Au Liban, les sunnites en colère contre la désignation d’un nouveau Premier ministre


Des manifestants bloquent vendredi plusieurs axes routiers au Liban pour dénoncer la désignation d’un Premier ministre soutenu par le mouvement chiite Hezbollah, ayant suscité l’ire de la communauté sunnite.

Agé de 60 ans, Hassan Diab, un universitaire et ancien ministre de l’Education peu connu du grand public, a été désigné jeudi au terme d’un vote lors de consultations parlementaires menées par le chef de l’Etat, Michel Aoun, conformément à la Constitution.

Sa nomination a été soutenue par le Hezbollah et ses alliés, dont le parti du président, mais n’a pas recueilli le soutien du principal bloc parlementaire sunnite du pays, présidé par le Premier ministre sortant Saad Hariri.

La désignation de M. Diab, qui se présente comme indépendant et « technocrate », intervient deux mois après le début le 17 octobre d’un mouvement de contestation inédit contre la classe dirigeante ayant entraîné 12 jours plus tard la démission de M. Hariri.

M. Diab, cité par la chaîne de télévision allemande Deutsche Welle, a promis de « former un gouvernement de technocrates indépendants (…) qui ne ressemblent pas aux anciens gouvernements », comme l’exigent les contestataires.

Mais sa nomination n’a pas calmé la rue: bien que sunnite lui-même, M. Diab n’a pas le soutien de sa communauté, qui lui reproche d’être appuyé par le Hezbollah chiite.

M. Diab a été ministre de l’Education dans un cabinet dominé par le Hezbollah et ses alliés en 2011, après l’effondrement d’une coalition déjà dirigée à l’époque par Saad Hariri.

A Tripoli, une ville du nord majoritairement sunnite, les écoles sont fermées vendredi tandis que des manifestants bloquent les routes en appelant à la grève générale, selon un correspondant de l’AFP.

Le Premier ministre libanais désigné, Hassan Diabn au palais présidentiel à Beyrouth, le 19 décembre 2019 (AFP – -)

Les manifestants ont aussi coupé d’autres axes routiers dans plusieurs régions du nord, dont celle d’Akkar, et de l’est, en mettant le feu à des pneus et en alignant des bennes d’ordures, d’après l’agence nationale de l’information (ANI).

A l’image de la défiance des manifestants sunnites, seuls six députés, sur les 69 voix qui se sont exprimées en faveur de M. Diab, sont sunnites, ont indiqué des médias locaux.

Dans ce pays multiconfessionnel et divisé, le poste de Premier ministre doit revenir à un sunnite.

« C’est ridicule » d’affirmer que le prochain gouvernement sera dominé par le Hezbollah, a assuré M. Diab, assurant que son cabinet « portera le visage du Liban et ne sera pas le gouvernement d’une seule faction politique ».

– « La dignité des sunnites » –

M. Diab a affirmé vendredi s’attendre au « soutien total des Européens et des Etats-Unis », toujours cité par la Deutsche Welle, alors que le sous-secrétaire d’État américain aux Affaires politiques, David Hale, s’est entretenu vendredi avec M. Aoun à Beyrouth.

Des manifestants libanais antipouvoir se sont rassemblés devant le Parlement dans la capitale Beyrouth, pour dénoncer la désignation du nouveau Premier ministre, Hassan Diab, le 19 décembre 2019 (AFP - PATRICK BAZ)

Des manifestants libanais antipouvoir se sont rassemblés devant le Parlement dans la capitale Beyrouth, pour dénoncer la désignation du nouveau Premier ministre, Hassan Diab, le 19 décembre 2019 (AFP – PATRICK BAZ)

Mais sur le plan national, il semble manquer au nouveau Premier ministre le soutien franc de M. Hariri, considéré comme le dirigeant de la communauté sunnite du pays et pressenti jusqu’à récemment pour diriger le prochain gouvernement.

« Ce n’est pas moi qui formerai le prochain gouvernement, mais je suis inquiet parce que j’ai peur pour le pays », a déclaré à une chaîne de télévision locale l’ex-Premier ministre qui doit rencontrer M. Diab vendredi.

Depuis le début du mouvement de contestation, le Liban vit au bord du gouffre économique, en proie à l’une de ses pires crises depuis la fin de la guerre civile (1975-1990).

Certains observateurs craignent que l’appui du Hezbollah pro-iranien ne compromette les aides cruciales, notamment celles des pays occidentaux ou des Etats-Unis, dont les rapports avec Téhéran sont tendus.

Le sous-secrétaire d'Etat américain aux Affaires politiques, David Hale, (G), rencontre le président libanais Michel Aoun à Beyrouth, le 20 décembre 2019. (AFP - Anwar AMRO)

Le sous-secrétaire d’Etat américain aux Affaires politiques, David Hale, (G), rencontre le président libanais Michel Aoun à Beyrouth, le 20 décembre 2019. (AFP – Anwar AMRO)

A Corniche al-Mazraa, un quartier majoritairement sunnite et pro-Hariri à Beyrouth, des manifestants en colère ont scandé des slogans contre M. Diab puis déversé le sable et les pierres contenues dans un grand camion pour bloquer les routes.

« Ca suffit de mépriser la dignité des sunnites », a hurlé un manifestant au micro d’une chaîne de télévision locale, sur fonds de tensions et insultes avec l’armée dépêchée sur les lieux.



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