Ce que les expats pensent de la réforme des retraites



Ils tentent de garder le fil des événements qui animent la France depuis le 5 décembre. Les manifestations contre la réforme des retraites, les expatriés aux quatre coins du globe en entendent parler par leurs proches, dans les médias locaux, sur les réseaux sociaux. Leur rapport à “l’actu” s’est toutefois distendu. Il faut croire que la loi de proximité s’applique aussi aux expats’ : l’information locale aura plus d’intérêt pour le Français que les tressaillements du pays d’origine. “Quand on n’habite plus en France, on est un peu déconnecté des actualités nationales,” s’excuse presque Alice Bougnat, qui travaille à Hong Kong dans une entreprise de revêtements de sol. “Ici, ce sont plutôt les manifestations pro-démocratie qui ont été au coeur des conversations,” estime Alice. “Ici, entre expats, on parle beaucoup des élections britanniques pour un nouveau Parlement, qui sont déterminantes pour le Brexit”, affirme Flore Boulez, avocate en Angleterre et habitant à Londres depuis deux ans et demi. 

“On n’y comprend pas grand chose”

Un élément récurrent apparaît d’emblée chez les personnes interrogées : le contour de la réforme leur semble imprécis. A qui la faute ? Le manque d’information, la complexité particulière du sujet, ou les contre-feux d’un discours gouvernemental mal maîtrisé? “Je ne lis pas les infos tous les jours,” reconnaît Alice, mais quand même : l’âge pivot de 64 ans, l’homogénéisation des 42 régimes spéciaux, la mise en place progressive du nouveau système à partir de la génération 1975 avec tout de même la prise en compte de la pénibilité de certaines carrières… “On n’y comprend pas grand chose.”

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Pourtant, les expatriés sont, pour beaucoup, concernés par la réforme à venir. Dépêchés par une entreprise française à l’étranger, employés au sein d’un des services détachés de l’Etat ou entrepreneurs, beaucoup cotisent ou ont cotisé dans le système des retraites existant, le plus souvent aux caisses de retraites complémentaires des cadres et salariés Agirc-Arrco.

Et même quand ils sont hors système, ils se sentent impliqués. “Je suis auto-entrepreneuse : avec mon parcours en creux, cela fait longtemps que je ne compte plus sur une retraite”, remarque pour sa part Ingrid Falquy, 28 ans, professeure de français à Lima, au Pérou. “Mais le sujet de la réforme des retraites m’intéresse car ma famille sera directement impactée.” Fore Boulez admet : “Je cotise en Angleterre et travaille pour un cabinet britannique, mais le climat social et les conditions de retraites joueront sur mon envie de rentrer en France. » 

Soutien à la grève 

Depuis l’étranger, le caractère sacré du droit de grève ressort, quelles que soient les couleurs politiques divergentes des personnes interrogées. Ainsi de Pierre-Yves Dupuis, 30 ans, qui se dit “à gauche sans être mélenchonniste”, établi lui aussi à Hong Kong, dans l’audiovisuel. “Je soutiens les grévistes français car lorsqu’on habite dans un pays avec une forte culture anglo-saxonne, qui vous broie du berceau à la tombe, on réalise que le droit de grève est une avancée majeure dont plus de la moitié des habitants du globe ne disposent pas.” Et de souligner “quand je pense à la retraite de mes parents, qui ont travaillé toute leur vie, je les soutiens à fond.” Et l’ancien protectorat britannique connaît ses propres manifestations depuis juin, qui ont forcé l’admiration de la communauté internationale par leur passivité et leur organisation. “En France, on pourrait s’en inspirer”, souligne Alice.

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Jean-Laurent Poitevin, éditeur à Paris et à Barcelone, se décrit comme “Macron-compatible” et attentif aux revendications des manifestants, bien qu’il juge “indispensable” une réforme des retraites. “Mais quand ça devient le droit d’immobiliser tout un pays et d’empêcher les gens de travailler, ce n’est plus acceptable”, nuance-t-il. 

Culture française

Le recul géographique met en lumière les spécificités d’une culture française réjouissante. Romantisme de la distance ou spécificité française ? “Je suis fière de voir s’exprimer une conscience politique et un engagement forts chez les Français”, déclare Ingrid Falquy. “Au Pérou, les gens manifestent peu bien que les institutions soient minées par la corruption. En France, la rue force le dialogue et contraint les acteurs politiques à revoir leur copie. Les Français ont le courage de dire ‘on mérite mieux que ça’ au gouvernement”. Même son de cloche depuis Londres. Flore Boulez observe “des différences sociétales profondes. En France, les précaires se font une place dans le débat grâce aux syndicats, qui sont forts. Au Royaume-Uni, on ne les entend pas alors que des réformes très dures se profilent,” note-t-elle. 

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Le conflit social peut aussi rappeler aux expats que les choses, en France, ne vont pas si mal. Ainsi de Jean-Laurent Poitevin, à Barcelone. “On prend conscience que le service public fonctionne bien pour qu’une grève puisse avoir autant d’effet.” Et que les Français ne sont pas si mal lotis. En Europe, 15% des retraités vivent au-dessous du seuil de pauvreté, contre 7,3% en France, selon Eurostat. Et la moyenne européenne du départ en retraite est de 67 ans, contre 63,4 en France.

Ils tentent de garder le fil des événements qui animent la France depuis le 5 décembre. Les manifestations contre la réforme des retraites, les expatriés aux quatre coins du globe en entendent parler par leurs proches, dans les médias locaux, sur les réseaux sociaux. Leur rapport à “l’actu” s’est toutefois distendu. Il faut croire que la loi de proximité s’applique aussi aux expats’ : l’information locale aura plus d’intérêt pour le Français que les tressaillements du pays d’origine. “Quand on n’habite plus en France, on est un peu déconnecté des actualités nationales,” s’excuse presque Alice Bougnat, qui travaille à Hong Kong dans une entreprise de revêtements de sol. “Ici, ce sont plutôt les manifestations pro-démocratie qui ont été au coeur des conversations,” estime Alice. “Ici, entre expats, on parle beaucoup des élections britanniques pour un nouveau Parlement, qui sont déterminantes pour le Brexit”, affirme Flore Boulez, avocate en Angleterre et habitant à Londres depuis deux ans et demi. 

“On n’y comprend pas grand chose”

Un élément récurrent apparaît d’emblée chez les personnes interrogées : le contour de la réforme leur semble imprécis. A qui la faute ? Le manque d’information, la complexité particulière du sujet, ou les contre-feux d’un discours gouvernemental mal maîtrisé? “Je ne lis pas les infos tous les jours,” reconnaît Alice, mais quand même : l’âge pivot de 64 ans, l’homogénéisation des 42 régimes spéciaux, la mise en place progressive du nouveau système à partir de la génération 1975 avec tout de même la prise en compte de la pénibilité de certaines carrières… “On n’y comprend pas grand chose.”

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Pourtant, les expatriés sont, pour beaucoup, concernés par la réforme à venir. Dépêchés par une entreprise française à l’étranger, employés au sein d’un des services détachés de l’Etat ou entrepreneurs, beaucoup cotisent ou ont cotisé dans le système des retraites existant, le plus souvent



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