A Blyth, ex bastion travailliste, le Brexit a rebattu les cartes


Bastion travailliste depuis près de 70 ans, Blyth, dans le nord-est de l’Angleterre, est l’une des circonscriptions tombées aux mains des conservateurs. Un résultat jadis impensable mais ici, le Brexit a rebattu les cartes.

Dans cette ville de 38.000 habitants située au nord de Newcastle et autrefois tournée vers la construction navale, le conservateur Ian Levy a battu son rival travailliste de 700 voix seulement.

Une victoire inimaginable il y a une trentaine d’années, pendant le déclin industriel des années 1980, lorsque la classe ouvrière vouait une haine tenace à la dirigeante conservatrice Margaret Thatcher.

Mais la frustration des électeurs pro-Brexit de ne pas voir leur vote en faveur du Brexit se réaliser, trois ans après le référendum, a conduit nombre d’entre eux à glisser un bulletin conservateur dans l’urne.

D’autres ont expliqué à l’AFP s’être détournés du Labour en raison du positionnement très à gauche de son chef Jeremy Corbyn et de son souhait d’organiser un autre référendum sur le Brexit.

« J’ai voté travailliste toute ma vie. C’est le Brexit qui m’a fait changer d’avis parce que j’en ai vraiment marre. Cela fait trois ans que le pays est indécis », raconte vendredi à l’AFP Colin Spottswood, commerçant de 65 ans. « Maintenant, au moins, j’espère que le pays ira de l’avant », ajoute-t-il.

Le Parti travailliste dirigeait la circonscription depuis sa création en 1950 et l’annonce de son virage à droite, dans la nuit, a provoqué une onde de choc.

Cette victoire est un symbole de la bérézina du Labour, dont plusieurs bastions des régions ouvrières du Nord de l’Angleterre jugés imprenables par les conservateurs sont finalement tombés entre leurs mains.

Dans ces circonscriptions qui ont voté pour quitter l’Union européenne, les électeurs ont été davantage séduits par les promesses de Boris Johnson de « réaliser le Brexit » que par l’engagement de Jeremy Corbyn de négocier un nouvel accord de sortie et de le soumettre à un référendum, avec l’option de rester dans l’UE.

Une stratégie qui visait à satisfaire europhiles et eurosceptiques mais qui s’est révélée désastreuse.

– « Aux anges » –

Marché en plein air à Blyth (nord-est de l’Angleterre), bastion travailliste qui a voté conservbateur, le 13 décembre 2019 (AFP – Lindsey Parnaby)

« C’est le plus beau jour de ma vie! », dit à l’AFP Dave Stephenson, un menuisier à la retraite de 81 ans, en ce lendemain d’élections. « C’est la meilleure chose qui soit jamais arrivée. Regardez l’état de Blyth. C’était une charmante petite ville mais tout ferme », déplore le retraité qui a toujours vécu là et trouve que « les travaillistes ont laissé tomber les habitants ».

L’octogénaire explique avoir changé d’orientation politique, séduit d’abord par le Parti du Brexit de l’europhobe Nigel Farage, qui prône une rupture franche avec l’UE, avant de se tourner vers les Tories.

« Pour cette élection, j’ai voté conservateur parce que je veux qu’on réalise le Brexit », explique-t-il. En plus, « je ne supporte pas Corbyn. Il est temps que ça change et qu’on en finisse avec le Brexit ».

Sur la place du marché de Blyth, où une poignée d’étals proposent briquets, bouquets de fleurs, mots croisés ou linge de maison, un sapin de Noël égaie l’atmosphère.

Une odeur de Fish and chips envahit la place pavée bordée de rangées de maisons en briques rouges, attirant les mouettes.

Un quartier résidentiel de Blyth (nord-est de l'Angleterre) le 13 décembre 2019 (AFP - Lindsey Parnaby)

Un quartier résidentiel de Blyth (nord-est de l’Angleterre) le 13 décembre 2019 (AFP – Lindsey Parnaby)

« Je suis aux anges », s’enthousiasme Peter Gough, 59 ans, commerçant sur le marché. « J’ai voté travailliste toute ma vie. Mais je n’aimais pas le programme de Jeremy Corbyn, je ne lui faisais pas confiance, donc j’ai voté conservateur », explique-t-il.

Ron Coltman, un autre commerçant de 71 ans, qui vend des cartes de Noël, a lui aussi voté conservateur et ne voit pas Blyth revenir vers le Labour de sitôt. Le résultat de l’élection « n’est pas une surprise. Personne n’aime M. Corbyn », affirme-t-il. « J’en ai parlé à tous mes clients, et le sentiment général est qu’il faudrait vraiment que les conservateurs fassent de grosses erreurs les cinq prochaines années pour ne pas rester longtemps au pouvoir. »



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