Grande-Bretagne: un vote qui va bien au-delà du Brexit



A trois jours des élections législatives britanniques, le jeudi 12 décembre, la célèbre formule de Winston Churchill n’a jamais été aussi  justifiée : « La démocratie est un mauvais système mais elle est le moins mauvais système. » C’est elle, en effet, avec le référendum du 23 juin 2016 sur le Brexit qui a plongé l’Union européenne dans l’incertitude et le désordre en y libérant des réflexes nationalistes et des visions contradictoires. Le  »Non » surprise des Britanniques au maintien du Royaume-Uni dans l’Union européenne (à 51,89%) a certes été béni par un vote parfaitement respectueux des règles démocratiques mais, depuis plus de trois ans maintenant, la construction européenne n’a plus d’élan. Grandeur et misère de la démocratie, elle donne la voix au peuple, sacre ses verdicts quelles qu’en soient les conséquences et place les gouvernants au pied du mur. Depuis 2016, les dirigeants européens n’ont pas su le franchir.

Incapable de saisir le verdict des urnes anglaises pour redéfinir clairement son projet et son avenir, l’UE donne depuis le sentiment d’être un assemblage de pays divisés, plus préoccupés de leurs intérêts nationaux que de leur destin commun, unis par la peur du vide si, soudain, tout se détricotait plus que par un profond désir de vivre ensemble. Une phrase de Donald Tusk, qui vient de quitter la présidence du Conseil européen qu’il occupait depuis cinq ans pour celle du PPE (Parti Populaire Européen), témoigne de ce grand flottement. Interrogé le 4 décembre dernier sur la volonté affichée d’Emmanuel Macron de devenir le grand leader de l’Union pour lui donner un nouveau cap, l’ancien président du conseil des ministres polonais (de 2007 à 2014), aujourd’hui jugé trop europhile par les siens, ne mâche pas ses mots : « Si nous voulons considérer Emmanuel Macron comme un futur dirigeant européen pour l’ensemble de l’Europe, alors nous avons besoin d’un politicien qui se sente plus responsable de l’Union et pas seulement de la France. C’est la grande qualité d’Angela Merkel. Tout le monde fait des erreurs mais sa qualité principale a toujours été de songer à l’Europe dans son ensemble. Et d’être prête à sacrifier un intérêt interne ou national pour protéger l’Europe dans son ensemble. » Dans cette phrase, tout est dit du micmac européen alors que le plus difficile se profile peut-être pour l’UE avec le scrutin britannique.

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Triple enjeu

Les élections au Parlement de Londres ce jeudi ont, de fait, un triple enjeu :

Pour les Britanniques, d’abord, qui prendront le large si les conservateurs (les Tories) de Boris Johnson l’emportent sans savoir où va les entraîner cette liberté nationale certes retrouvée mais avec l’incertitude pour seul horizon. Ce désarrimage n’a pas de précédent et, malgré bien des pronostics, nul ne sait vraiment quelles en seront les conséquences pour le Royaume-Uni. Le Brexit va y libérer de puissantes forces centrifuges avec la question irlandaise, qui sera inéluctablement relancée, mais aussi avec le fort désir de l’Ecosse de rester dans l’UE.

Pour l’Union européenne, ensuite, sur les terrains économiques et politiques. Peut-on sérieusement évaluer dès à présent l’impact du départ d’un pays dont le PIB en 2019 s’élève à 2.481 milliards de dollars et les échanges avec l’UE sont si considérables ? Ils représentent en effet plus de 500 milliards d’euros (60% avec l’Allemagne, les Pays-Bas, la France et la Belgique), dont 190 milliards d’exportations vers les 27. Ces sommes énormes annoncent un incalculable big bang économique aux conséquences encore imprévisibles pour les Britanniques et les Européens. L’onde de choc sera également politique car tous les pays de l’UE sont aujourd’hui travaillés par des courants identitaires ou populistes, des tendances illibérales et des partis nationalistes que la suite du scénario anglais peut enflammer.

Un monde en devenir « illibéral » ?

Le troisième enjeu de ce 12 décembre est, au vrai, idéologique. Ce sont deux visions opposées qui s’affrontent dans ce scrutin. D’une part, un libéralisme version johnsonienne, proposant de « libérer le potentiel du pays » avec le Brexit, un programme anti-austérité, de très lourds investissements dans la santé (première préoccupation pour 60% des Britanniques devant le Brexit, 56%), un contrôle très renforcé de l’immigration. D’autre part, le radicalisme de gauche du leader du Labour Jeremy Corbyn. Fini le travaillisme très libéral de Tony Blair, Corbyn défend le projet le plus à gauche que l’Angleterre ait jamais connu avec la promesse d’un  tsunami  économique et social : une vague de nationalisations (eau, rail, poste, télécoms, etc.,), la réalisation de 150.000 logements sociaux, une augmentation de 5% des impôts des Britanniques les mieux rémunérés, une réduction des écarts salariaux, le passage du Smic de 8,41 livres à 10 livres, un accès nouveau des salariés dans les conseils d’administration des entreprises, plus de 65 milliards d’euros d’investissements publics (contre 23 milliards pour les Tories), l’Internet rapide gratuit pour tous, etc.

Les derniers sondages donnent une poignée de points d’avance au Premier ministre sortant mais le référendum de 2016 sur le Brexit a montré leur approximation : deux d’entre eux annonçaient encore à deux jours du vote que les Britanniques resteraient dans l’UE. Le scrutin peut donc réserver des surprises. Si les travaillistes l’emportaient, leur succès aurait de grandes répercussions idéologiques et confirmerait, comme l’explique l’économiste Daniel Cohen dans le JDD de ce dimanche que « nous vivons la fin du cycle libéral qui a commencé avec Reagan et Thatcher et qui promettait la prospérité au bout de la flexibilité. Les peuples n’y croient plus. Ils veulent être protégés d’une insécurité économique croissante ».

Le cycle libéral remis en question

Les élections américaines de novembre 2020 sont, elles aussi, d’ores et déjà dominées par cette question de fond. Les campagnes d’Elisabeth Warren et de Bernie Sanders dans la primaire démocrate sont elles aussi très à gauche. Certes, rien n’est joué outre-Atlantique mais le débat qui s’y installe témoigne également des interrogations sur ce cycle libéral ouvert il y a 40 ans maintenant. La manière dont il sera tranché jeudi en Grande-Bretagne aura qu’on le veuille ou non un impact sur tous les pays européens, notamment en France dont Daniel Cohen dit : « Elle est devenue, comme les autres pays industrialisés, une matière inflammable. Macron est un libéral dans les deux sens du terme, économique et culturel, dans un monde qui est devenu illibéral. » Autant dire que le 12 décembre le chef de l’Etat devrait être aussi attentif au résultat des élections britanniques qu’à l’épreuve de force sociale engagée sur sa réforme des retraites.

A trois jours des élections législatives britanniques, le jeudi 12 décembre, la célèbre formule de Winston Churchill n’a jamais été aussi  justifiée : « La démocratie est un mauvais système mais elle est le moins mauvais système. » C’est elle, en effet, avec le référendum du 23 juin 2016 sur le Brexit qui a plongé l’Union européenne dans l’incertitude et le désordre en y libérant des réflexes nationalistes et des visions contradictoires. Le  »Non » surprise des Britanniques au maintien du Royaume-Uni dans l’Union européenne (à 51,89%) a certes été béni par un vote parfaitement respectueux des règles démocratiques mais, depuis plus de trois ans maintenant, la construction européenne n’a plus d’élan. Grandeur et misère de la démocratie, elle donne la voix au peuple, sacre ses verdicts quelles qu’en soient les conséquences et place les gouvernants au pied du mur. Depuis 2016, les dirigeants européens n’ont pas su le franchir.

Incapable de saisir le verdict des urnes anglaises pour redéfinir clairement son projet et son avenir, l’UE donne depuis le sentiment d’être un assemblage de pays divisés, plus préoccupés de leurs intérêts nationaux que de leur destin commun, unis par la peur du vide si, soudain, tout se détricotait plus que par un profond désir de vivre ensemble. Une phrase de Donald Tusk, qui vient de quitter la présidence du Conseil européen qu’il occupait depuis cinq ans pour celle du PPE (Parti Populaire Européen), témoigne de ce grand flottement. Interrogé le 4 décembre dernier sur la volonté affichée d’Emmanuel Macron de devenir le grand leader de l’Union pour lui donner un nouveau cap, l’ancien président du conseil des ministres polonais (de 2007 à 2014), aujourd’hui jugé trop europhile par les siens, ne mâche pas ses mots : « Si nous voulons considérer Emmanuel Macron comme un futur dirigeant européen pour l’ensemble de l’Europe, alors nous avons besoin d’un politicien qui se sente plus responsable de l’Union et pas seulement de la France. C’est la grande qualité d’Angela Merkel. Tout le monde fait des erreurs mais sa qualité principale a toujours été de songer à l’Europe dans son ensemble. Et d’être prête à sacrifier un intérêt interne ou national pour protéger l’Europe dans son ensemble. » Dans cette phrase, tout est dit du micmac européen alors que le plus difficile se profile peut-être pour l’UE avec le scrutin britannique.

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Triple enjeu

Les élections au Parlement de Londres ce jeudi ont, de fait, un triple enjeu :

Pour les Britanniques, d’abord, qui prendront le large si



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