Destitution de Trump: la bataille du procès est engagée


Donald Trump, décidé à reprendre la main après sa mise en accusation historique, a pressé jeudi le Sénat américain dominé par son camp républicain de se saisir de l’organisation de son procès en destitution afin de lui assurer un acquittement rapide.

« HARCÈLEMENT PRÉSIDENTIEL », a tweeté, en lettres capitales, le milliardaire républicain, devenu la veille le troisième président des Etats-Unis formellement mis en accusation par la Chambre des représentants.

Cette dernière a voté mercredi en faveur de son « impeachment » pour « abus de pouvoir » et « entrave au travail du Congrès » dans l’affaire ukrainienne.

Mais les débats et le résultat ont reflété la division extrême de la classe politique et, par-delà, du pays face à ce président qui, depuis trois ans, casse tous les codes et alimente toutes les controverses: la quasi-totalité des démocrates, majoritaires à la chambre basse du parlement américain, ont approuvé son renvoi en procès, quand tous les républicains s’y sont opposés.

« 100% de voix républicaines. C’est de ça que les gens parlent. Les républicains sont unis comme jamais! », s’est enthousiasmé Donald Trump, qui a su rallier à lui un parti qui lui était initialement plutôt hostile lors de son entrée fracassante en politique.

Cette unité, l’ex-magnat de l’immobilier veut en faire une force au moment d’affronter un procès potentiellement humiliant et, surtout, de mener campagne pour sa réélection lors de la présidentielle de novembre 2020.

Car les républicains contrôlent le Sénat qui est désormais chargé, selon la Constitution, de le juger.

Dans ce processus bien plus politique que judiciaire qu’est l' »impeachement », un nouveau bras de fer s’engage donc: les démocrates, accusés par les républicains d’avoir mené une enquête à charge à la Chambre, les soupçonnent maintenant en retour de vouloir expédier un procès uniquement à décharge.

– « Rétablir la justice » –

Le chef de la majorité républicaine au Sénat, Mitch McConnell arrive au Capitole le 19 décembre 2019 (AFP – SAUL LOEB)

Le chef de file du camp présidentiel au Sénat, Mitch McConnell, n’a pas fait mystère de son intention d’acquitter rapidement le président.

« Si le Sénat devait suivre le niveau d’exigence historiquement bas » fixé par la Chambre pour renvoyer Donald Trump en procès, « ce serait une invitation à mettre en accusation chaque futur président », « quel que soit son parti », a-t-il prévenu jeudi.

« Le Sénat doit maintenant rétablir la justice », a-t-il martelé.

Il n’a pas non plus caché sa volonté de se coordonner avec la Maison Blanche pour fixer les règles du futur procès.

En jeu: la durée et, surtout, le nombre et l’identité des témoins qui seront appelés à s’exprimer sous serment lors d’audiences qui pourraient avoir lieu en janvier.

La "speaker" de la Chambre des représentants Nancy Pelosi préside la séance de mise en accusation de Donald Trump le 18 décembre 2019  (AFP - SAUL LOEB)

La « speaker » de la Chambre des représentants Nancy Pelosi préside la séance de mise en accusation de Donald Trump le 18 décembre 2019 (AFP – SAUL LOEB)

Dès mercredi soir, la présidente démocrate de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, a laissé entendre qu’elle pourrait ne pas transmettre immédiatement au Sénat les deux articles de loi mettant en accusation Donald Trump.

« C’était notre intention », a-t-elle déclaré à la presse. « Mais nous verrons ce qui se passe », a-t-elle aussitôt ajouté.

Son geste est interprété comme une volonté de faire pression sur les républicains pour qu’ils acceptent, notamment, de convoquer certains témoins-clés — les noms du secrétaire d’Etat Mike Pompeo, du secrétaire général de la présidence Mick Mulvaney ou de l’ex-conseiller à la sécurité nationale John Bolton sont les plus souvent cités.

– « Parti de fainéants » –

Le meeting du président américain Donald Trump montré sur un écran du QG de Fox News à New York avec la mention "impeachment" le 18 décembre 2019  (AFP - TIMOTHY A. CLARY)

Le meeting du président américain Donald Trump montré sur un écran du QG de Fox News à New York avec la mention « impeachment » le 18 décembre 2019 (AFP – TIMOTHY A. CLARY)

« Voilà que ce parti de fainéants a décidé de ne rien faire des articles & de ne pas les transmettre au Sénat », a protesté le président Trump jeudi matin. « Mais la balle est dans le camp du Sénat! », a-t-il lancé, rappelant qu’il revient à la chambre haute de fixer les règles.

Selon lui, « si les démocrates-qui-ne-font-rien décident, dans leur grande sagesse, de laisser la chaise vide, ils perdront par forfait! »

Dénonçant une « idée folle », le sénateur républicain Lindsey Graham a aussi accusé les démocrates de « violer la Constitution » par un « acte de lâcheté politique fondamentalement injuste pour le président Trump ».

Cette bataille de procédure a presque relégué au second rang, ces derniers jours, le fond de l’affaire.

A savoir ce chantage qui est reproché à Donald Trump, accusé d’avoir fait pression sur l’Ukraine en gelant une aide militaire cruciale pour obtenir qu’elle annonce des enquêtes anticorruption cotre l’ancien vice-président Joe Biden — qui se trouve être le favori pour l’affronter dans la course à la Maison Blanche.

Des accusations qu’il rejette en bloc mais qui lui valent désormais un procès, le même opprobre que seuls Andrew Johnson en 1868 et Bill Clinton en 1999 avaient subi jusqu’ici. Le républicain Richard Nixon, empêtré dans le scandale du Watergate, avait démissionné en 1974 pour devancer sa mise en accusation et une destitution certaine.



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