A Rennes, des manifestants moins nombreux mais aussi déterminés



« On ne se laissera pas avoir par de belles paroles ». A la veille des annonces du gouvernement sur les retraites, cheminots, pompiers, professeurs et soignants ont encore défilé mardi dans les rues de Rennes, moins nombreux que la semaine dernière mais toujours aussi déterminés.

« A recopier 100 fois: on ne cache pas le déambulateur du professeur », ironise la pancarte d’Ophélie, 31 ans, écharpe grise et capuche noire. Professeure d’histoire « pas syndiquée », au collège Le Landry de Rennes, elle dit craindre de « travailler toute sa vie pour finir dans la pauvreté » avec la réforme annoncée.

« On va y perdre énormément alors qu’il y a déjà une paupérisation du milieu enseignant », dit-elle. « On ne lâchera rien! »

Comme elle, des centaines de professeurs ont à nouveau défilé mardi, agrémentant le cortège de pancartes bariolées: « Des enseignants formidables, des retraites fort minables », « Enseigner, oui. En saignant, non »…

Parmi les plus représentés, les soignants étaient aussi venus en masse, souvent en blouse blanche, comme Catherine Deshayes, aide-soignante de 56 ans, qui arborait un écriteau bleu « Augmentation de 300 euros pour tous = meilleure retraite ».

« On est là aussi pour nos conditions de travail », explique-t-elle. « Pour qu’on nous fasse travailler dans des conditions dignes. Des fois, les conditions d’accueil sont limites à l’hôpital et, quand je pars, je ne suis pas fière de ma journée de travail. »

Un peu plus loin, quelques étudiants s’étaient également joints au cortège, comme Allan, étudiant en musicologie de 21 ans, qui brandit un drapeau de l’Union pirate, le syndicat étudiant de Rennes 2. Pour lui, la retraite est loin mais « il vaut mieux commencer à manifester maintenant, avant que ça empire », dit-il. La retraite à points c’est « quelque chose de néfaste qui va nous faire perdre beaucoup d’argent car ils vont baisser la valeur des points au cours des années », juge-t-il.

– « Météo du capital »-

Juste devant lui, en tête de cortège, une centaine de jeunes « anticapitalistes » encagoulés brandissent une banderole « On veut la retraite des flics et le chômage de Macron ». Et quand quelques gouttes de pluie tombent sur le défilé, des manifestants se mettent à scander « Météo nationale, météo du capital ».

Derrière eux, pompiers et cheminots allument pétards et fumigènes. « A 50 ans, le métier est difficile. A 60 ans, il est impossible », assure Rodolphe, pompier rennais avec casquette et chasuble aux couleurs de la CGT sur son uniforme. « Quand on arrêtera d’opposer les gens les uns aux autres, on avancera un peu mieux », estime-t-il.

C’est aussi l’avis de Jane, cheminote de 31 ans, casquette rouge de la SNCF sur la tête. « On n’est pas là que pour les régimes spéciaux des cheminots », dit la jeune femme. « On a des choses à défendre mais on est aussi là pour tout le monde », ajoute-t-elle, alors que les cheminots rennais ont voté la reconduction de la grève mardi matin.

« Il faut que la grève s’ancre. Pour l’instant, elle n’est pas partout, je le constate. Si elle s’ancre, le pouvoir sera obligé de reculer », estime lui Fabrice Le Restif, secrétaire départemental FO, en espérant que la mobilisation « ne baisse pas ».

La mobilisation a pourtant marqué le pas mardi à Rennes par rapport au 5 décembre, rassemblant 7.000 manifestants selon la préfecture et 10.000 selon les syndicats (contre 13.000 à 15.000 la semaine dernière).

Le cortège syndical s’est dispersé en début d’après-midi dans un nuage de gaz lacrymogène, après quelques bris de vitrines et jets de projectiles sur les forces de l’ordre.



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