La Cour internationale priée de prendre des mesures d’urgence pour les Rohingya de Birmanie



LA HAYE (Reuters) – La Gambie, à l’origine des poursuites contre la Birmanie devant la Cour internationale de justice des Nations unies, a de nouveau réclamé jeudi des mesures d’urgence permettant de protéger la minorité Rohingya, cible d’une campagne de répression de l’armée birmane.

Le principal avocat représentant la Gambie, Paul Reichler, a fait cette demande au troisième et dernier jour de l’audience publique organisée à La Haye, aux Pays-Bas, à la suite d’une plainte pour génocide déposée par le gouvernement gambien.

La Cour n’a pour l’heure pas précisé à quelle date elle se prononcerait sur d’éventuelles mesures provisoires visant à protéger cette minorité musulmane établie dans l’Ouest birman.

Ses décisions sont théoriquement contraignantes et ne peuvent faire l’objet d’aucun recours mais, dans les faits, elle n’a aucun moyen de les imposer et il est arrivé dans le passé que des pays n’en tiennent aucun compte.

Une fois que la Cour de La Haye aura tranché sur ce point précis, la procédure pourrait se poursuivre, potentiellement durant plusieurs années.

Jeudi, l’avocat de la Gambie a par ailleurs estimé que la justice internationale ne pouvait accorder aucun crédit au gouvernement du Myanmar – le nom officiel du pays – lorsque celui-ci assure que les soldats coupables d’exactions seront traduits en justice.

« Comment peut-on imaginer que la Tatmadaw (l’armée birmane-NDLR) se déclare responsable d’actes génocidaires contre les Rohingya, quand six de ses plus hauts généraux, y compris le chef d’état-major, le général Min Aung Hlaing, ont tous été accusés de génocide par une mission des Nations unies », a déclaré Paul Reichler devant les 17 juges composant la Cour.

Il faisait là référence aux conclusions d’enquêteurs de l’Onu, qui ont relevé, dans un rapport publié en août 2018, des massacres et des viols à grande échelle perpétrés en 2017 par les soldats birmans avec des « intentions génocidaires ».

Une dizaine de milliers de personnes pourraient avoir été tuées, selon les enquêteurs onusiens.

Plus de 730.000 Rohingya ont fui la Birmanie en 2017 et trouvé refuge au Bangladesh voisin pour échapper à cette campagne menée par l’armée birmane.

Aung San Suu Kyi, cheffe du gouvernement et couronnée du prix Nobel de la paix en 1991 pour son combat contre la junte, a livré mercredi un plaidoyer en faveur de l’armée de son pays, qui n’a selon elle commis aucun génocide, une accusation « trompeuse » et « incomplète » à ses yeux.

(Shoon Naing et Bart H. Meijer, version française Simon Carraud)



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