la mesure du gouvernement ne satisfait ni les écologistes ni les agriculteurs



Publié le 09 septembre 2019

Alors qu’une quarantaine de maires ont pris des arrêtés pour interdire l’épandage de pesticides à 150 mètres des habitations, le gouvernement, lui, propose une distance de 5 à 10 mètres selon les cultures. Il va par ailleurs lancer une consultation citoyenne de trois semaines sur le sujet. Un « poisson d’avril » pour les associations qui dénoncent une distance bien trop faible. Les agriculteurs, eux, veulent du cas par cas. 

La fronde des maires est parvenue à faire bouger les lignes. Une quarantaine d’élus ont, ces dernières semaines, pris des arrêtés consistant à interdire l’épandage de pesticides à moins de 150 mètres d’une habitation. Le premier arrêté, celui du maire de Langouët, Daniel Cueff, a été suspendu par le tribunal administratif de Rennes mais l’édile a reçu le soutien d’Emmanuel Macron, en tout cas dans « ses intentions ».

« J’ai cru que c’était un poisson d’avril »

Le Président avait promis de changer la loi. Dans cette perspective, le gouvernement a proposé, samedi 7 septembre, de fixer la distance minimale entre habitations et zones d’épandage de 5 mètres pour les cultures dites basses comme les céréales et 10 mètres pour les cultures hautes. On est bien loin des 100 à 150 mètres désirés par les associations environnementales. « Je n’y crois pas, je pense que c’est un poisson d’avril », a réagi sur BFMTV Yann Arthus-Bertrand, président de la fondation Good Planet. « Je ne peux pas croire qu’aujourd’hui les lobbyistes soient plus forts que la santé de la population. C’est insultant pour les gens qui se battent depuis si longtemps contre les pesticides ».

Le gouvernement dit s’appuyer sur les préconisations scientifiques de l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) allant en ce sens. Mais Générations futures pointe des défaillances dans cette étude prise pour référence. « C’est sur des données vieilles de plus de 30 ans que l’évaluation de l’exposition a été faite et avec uniquement des distances testées de 2-3,5 et 10 mètres, très limitées ! Aucune distance supérieure n’a été prise en compte dans l’évaluation du risque pour les résidents ! On voit clairement les limites de la méthode utilisée », défend l’association.

Une consultation citoyenne pour 3 semaines

Continuant le « modèle du grand débat « , les ministères de la Santé, de l’Agriculture et de la Transition écologique vont lancer, à partir de ce lundi 9 septembre et pour trois semaines, une consultation en ligne ouverte à tous concernant les distances minimales entre habitations et zone d’épandage de produits phytosanitaires agricoles. Les résultats seront analysés et dépouillés pendant environ deux mois afin d’élaborer un décret national qui doit entrer en application le 1er janvier 2020, dans les zones où aucune charte départementale n’aura été signée, a précisé le ministère.

Mais la proposition du gouvernement déplaît également aux agriculteurs. La FNSEA, principal syndicat agricole, préfère des solutions locales pour protéger les riverains des épandages de pesticides, plutôt qu’une délimitation stricte par la loi. En tout cas, dans le duel qui opposait Didier Guillaume, ministre de l’Agriculture, favorable à une bande de 5 mètres, et la ministre de la Transition écologique, Elisabeth Borne, qui penchait plutôt pour une distance de 100 mètres, on sait qui est le gagnant. 

Marina Fabre, @fabre_marina avec AFP





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