contre la pollution, ces entreprises vendent de l’air pur



Publié le 23 décembre 2019

C’est un véritable marché : l’air. Des bars à oxygène en plein pic de pollution à New Delhi, des bouteilles remplies de l’air pur des hautes montagnes… Certaines entreprises n’hésitent pas à jouer sur les peurs de la population face à la détérioration de l’atmosphère urbaine, sans aucune garantie sanitaire. Au-delà de cette façade, des grands groupes investissent en profondeur ce marché.

C’est un concept qui a fait les choux gras de la presse internationale. À New Delhi, en plein pic de pollution, un bar à oxygène a créé le buzz. Pour 500 roupies, soit plus de 6 euros, les utilisateurs peuvent s’offrir 15 minutes d’un cocktail d’oxygène au parfum de leur choix (menthe, lavande, citronnelle…). Le concept n’est pas nouveau. Comme le rappelle Check News, même en France, un bar à oxygène a ouvert, c’était en 2008. Face à la détérioration de l’air, certains ont senti le filon de ce business qui joue sur les peurs.

Outre les bars, des entreprises se sont lancées dans la commercialisation de bouteilles remplies d’air. C’est le cas de Swiss AirDeluxe, qui distribue, essentiellement en Asie, des bouteilles d’air des montagnes alpines. L’entreprise s’est même vu remettre cette année le Prix du transport le plus absurde par l’Initiative des Alpes. « Vendre de l’air des Alpes comme un bien de consommation est déjà en soi une idée choquante », a déclaré à France 3 Jon Pult, président de l’association. « Mais transporter ces bouteilles en aluminium ne contenant finalement que du vent provoque des émissions de CO2 totalement inutiles », ajoute-t-ilCar aujourd’hui rien ne prouve les bienfaits sur la santé de ces condensés d’oxygène.

Suez investi 10 millions d’euros 

Moins médiatiques que ces activités opportunistes, un vrai marché issu de grands groupes apparaît . Le 12 septembre dernier, à l’occasion de la Journée internationale de la qualité de l’air, Suez a annoncé la création d’un Pôle Air constitué d’une dizaine d’ingénieurs. Le groupe se concentre sur l’amélioration de la qualité de l’air extérieur. Trois axes de recherche ont été déployés.

La mesure de la qualité de l’air d’abord, via des microcapteurs qui permettent notamment de prédire les sources et les pics de pollution. Le traitement de l’air ensuite, avec la solution « IP’Air » déjà testée dans le métro parisien. « Cette technologie permet de capter les particules fines de l’air ambiant par un système d’ionisation positive », explique le groupe.

Surtout, Suez développe une innovation qui permet de transformer la pollution de l’air en énergie verte « grâce au pouvoir des microalgues combiné au principe de la photosynthèse ». « D’ores et déjà plus de 10 millions d’euros ont été investis dans ce domaine. Les résultats de nos premières recherches nous confortent dans cette voie et nous incitent à accentuer nos efforts », a expliqué Jean-Marc Boursier, directeur général adjoint en charge des opérations de Suez.

La pollution de l’air, deuxième cause de décès dans le monde

L’autre géant de services à l’environnement, Veolia, s’est davantage focalisé sur la pollution de l’air intérieur, a présenté en septembre une offre dédiée. Le groupe a transposé les technologies destinées aux blocs opératoires des hôpitaux aux salles de classe dans les écoles, en majorité dépourvues de dispositif de ventilation et de traitement de l’air.

« De la même manière que Veolia a fait de l’accès à l’eau potable un levier essentiel de santé publique et de qualité de vie, le groupe a décidé d’engager son expertise et ses solutions pour une meilleure qualité de l’air intérieur », a déclaré le PDG de Veolia, Antoine Frérot. Le traitement de l’air est en effet un enjeu sanitaire majeur. La pollution de l’air est la deuxième cause de décès dans le monde avec 8,8 millions de morts dont 800 000 en Europe. 

Marina Fabre, @fabre_marina





novethic

A lire aussi

Laisser un commentaire