A une semaine des législatives, le Brexit divise Birmingham



Deuxième ville d’Angleterre, avec deux millions d’habitants, seule grande métropole à avoir voté en majorité (50,4%) pour le Brexit en 2016, Birmingham se prépare activement aux législatives du 12 décembre. Comme ailleurs au Royaume-Uni, les résultats sont incertains. Boris Johnson et Jeremy Corbyn, les deux prétendants, sont tous les deux venus faire campagne à « Brum », comme on surnomme la capitale des Midlands, et ont promis des dizaines de milliards de livres d’investissements dans les infrastructures et les services publics. Mais l’un comme l’autre tiennent des discours si clivants, qu’ils effarouchent beaucoup d’électeurs.

Affiches sauvages appelant à voter Labour

Le Premier ministre conservateur a assuré qu’il achèvera le Brexit pour le 31 janvier et que, sans lui, le pays sombrera dans le chaos. En écho, le maire Tory du Grand Birmingham, Andy Street, a insisté sur l’importance d’adopter un bon accord avec Bruxelles, sans quoi un « no-deal » pourrait signifier un « retour en arrière fatal » pour cet ancien berceau de l’industrie, en pleine mutation. Le leader travailliste, lui, a mis en garde au cours des jours passés contre les appétits des conservateurs. Il accuse son adversaire de vouloir « vendre le NHS » (le système de santé britannique) aux laboratoires pharmaceutiques américains. L’affaire a fait tant de bruit, que même Donald Trump a démenti, alors que beaucoup de sympathisants doutent toujours. A Birmingham, les plus jeunes tapissent les quartiers étudiants d’affiches sauvages appelant à « Voter Labour », « pour sauver le NHS, pour un avenir plus vert, pour des logements abordables, pour la justice sociale ».

Partout dans le pays, les sondages restent fluctuants. Fin novembre, l’institut Ipsos Mori indiquait que « 40% des électeurs pouvaient encore changer d’avis d’ici à l’élection ». Ils étaient même 46% chez les travaillistes. Ancien fief ouvrier, Birmingham est un cas si symptomatique de cette indécision, que le 3 décembre l’émission Politicslive de la BBC débattait du thème « le Labour est-il en train de perdre ses soutiens traditionnels ? », soulignant que dans les Midlands « beaucoup de sièges de travaillistes brexiters sont la cible des conservateurs ». Et d’expliquer que cette tactique est facilitée par les errements du Labour. En effet, celui-ci est déchiré entre pro et anti Europe, entre pro et anti Corbyn, entre pro et anti second référendum, entre légitimistes et ceux qui ont appelé à voter Tory. Ils sont deux ténors de la région à l’avoir fait officiellement au cours des dernières semaines : Iain Austin, qui était secrétaire parlementaire du Premier ministre Gordon Brown. Et Gisela Stuart, longtemps députée travailliste, qui a mené la campagne du Brexit pour son parti en 2016.

Porte-à-porte dans le fief des Remainers

Il y a trois ans et demi, le référendum avait révélé dans les WestMidlands de grandes disparités, qui perdurent aujourd’hui. Les zones cosmopolites et bobo se sont opposées au divorce, comme le quartier de Moseley, au Sud, europhile à 77%. Mités par les friches industrielles, les faubourgs défavorisés ont, eux, plébiscité la rupture avec Bruxelles, à 76% pour Shard End, tout à l’Est. Premier biographe de Boris Johnson, le journaliste politique Andrew Gimson est allé début novembre chez les Brexiters, prendre la température de West Bromwich, banlieue de classes moyennes, au Nord de Birmingham, qui avait voté à 68% pour le Leave (partir). Il observe : « Les sondages nous ont révélé que le Premier ministre est plus populaire que Corbyn, mais n’ont rien dit des sentiments qu’il inspire. Ses sympathisants sont loin de le voir comme un saint. Au contraire, ils le pensent menteur, tricheur et foutraque, mais ils le considèrent comme le plus à apte de mettre en œuvre ce Brexit qui leur tient tant à cœur ».

En début de semaine, les 2 et 3 décembre, Challenges, pour sa part, a rencontré des candidats pro-européens, travaillistes et libéraux-démocrates, et a fait du porte-à-porte avec certains d’entre eux dans des quartiers europhiles proches de Moseley, au Sud de « Brum ». Sentiment général : les politiques sont plus que jamais fidèles à leurs positions de 2016, avec pour les Lib-Dems une volonté commune affichée d’organiser un second référendum. Pour le travailliste Steve McCabe, donné grand gagnant dans tous les sondages et élu à Westminster depuis vingt ans, il est également important de ne jamais oublier combien un « no-deal » pourrait être délétère pour l’économie. « Les études montrent que les deux régions qui souffriraient le plus en cas de divorce sans accord sont les West et East Midlands. Nos grandes entreprises locales comme Jaguar, Land Rover ou Cadbury ont besoin de l’Europe continentale pour leurs fournisseurs et pour leurs contrats. »

Chez les électeurs, on sent davantage un ras-le-bol de ce Brexit qui les obsède et qui n’en finit pas. Et l’envie de passer à autre chose, quitte à paraître irrationnel. Par exemple cet ingénieur de chez IBM, qui a voté pour l’Europe en 2016 et aux européennes… pour le Brexit Party. « Je voulais secouer le cocotier des députés à Westminster », a-t-il justifié, ajoutant, à l’unisson de plusieurs de ses voisins, « Brexit is so emotional »

« We love Europe »

Lundi 2 décembre, un petit-déjeuner de soutien au Lib Dem était organisé à Sherbourne, à 50 kilomètres au Sud de Birmingham, dans un magnifique manoir, qui, avec son grand jardin nimbé de givre, paraissait tout droit sorti d’un conte de Noël. Les hôtes, des entrepreneurs spécialistes de la formation, Richard et Emma Barkley, souhaitaient ainsi marquer leur opposition au Brexit. « L’incertitude retarde les investissements, pendant que l’image des entreprises britanniques se dégrade, ont-ils déploré. En un an, notre business avec l’Europe est passé de 60 à 30% de nos activités ». Et pendant que le feu crépitait dans la grande cheminée, que les invités échangeaient sur la tactique électorale à adopter dans une circonscription où les Lib-Dems sont arrivés second aux Européennes avec 30% des voix, que Philip Bushill-Matthews, ancien chef des conservateurs britanniques au Parlement européen se désolait que « Boris Johnson se soucie si peu de l’avenir de son pays », Richard Barkley s’est approché de Challenges. « Surtout n’oubliez jamais le plus important : we love Europe. »

Deuxième ville d’Angleterre, avec deux millions d’habitants, seule grande métropole à avoir voté en majorité (50,4%) pour le Brexit en 2016, Birmingham se prépare activement aux législatives du 12 décembre. Comme ailleurs au Royaume-Uni, les résultats sont incertains. Boris Johnson et Jeremy Corbyn, les deux prétendants, sont tous les deux venus faire campagne à « Brum », comme on surnomme la capitale des Midlands, et ont promis des dizaines de milliards de livres d’investissements dans les infrastructures et les services publics. Mais l’un comme l’autre tiennent des discours si clivants, qu’ils effarouchent beaucoup d’électeurs.

Affiches sauvages appelant à voter Labour

Le Premier ministre conservateur a assuré qu’il achèvera le Brexit pour le 31 janvier et que, sans lui, le pays sombrera dans le chaos. En écho, le maire Tory du Grand Birmingham, Andy Street, a insisté sur l’importance d’adopter un bon accord avec Bruxelles, sans quoi un « no-deal » pourrait signifier un « retour en arrière fatal » pour cet ancien berceau de l’industrie, en pleine mutation. Le leader travailliste, lui, a mis en garde au cours des jours passés contre les appétits des conservateurs. Il accuse son adversaire de vouloir « vendre le NHS » (le système de santé britannique) aux laboratoires pharmaceutiques américains. L’affaire a fait tant de bruit, que même Donald Trump a démenti, alors que beaucoup de sympathisants doutent toujours. A Birmingham, les plus jeunes tapissent les quartiers étudiants d’affiches sauvages appelant à « Voter Labour », « pour sauver le NHS, pour un avenir plus vert, pour des logements abordables, pour la justice sociale ».

Partout dans le pays, les sondages restent fluctuants. Fin novembre, l’institut Ipsos Mori indiquait



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