmes que le père Noël n’existe pas. Certains éprouvent même le plaisir de faire partie des grands, fiers et « initiés ». « Et si l’enfant tarde, il faut l’amener à s’interroger sur son existence », conseille la seconde.

Aujourd’hui, ces parents à contre-courant de la culture populaire ne sont pas légion. Dans les années 1980, Micheline, 70 ans, a tenté de résister à la croyance du père Noël pour sa fille et son fils. « Mais la pression sociale était trop forte et l’école plus convaincante que nous ! », témoigne-t-elle.

En cette veille de Noël, la légende du « bonhomme à la barbe blanche » est tenaceLaure, 33 ans, maman d’un garçon de 2 ans, pressent qu’elle va devoir « de plus en plus » se justifier. « Ma mère me conseille à la fois de répondre aux questions de mon fils mais aussi de lui dire que c’est le père Noël qui amène les cadeaux », constate cette jeune mère, qui s’estime « prisonnière d’une société qui impose un conformisme ».

Même si ce n’est plus un sujet pour son entourage, Ariane se souvient très bien s’être fait « engueuler » par ses amis.

Mes amis me considéraient comme ‘une mauvaise mère’ qui brisait les rêves de ses enfants.Arianeà franceinfo

Elle avoue d’ailleurs céder à la pression de sa belle-famille quand, le 24 au soir, il faut envoyer les enfants à la cave sous n’importe quel prétexte : « Le temps de mettre la tonne de cadeaux sous le sapin et de nous retrouver sur le balcon en train de crier ‘Au revoir père Noël’. »

Résignés mais convaincus d’être dans le juste, ces parents expliquent à leurs enfants qu’ils ne doivent pas dévoiler la fable à leurs cousins et cousines le soir de Noël. « Jouer le jeu du père Noël permet à ma grande de ne pas être en décalage avec les autres », explique Rosamée. Et puis, conclut Adeline : « Nos enfants sont tout autant excités par l’approche de Noël que les autres ! »



francetvinfo

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