Inde: en Assam, une écharpe traditionnelle en étendard des manifestations


Habituellement portée par les pêcheurs et paysans pour éponger la sueur, l’écharpe traditionnelle d’Assam est brandie en étendard par les manifestants de cette région du Nord-Est de l’Inde opposés à une loi sur la citoyenneté qu’ils perçoivent comme une menace à leur identité.

Pièce de coton blanc tissée de motifs floraux rouges, la gamosa est omniprésente dans les rassemblements de ces derniers jours en Assam, portée en bandeau, autour du cou ou nouée à la hanche.

« C’est comme un drapeau pour nous », explique Jatin Borah, l’un des milliers de participants à ces rassemblements qui ont provoqué de violents affrontements avec la police et ont fait six morts. « C’est notre fierté, elle nous unit. »

Ce foulard « représente l’Assam, sa culture et les aspirations politiques et sociales collective de son peuple », estime l’étudiant de 22 ans.

Un manifestant contre une nouvelle loi sur la citoyenneté en Inde porte une « gamosa », l’écharpe traditionnelle de l’Assam, le 14 décembre 2019 (AFP – SAJJAD HUSSAIN)

Les protestataires dénoncent le passage la semaine dernière, par le pouvoir nationaliste hindou, d’une loi facilitant l’attribution de la citoyenneté indienne aux réfugiés d’Afghanistan, du Bangladesh et du Pakistan – à condition qu’ils ne soient pas musulmans. Ils craignent que cette législation n’entraîne un afflux dans leur région de réfugiés hindous du Bangladesh frontalier.

Enclavé entre le Bangladesh, la Chine et la Birmanie, le Nord-Est de l’Inde est une mosaïque de peuples et ethnies en proie de longue date à des tensions intercommunautaires. Certains groupes tribaux y mènent encore des insurrections séparatistes contre New Delhi.

Plus grand Etat de la zone, l’Assam est en particulier le théâtre d’une vieille hostilité entre les autochtones et les migrants bengalis, amenés par le colon britannique pour travailler dans les plantations de thé ou arrivés en masse au moment de la guerre d’indépendance du Bangladesh en 1971.

La campagne d’agitation menée par des organisations étudiantes assamaises a été marquée par le massacre de Nellie en 1983 durant lequel 2.000 immigrés, musulmans pour la plupart, ont été tués en à peine six heures. Elle ne s’est apaisée qu’en 1985 avec l’Accord d’Assam, qui définit des règles strictes de régularisation des immigrés.

– Renouer avec ses racines –

En passant la semaine dernière le « Citizenship Amendment Bill », le Premier ministre Narendra Modi a rouvert de vieilles blessures en Assam. Ce texte pourrait permettre la naturalisation de jusqu’à 20 millions d’immigrants vivant en Inde, dont 500.000 en Assam.

La nouvelle législation a provoqué un vif mouvement de contestation en Assam, donnant lieu à des heurts avec la police et à des scènes de dévastation dans les rues de la grande ville de Guwahati. Pour ses opposants locaux, la loi est en contradiction avec l’Accord d’Assam.

Des manifestants indiens portant la "gamosa", écharpe traditionnelle de l'Assam, durant un rassemblement anti-gouvernemental contre une loi sur la citoyenneté, à Guwahati le 13 décembre 2019 (AFP - Sajjad  HUSSAIN)

Des manifestants indiens portant la « gamosa », écharpe traditionnelle de l’Assam, durant un rassemblement anti-gouvernemental contre une loi sur la citoyenneté, à Guwahati le 13 décembre 2019 (AFP – Sajjad HUSSAIN)

« La loi représente une menace directe à notre culture, notre mode de vie et notre terre natale », déclare Samujjal Battacharya, figure de la toujours puissante organisation All Assam Students Union.

« Nous n’accepterons pas un seul immigré. L’Assam a reçu suffisamment d’immigrés par le passé », dit-il alors que des manifestants scandent « Longue vie à l’Assam » et « Vive la mère Assam ».

Deux jeunes femmes passent avec des gamosas portant l’inscription « M. Modi, l’Assam n’est pas votre poubelle » en anglais et assamais, la langue locale.

La gamosa, utilisée par plus de vingt tribus à travers les plaines et collines de la région, « fait partie de la vie en Assam depuis des siècles », indique Bishnu Saikia, un chercheur en sciences sociales.

Au fil des ans, cette écharpe rurale est entrée dans la culture populaire locale et est progressivement devenue un symbole de l’identité assamaise. Elle est souvent donnée en cadeau aux visiteurs.

Des manifestants brandissent une gamosa, l'écharpe traditionnelle de l'Assam, avec un slogan pour dénoncer une nouvelle loi sur la citoyenneté, à Guwahati le 14 décembre 2019 (AFP - SAJJAD  HUSSAIN)

Des manifestants brandissent une gamosa, l’écharpe traditionnelle de l’Assam, avec un slogan pour dénoncer une nouvelle loi sur la citoyenneté, à Guwahati le 14 décembre 2019 (AFP – SAJJAD HUSSAIN)

« La génération Y et celles d’après l’ont adoptée comme un symbole culturel et l’arborent fièrement », explique le chercheur. « Elle leur donne le sentiment de renouer avec leurs racines. »

Pour Utpal Borah, un manifestant contre la loi sur les réfugiés, « nos ancêtres ont préservé la tradition pendant des siècles et si les étrangers sont autorisés à s’installer ici, cela pourrait mourir aussi. »



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