Destitution de Trump: les élus du Congrès en ordre de bataille avant un vote historique


Républicains et démocrates serraient les rangs mardi à l’approche d’un vote historique au Congrès sur la mise en accusation de Donald Trump, en passe de devenir le troisième président américain renvoyé en procès pour destitution.

Moins de trois mois après l’explosion du scandale ukrainien, la Chambre des représentants, contrôlée par l’opposition démocrate, est prête à passer au vote sur les chefs d' »abus de pouvoir » et d' »entrave au travail du Congrès » retenus contre le milliardaire républicain.

Les derniers réglages techniques doivent être finalisés lors d’une réunion en commission mardi matin et le vote pourrait avoir lieu dès mercredi.

A l’approche de cette échéance, les mouvements de troupes laissent penser que le vote suivra strictement les lignes partisanes, reflétant les fractures de l’opinion. Selon un sondage CNN SSR, 45% des Américains souhaitent la destitution de Donald Trump – 77% chez les électeurs démocrates – et 47% s’y opposent.

Une poignée de parlementaires démocrates modérés, élus dans des circonscriptions favorables à Donald Trump, ont fait savoir qu’ils soutiendraient le renvoi en procès du président même s’ils risquent d’y perdre des électeurs.

Le président américain Donald Trump et son vice-président Mike Pence en arrière-fond, le 16 décembre 2019 à Washington (AFP – Brendan Smialowski)

« Mes années au service de l’armée m’ont appris à mettre notre pays en premier – et non la politique », a justifié Mikie Sherrill, nouvelle élue du New Jersey. « Je sais que ma décision mettra certaines personnes en colère mais j’ai été élu pour faire ce qui est juste, pas ce qui est politiquement sûr », a renchéri Anthony Brindisi, un confrère de l’Etat de New York.

Seuls deux des 231 élus démocrates pourraient faire défection et aucun des 197 représentants républicains n’a annoncé à ce jour son soutien à la mise en accusation du président.

Donald Trump est donc quasiment certain d’être renvoyé en procès, ce qui n’est arrivé qu’à deux de ses prédécesseurs: Andrew Johnson en 1868 et Bill Clinton en 1998. Le républicain Richard Nixon, empêtré dans le scandale du Watergate, avait lui préféré démissionner en 1974 avant de subir cet opprobre.

– « Intelligents » –

Le leader de la majorité républicaine au Sénat Mitch McConnell le 10 décembre 2019 à Washington (AFP - SAUL LOEB)

Le leader de la majorité républicaine au Sénat Mitch McConnell le 10 décembre 2019 à Washington (AFP – SAUL LOEB)

Le milliardaire new-yorkais sera ensuite jugé au Sénat, sans doute dès janvier. Son acquittement fait peu de doute: il faudrait au moins 67 voix pour le destituer et les républicains disposent de 53 sièges sur 100.

Leur leader Mitch McConnell ne fait pas mystère de ses intentions. « Les démocrates de la Chambre ont bâclé leur enquête et sont loin d’avoir atteint la barre nécessaire pour renvoyer en procès un président légitimement élu, et encore moins pour le destituer », a-t-il déclaré mardi depuis l’hémicycle.

D’un revers, il a balayé la demande démocrate de convoquer de nouveaux témoins. « Ce n’est pas le travail du Sénat de s’engouffrer dans la brèche et de chercher désespéramment les moyens de le déclarer coupable », a jugé M. McConnell.

Une fois le procès terminé, chacun se replongera dans la campagne pour la présidentielle de novembre 2020, relégué au second plan ce dernier trimestre.

Et Donald Trump en est convaincu: cet épisode va se retourner à son avantage.

Dans un tweet, il a relevé qu’un récent sondage d’USA Today le donnait gagnant contre tous les candidats à la primaire démocrate. « C’est dur à croire (…) après trois ans de chasse aux sorcières », a-t-il noté. Mais « les Américains sont intelligents, ils voient notre merveilleuse économie et tout le reste ! »

– Entrave –

Consciente du risque électoral, la cheffe des démocrates au Congrès Nancy Pelosi a longtemps freiné les appels à ouvrir une procédure de destitution contre Donald Trump. En septembre, elle a franchi le pas après avoir appris qu’il avait demandé à l’Ukraine d’enquêter sur Joe Biden, son rival potentiel dans les urnes.

La procédure de destitution américaine (AFP - Gal ROMA)

La procédure de destitution américaine (AFP – Gal ROMA)

Or, une aide militaire cruciale pour ce pays en conflit armé avec la Russie avait été gelée quelques jours plus tôt sans explication.

Forts de leur majorité à la Chambre, les démocrates ont convoqué plusieurs témoins qui, lors d’auditions spectaculaires, ont confirmé l’existence de pressions pour forcer Kiev à annoncer l’ouverture de l’enquête requise.

Mais Donald Trump martèle que son appel était « parfait ». Dénonçant une enquête « inconstitutionnelle », la Maison Blanche a refusé de coopérer à l’enquête et interdit à plusieurs de ses conseillers de témoigner.

Pour cette raison, les démocrates lui reprochent à la fois d’avoir abusé de son pouvoir à des fins personnelles et d’avoir entravé le travail du Congrès.



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