Du film « Au nom de la Terre » à « Tout est possible », la crise agricole n’est pas une fatalité



Publié le 08 octobre 2019

Il y a d’un côté cet agriculteur épuisé, surendetté, qui décide d’en finir en buvant des litres de glyphosate et de fipronil. Et de l’autre ce couple de citadins qui se lance dans la création d’une ferme agroécologique et qui, loin de tout angélisme, vont découvrir que la nature ne se dompte pas. Les deux films « Au nom de la Terre » à « Tout est possible » donnent deux visions de l’évolution du monde agricole, entre enfer et espérance. 

Elle a un visage, la crise agricole. Le visage de Christian Bergeon (interprété par Guillaume Canet), un de ces agriculteurs, qui, au bord du précipice, a sauté dans le vide. Dans « Au nom de la Terre », sorti en salle le 25 septembre, le réalisateur, Édouard Bergeon, fils de Christian, conte son histoire familiale et celle de son père. Cette œuvre est une fiction largement inspirée de faits réels. Plus largement, elle décrit l’évolution du monde agricole, où désormais un paysan meurt tous les deux jours. 

Édouard Bergeon raconte la jeunesse de son père, si fier de reprendre la ferme familiale. Pris dans le cercle vicieux du surendettement, le paysan cherchera à s’agrandir au mépris de tout bon sens, symbolisé entre autres par l’élevage de poulets suralimentés en batterie, et toujours avec le soutien des banques et des chambres d’agriculture. Une fuite en avant alourdie par les incendies, la baisse des prix, les sécheresses… autant de pression qu’il ne pourra pas encaisser.

Un remède à la crise agricole ?

Son suicide porte un nom : celui du glyphosate et du fipronil, qu’il ingurgitera pour mettre fin à ses jours. On sort de film sans vraiment voir le bout du tunnel. Sans vraiment comprendre comment sortir de cette crise à laquelle nous, citoyens, nous sommes habitués voire accommodés par nos choix de consommation.

Il y a ce constat terrible et réel d’un côté, et celui du changement de l’autre. On peut le voir dans « Tout est possible », le film de John Chester avec la voix, en version française, de Cyril Dion. Ici, John et Molly, un couple d’Américains, ont décidé de quitter Los Angeles pour se lancer dans le développement d’une ferme écoresponsable. Pendant près de dix ans, John Chester va ainsi filmer les réussites et les déboires de cette nouvelle vie.

De l’émerveillement à la réalité

Si au début, on craint une vision trop angélique de cette agriculture régénératrice, ce sentiment est vite dissipé. Car, comme tout agriculteur, le couple Chester va devoir s’accommoder de la nature. Entre les coyotes qui dévorent les poules, les oiseaux qui se délectent des fruits du verger, la sécheresse, les incendies… Les agriculteurs, qui ont connu une phase d’émerveillement, vont devoir affronter la dure réalité du travail de la terre. Et pour cela, ils vont s’inspirer de la nature.   

« Le déclic s’est produit quand j’ai réalisé que certains facteurs que nous considérions comme des problèmes, telles les mauvaises herbes, étaient en réalité des éléments essentiels au cycle nutritif », explique John Chester. « Je marchais dans le verger, non loin d’un arbre qui, quelques jours plus tôt, était entièrement couvert de pucerons. Mais ils avaient tous disparu. À la place, l’arbre était couvert de centaines de coccinelles, l’un des principaux prédateurs des pucerons. Les coccinelles étaient revenues car, avec la ferme, nous avions créé un habitat leur permettant de se développer. »

Marina Fabre, @fabre_marina





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