Israël: Gideon Saar lance sa campagne pour ravir le Likoud à Netanyahu


« Les gens veulent du changement! »: après ses échecs à former un gouvernement et son inculpation pour corruption, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu affronte une fronde comme chef du Likoud, dirigée par le député Gideon Saar, qui a lancé sa campagne pour ravir la fonction.

Lunettes à la monture quasi-transparentes, tempes grisonnantes, ce vétéran de la scène politique israélienne a amorcé lundi soir à Or Yehuda, près de la métropole Tel-Aviv, son sprint à titre de seul « challenger » de Benjamin Netanyahu lors des primaires du Likoud prévues le 26 décembre.

Gideon Saar, 53 ans, avait appelé cet automne à la tenue de primaires afin de désigner le futur chef du Likoud, parti dirigé par Benjamin Netanyahu depuis 1993, hormis une parenthèse de six ans sous Ariel Sharon. Mais son appel n’avait alors pas eu l’écho souhaité.

Ces dernières semaines, dans la foulée de l’inculpation de M. Netanyahu pour corruption, abus de confiance et malversation dans trois affaires différentes, le parti a finalement accepté la tenue de primaires, dans un délai rapide.

C’est qu’Israël tiendra le 2 mars ses troisièmes élections en moins d’un an dans l’espoir de mettre fin à la pire crise politique de son histoire, les leaders n’arrivant pas à s’entendre sur la formation d’un gouvernement de coalition.

– Netanyahu « a échoué » –

M. Netanyahu « a échoué à deux reprises, mais ce n’est pas à cause des idées du Likoud », a clamé lundi soir M. Saar, en appelant à la « renaissance » de la grande formation de la droite israélienne.

« Les gens veulent du changement à la tête du Likoud », a ajouté M. Saar, sous les flashs et vivats de ses partisans scandant en hébreu « Raq Saar Yakhol » –« Seul Saar le peut », à savoir assurer la présence du Likoud au pouvoir après les élections de mars.

Le député israélien Gideon Saar durant le lancement de campagne pour la primaire du Likoud (droite), le 16 décembre 2019 à Or Yehuda, près de Tel Aviv (AFP – JACK GUEZ)

Si l’aspirant chef a salué l’héritage de M. Netanyahu, le plus pérenne des Premiers ministres de l’histoire israélienne, il l’a toutefois appelé à aller plus loin dans les réformes judiciaires, et à étendre la « souveraineté » d’Israël dans les territoires palestiniens occupés.

Surtout, Gideon Saar a évité de faire entrer l’éléphant dans la pièce: l’inculpation pour corruption de Benjamin Netanyahu.

« Au sein du Likoud, c’est contreproductif de parler de ça, parce qu’une grande partie des électeurs du Likoud pensent que ce sont des dossiers qui ont été montés de toute pièce », souligne Emmanuel Navon, professeur de sciences politiques à l’université de Tel-Aviv et proche du camp Saar.

– « A droite de Netanyahu » –

« Il (Saar) est à droite de Netanyahu à 100% », précise à l’AFP M. Navon.

« Sur le dossier judiciaire, il dit par exemple +Netanyahu se plaint d’un coup d’Etat de la justice mais pendant 13 ans à la tête du gouvernement, il n’a pas fait une réforme judiciaire (…). Et, en terme de souveraineté sur certains territoires (palestiniens), je crois que lui (Gideon Saar) en fera plus », poursuit-il.

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu lors de la réunion hebdomadaire du gouvernement, le 15 décembre 2019 à Jérusalem (POOL/AFP - GALI TIBBON)

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu lors de la réunion hebdomadaire du gouvernement, le 15 décembre 2019 à Jérusalem (POOL/AFP – GALI TIBBON)

S’il est plus marqué à droite que M. Netanyahu, Saar joue toutefois la carte du rassembleur au-delà même de son propre camp, en misant sur ses relations avec des chefs d’autres partis et, sans le dire, sur le fait qu’il n’est pas inculpé par la justice, le parti Bleu-Blanc de Benny Gantz refusant de partager le pouvoir avec Netanyahu en raison de ces affaires.

« Gideon Saar peut bâtir la prochaine coalition (…). Il peut élargir nos appuis, non seulement avec Bleu-Blanc mais avec d’autres partis de droite », résume auprès de l’AFP Sharren Haskel, une des rares députées du Likoud qui soutient ouvertement le poucet Gideon Saar face au géant Netanyahu, en se disant prête à en « payer le prix politique ».

Car les chances de M. Saar, qui compte pour l’heure sur le soutien de moins de cinq députés et aucun ministre, de remporter ces primaires sont bien minces.

Mais « si Netanyahu remporte la primaire du Likoud, nous allons retourner dans l’opposition », pronostique Yehuda Glick, ancien député du Likoud. Alors, la fronde anti-Netanyahu risquerait de prendre encore plus l’ampleur.



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