Manifestations des agriculteurs : le malaise est profond



Publié le 27 novembre 2019

C’est un ras-le-bol fait de déceptions successives. Des centaines d’agriculteurs convergent ce 27 novembre vers Paris pour dénoncer la politique des prix bas de la grande distribution, un an après la loi alimentation. Si le désarroi financier des producteurs est réel, le malaise est plus profond. Entre agriculteurs et consommateurs, un fossé se creuse, sur la question des pesticides et du glyphosate notamment. Surtout, les attaques de fermes à répétition par des militants antispécistes rend la situation encore plus dramatique.

Ce sont plus de 1 000 tracteurs, venus de toute la France, qui convergent ce mercredi 27 novembre vers Paris. Les agriculteurs ont répondu à l’appel de la FNSEA, le principal syndicat agricole. Un an après l’adoption de la loi alimentation, il pointe le non-respect des règles par la grande distribution. Les agriculteurs veulent faire monter la pression dans les négociations commerciales qui démarrent actuellement et dénoncent la politique des prix bas, toujours d’actualité.

 

 

Le fossé se creuse entre les consommateurs et les agriculteurs

« Nous voulons que les distributeurs jouent le jeu et ne fassent pas comme a fait Lidl il a dix jours, du steak haché à 6,75 euros le kilo, ce qui est un profond scandale. C’est comme quand Carrefour avait fait le lait à 0,87 euro en bio l’année dernière », a fustigé auprès de l’AFP Christiane Lambert, la présidente de la FNSEA. Malgré les diverses mesures mises en place dans la loi alimentation, la situation ne s’améliore pas alors qu’un tiers des agriculteurs gagne toujours moins de 300 euros par mois ». Pour la Confédération paysanne et UFC Que Choisir cette loi est « un chèque en blanc de 1,6 milliard d’euros à la grande distribution » et un « chèque en bois pour les agriculteurs »

Mais le malaise des agriculteurs dépasse celui provoqué par les prix bas. Depuis des années, la FNSEA fustige ce qu’elle appelle l’agribashing. Sur les pancartes des manifestants on lit « PARIS : Paysans Assommés Réglementés Incompris Sans avenir » ou encore « France, veux-tu encore de tes paysans ? ». « Stigmatisation permanente, violences intolérables, accords commerciaux déloyaux, distorsions de concurrence insurmontables et revenus en berne, la détresse du monde agricole a franchi le seuil du supportable », explique la FNSEA.

Des attaques dans les fermes de plus en plus fréquentes

Plusieurs sujets, mis bout à bout, ont peu à peu creusé le fossé entre le monde paysan et les consommateurs. Sur le glyphosate par exemple, les agriculteurs de la FNSEA demandent du temps pour pouvoir trouver des alternatives quand les consommateurs veulent s’en passer, de suite. Mais c’est sur le bien-être animal que la question est la plus sensible. À coups de vidéos chocs dans les abattoirs et les élevages, des associations comme L214 ont alerté le grand public. Si ces méthodes, controversées, ont parfois permis d’avancer sur le sujet, ces intrusions ont été douloureusement vécues par les agriculteurs.

« Sérieusement, aucun autre acteur économique n’accepterait ça », fustige Patrick, éleveur dans les Hauts-de-France. Le nombre d’intrusions dans les élevages a triplé par rapport l’année dernière. Des fermes ont été incendiées, des murs tagués avec des inscriptions comme « camps de la mort « . Ces actes, perpétrés par des individus antispécistes et anti-viande, prennent des tournures de plus en plus violentes. Ce week-end, la tension est encore montée d’un cran. Dans la Drôme, quatre fermes ont été incendiées en deux jours, entraînant, dans l’une des fermes, la mort de 23 génisses. Si les auteurs n’ont pas encore été identifiés, la police penche plutôt vers la piste criminelle. « À un moment, il va y avoir un drame, un agriculteur va prendre un fusil », déplore Patrick, « et c’est encore le monde paysan qu’on va montrer du doigt ».  

Marina Fabre, @fabre_marina





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