Entre le gouvernement et la CFDT, un point de rupture?



Le gouvernement a décidé de claquer la porte au nez de la CFDT et d’assumer la confrontation frontale avec les syndicats réformistes. En dévoilant mercredi 11 décembre les grands principes de sa réforme des retraites, Édouard Philippe, le Premier ministre, a provoqué l’ire de Laurent Berger, le leader du premier syndicat hexagonal : « Avec l’instauration d’un âge d’équilibre à 64 ans, une ligne rouge a été franchie, a-t-il commenté, furibard, à la sortie de la présentation du projet de loi au conseil économique, social et environnemental (Cese). Cette réforme a été lestée par un angle budgétaire accru… Et donc on va essayer de la délester dans les semaines à venir ! » Même ton pour Laurent Escure, secrétaire général de l’Unsa, qui lui aussi parle de « ligne rouge » assurant avoir eu « une mauvaise surprise ».

L’âge pivot, un chiffon rouge

L’objet de leur colère : la volonté de Matignon d’instaurer un âge pivot, une mesure budgétaire qui revient à faire travailler les Français plus longtemps pour accéder à une pension à taux plein. Une provocation inacceptable pour la CFDT qui campe depuis plusieurs mois sur un principe non négociable : ne pas mêler changement de système (l’instauration d’un régime universel) avec des mesures paramétriques (recul de l’âge de départ). Le leader syndical pensait avoir été entendu par Emmanuel Macron… Sauf que Matignon, favorable à une mesure d’âge, a remporté au finish son arbitrage. Conséquence directe : l’organisation réformiste, après délibération de son bureau national, appelle ses militants à descendre dans la rue le mardi 17 décembre.

Pourtant Édouard Philippe a donné des gages à la CFDT comme le minimum contributif à 1.000 euros, l’aménagement des fins de carrière ou encore la prise en compte de la pénibilité… Mais rien n’y a fait. D’autant que la méthode préconisée par le gouvernement pour aboutir aux économies vient mettre de l’huile sur le feu : l’exécutif indique le point d’arrivée (les économies) mais laisse le soin aux partenaires sociaux de négocier les mesures pour y arriver. Une façon de faire très critiquée par Antoine Bozio, l’inspirateur du système universel : « On fige les règles à l’avance sans donner aux partenaires sociaux les moyens de les piloter en toute indépendance puisqu’on les avertit qu’au cas où ils ne se conformeraient pas à ce que le gouvernement attend d’eux, il reprendra la main. » Ce scénario est exactement celui de la réforme de l’assurance chômage qui a abouti à des économies drastiques et une baisse sévère des droits des chômeurs. Ce que n’a toujours pas digéré Laurent Berger très énervé depuis l’été dernier contre le gouvernement. Pour lui hors de question de rejouer la même partition. Désormais, son credo est clair : négocier oui mais pas avec un collier étrangleur autour du cou.

Concurrence intersyndicale

Autre facteur expliquant le basculement de la CFDT : la concurrence syndicale. « La confédération doit exister dans le conflit face à Philippe Martinez, numéro un de la CGT, qui est redevenu le personnage central de l’actualité sociale », avertit Bernard Vivier, directeur de l’Institut supérieur du Travail (IST). En clair, la CFDT ne peut pas rester les bras ballants : si d’aventure le gouvernement reculait, tout le crédit politique reviendrait à Philippe Martinez… Ce qui pourrait faire perdre à la CFDT sa première place dans le secteur privé, obtenue de haute lutte en 2017 au détriment de la CGT. Enfin, ne pas moufter face aux « provocations » du gouvernement sur l’âge pivot, c’est reconnaître son impuissance à faire entendre sa voix et donc à pouvoir négocier des avancées sociales. Or, c’est la raison d’être de la CFDT…

Autre front stratégique à défendre : les cadres, les grands perdants de la réforme. Toujours en pôle position au sein de cette catégorie, la CFDT est talonnée par la CFE-CGC, une organisation qui a le vent en poupe notamment grâce au positionnement très critique vis-à-vis du gouvernement de son secrétaire général, François Hommeril. Ce syndicat est d’ailleurs parti tambour battant dans la lutte contre la réforme en participant dès le 5 décembre aux manifestations. Enfin,  » la confédération doit exister face à sa base, travaillée par des démangeaisons ‘gilets jaunes' », avance Bernard Vivier. Comme toutes les organisations syndicales, la CFDT est secouée par la volonté d’en découdre d’une partie de ses adhérents, notamment dans sa fédération transport. Ne pas durcir le ton, c’est s’exposer à des dissensions internes même si le risque est assez limité à la CFDT, l’organisation étant assez homogène.

Une sortie de crise qui s’éloigne

L’exécutif joue un jeu dangereux car la CFDT était son seul allié pour mettre en place un régime universel. Quant à l’Unsa (première organisation représentative à la RATP et deuxième à la SNCF), c’est l’interlocuteur clé pour éteindre la colère dans les transports publics. Se fâcher avec les deux, même temporairement, éloigne les chances d’une sortie de crise proche… Car si le gouvernement veut les faire revenir à la table des négociations, il devra renoncer à sa mesure d’âge pivot… Ce qui serait une reculade politique et un signe de faiblesse vis-à-vis des syndicats contestataires, CGT et Force ouvrière, qui eux veulent le retrait du projet. Les fêtes de Noël seront animées!

Le gouvernement a décidé de claquer la porte au nez de la CFDT et d’assumer la confrontation frontale avec les syndicats réformistes. En dévoilant mercredi 11 décembre les grands principes de sa réforme des retraites, Édouard Philippe, le Premier ministre, a provoqué l’ire de Laurent Berger, le leader du premier syndicat hexagonal : « Avec l’instauration d’un âge d’équilibre à 64 ans, une ligne rouge a été franchie, a-t-il commenté, furibard, à la sortie de la présentation du projet de loi au conseil économique, social et environnemental (Cese). Cette réforme a été lestée par un angle budgétaire accru… Et donc on va essayer de la délester dans les semaines à venir ! » Même ton pour Laurent Escure, secrétaire général de l’Unsa, qui lui aussi parle de « ligne rouge » assurant avoir eu « une mauvaise surprise ».

L’âge pivot, un chiffon rouge

L’objet de leur colère : la volonté de Matignon d’instaurer un âge pivot, une mesure budgétaire qui revient à faire travailler les Français plus longtemps pour accéder à une pension à taux plein. Une provocation inacceptable pour la CFDT qui campe depuis plusieurs mois sur un principe non négociable : ne pas mêler changement de système (l’instauration d’un régime universel) avec des mesures paramétriques (recul de l’âge de départ). Le leader syndical pensait avoir été entendu par Emmanuel Macron… Sauf que Matignon, favorable à une mesure d’âge, a remporté au finish son arbitrage. Conséquence directe : l’organisation réformiste, après délibération de son bureau national, appelle ses militants à descendre dans la rue le mardi 17 décembre.

Pourtant Édouard Philippe a donné des gages à la CFDT comme



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