Grève : à Paris, la paralysie des transports bouleverse les sorties culturelles



Cinémas de quartiers plébiscités par les gens bloqués, petits théâtres du centre-ville désertés : depuis le début de la grève, le jeudi 5 décembre, les perturbations dans les transports chamboulent les pratiques culturelles des parisiens.

Face à la paralysie des transports dans la capitale, de nombreux établissements « de quartier », comme certains cinémas, enregistrent de très bon scores.

A l’inverse, la chute des réservations « du jour au lendemain » inquiète particulièrement les petits théâtres et salles de spectacles, à quelques jours de la période très attendue des fêtes de fin d’année.

Les fermetures partielles, les horaires aménagés et les difficultés d’accès découragent aussi les visiteurs de se rendre dans les musées parisiens dont la fréquentation est en berne depuis le 5 décembre.

– Saison décisive pour la culture –

Téléphone qui ne sonne plus, comédiens qui jouent devant des salles clairsemées, spectateurs découragés par la pagaille : plusieurs théâtres du centre-ville s’inquiètent face à l’arrêt brutal des réservations.

« Le mois de décembre est le plus important de l’année et c’est très inquiétant quand les spectacles ne marchent pas », explique Emmanuelle Tachoires, administratrice du théâtre Michel.

En comparaison avec la semaine précédente, l’Association pour le soutien du théâtre privé (ASTP) estime que la fréquentation payante a fait une chute « brutale » de 40%, tombant jusqu’à -70% pour des théâtres comme celui de la Rive-Gauche.

Contrairement aux productions primées et à guichet fermé comme la « Machine de Turing », « les spectacles qui ne marchent pas très bien et sont réservés en temps réel » sont les plus affectés, rapporte le directeur de l’ASTP Antoine Masure.

A l’inverse, les « cinémas « locaux » tirent partie de la grève », estime Éric Jolivalt, programmateur au Majestic Passy (XVIe) et à l’Escurial (XIIIe). Profitant de leur implantation, ils enregistrent de « très bons scores » depuis le 5 décembre.

Comme le précise Chiara Dacco de l’association des Cinémas Indépendants Parisiens, la situation reste « très variable » selon les quartiers. Le Balzac (VIIIe) ou le 3 Luxembourg (VIe) ont ainsi perdu près d’un tiers de leur clientèle en une semaine.

« La grève perturbe énormément la venue des classes, de collège et lycées, qui viennent d’arrondissements lointains ou de banlieue », ajoute Manon Koken, médiatrice au cinéma jeune public Studio des Ursulines (Ve).

– Pertes « considérables » –

Avec des VTC et des taxis « hors de prix », des transports qui s’arrêtent plus tôt le soir, certains spectateurs préfèrent annuler leur réservation, au risque parfois de ne pas être remboursés.

Jeudi 5 décembre, certains spectateurs ont ainsi appris au dernier moment l’annulation du ballet « Raymonda », en raison du « droit des salariés à se déclarer grévistes jusqu’à l’heure du spectacle ».

A la Comédie Française et à l’Opéra de Paris, seules institutions culturelles concernées par la réforme, le mouvement de grève suivi par certains employés a contraint à l’annulation de plusieurs spectacles.

Quinze représentations n’ont pas pu avoir lieu à l’Opéra qui annonce une perte de recettes de billetterie de 2.5 millions d’euros en une semaine.

D’autres établissements, comme le Palais de Tokyo, ont été obligés de réduire leurs horaires d’ouverture pour permettre aux employés de rejoindre leur domicile « dans des délais raisonnables ».

Fermant ses portes à 19H00, le musée du XVIe arrondissement a vu sa fréquentation divisée par quatre pour l’exposition « Futur, ancien, fugitif », « un manque à gagner notable en billetterie ».

« C’était pareil l’année dernière avec les « gilets jaunes », relativise l’établissement public des Musées de la ville de Paris. « On sait qu’on va perdre 50% [de fréquentation] sur le mois […] c’est gênant mais ce n’est pas une catastrophe.

La grève des transports promet aussi de limiter la venue des touristes dans la capitale, suscitant de vives craintes dans les institutions culturelles. « On se sent totalement impuissants », regrette Nathalie Szewczyk, administratrice du théâtre Rive-Gauche.



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