Bolsonaro, un an de contre-révolution culturelle au Brésil



En croisade contre les idées progressistes, le président Jair Bolsonaro a mené sa première année de mandat au pas de charge, collectionnant les polémiques et les règlements de compte pour imposer sa vision conservatrice et néo-libérale.

« J’ai toujours rêvé de libérer le Brésil des idéologies néfastes de gauche (…) Il faut défaire toute une série de choses avant de commencer à en faire d’autres », a expliqué le chef de l’Etat en mars, en marge d’une visite officielle à Washington.

Même s’il a obtenu quelques succès comme l’approbation de la réforme des retraites, sa première année à la tête du Brésil a été marquée par des dérapages plus ou moins contrôlés et le limogeage de plusieurs ministres ou fonctionnaires de haut rang en raison de divergences idéologiques.

S’attaquant sans relâche au « marxisme culturel », il est taxé de censure par ses détracteurs, notamment pour s’être opposé aux subventions à des productions avec des thématiques LGBT.

Fin août, quand les feux de forêt en Amazonie suscitaient une vive émotion dans le monde, ce climato-sceptique n’a cessé de défendre la « souveraineté » du Brésil, rejetant toute ingérence étrangère dans ce domaine.

En août, excédé par les critiques des journalistes, Jair Bolsonaro, 64 ans, qui a remporté l’élection avec 55% des suffrages, s’est exclamé: « la presse doit comprendre que j’ai gagné, putain! »

Les courants les plus pragmatiques de son entourage (militaires, milieux d’affaires et le lobby de l’agro-négoce) s’efforcent tant bien que mal de tempérer ses ardeurs, craignant qu’une détérioration de l’image du pays ne porte préjudice aux intérêts économiques.

Mais des courants plus radicaux gravitent autour du gouvernement, notamment les églises néo-pentecôtistes ou le gourou idéologique Olavo de Carvalho, sans compter les fils du président, qui mettent régulièrement le feu aux poudres sur les réseaux sociaux.

« C’est un gouvernement libéral en économie et antilibéral en politique », explique Marcos Nobre, professeur de philosophie de l’Université de Campinas.

– Stratégie du chaos –

Nostalgique décomplexé des années de plomb du régime militaire (1964-1985), Jair Bolsonaro s’était engagé en début de mandat à ne pas briguer la réélection, mais a tôt fait de changer d’avis.

« Si le peuple le veut, nous resterons quatre ans de plus », a-t-il lâché en juin.

Sa cote de popularité a chuté pendant les premiers mois de son mandat, mais s’est par la suite stabilisée: un tiers des électeurs juge son bilan positivement, un autre tiers le trouve « passable » et le troisième « mauvais ».

Il est donné gagnant dans pratiquement tous les scénarios pour le scrutin de 2022. Seul son ministre de la Justice Sergio Moro, figure emblématique de la lutte anticorruption, serait en mesure de la battre, d’après un sondage de début décembre.

Sur le plan de l’économie, le ministre Paulo Guedes a réussi un tour de force en faisant approuver par le Congrès l’épineuse réforme des retraites.

La croissance reste cependant faiblarde et le pays compte toujours plus de 12 millions de chômeurs.

– Contre-pouvoirs –

Pour Marcos Nobre, Bolsonaro utilise « le chaos comme méthode ». « Il voudrait instaurer un régime autoritaire, mais n’en a pas les moyens », ajoute-t-il, mettant en garde sur le risque dans ce sens qui supposerait sa réélection.

Un de ses fils, le député Eduardo Bolsonaro, a suscité un tollé en affirmant en octobre que « si la gauche devait se radicaliser, il faudrait « apporter une réponse » similaire au décret avec lequel la dictature a mis fin aux activités du Congrès et suspendu les libertés individuelles en 1968.

Malgré une gauche divisée et affaiblie, les contre-pouvoirs continuent de fonctionner au Brésil, certains décrets et projets de loi ayant été bloqués ou édulcorés par la Cour suprême ou le Parlement.

Sous la pression des milieux d’affaires, le gouvernement a dû d’autre part adopter un ton pragmatique vis-à-vis de la Chine, qu’il accusait auparavant de vouloir « acheter le Brésil ».

Et par crainte de représailles commerciales des pays arabes, il a reporté son projet de transférer l’ambassade du Brésil en Israël à Jerusalem.

Malgré les efforts de rapprochement avec l’administration Trump, le Brésil n’a pas été épargné par Washington, qui a annoncé en novembre des taxes sur les importations d’acier et d’aluminium brésilien.

« Il se heurte au réel. En définitive, ce qui reste dans le discours extrémiste de Bolsonaro, se trouve essentiellement dans son attaque contre les intellectuels, contre l’idéologie, contre un ennemi qui n’a pas vraiment de force économique à lui opposer », affirme Jean-Jacques Kourliandsky, de Observatoire de l’Amérique latine de la Fondation Jean Jaurès.



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