En 2021, les poussins mâles ne seront plus broyés vivants, promet le gouvernement



Publié le 12 novembre 2019

Ils sont plus de 50 millions à subir ce sort chaque année. Les poussins mâles, trop peu rentables, sont broyés, gazés et même jetés, agonisants, dans des sacs-poubelles. Le gouvernement entend mettre fin à cette pratique d’ici 2021, d’autant que des alternatives existent. Cette mesure est l’occasion pour le ministère de l’Agriculture de redorer son blason sur le bien-être animal, dont le bilan est aujourd’hui léger. 

Ils sont broyés, gazés, jetés, encore agonisants, dans des sacs-poubelles. Le sort des poussins mâles issus de poules pondeuses est terrible. Plus de 50 millions de poussins sont ainsi éliminés chaque année en France. Une situation à laquelle le gouvernement pourrait bientôt mettre fin.

« Nous avons annoncé la semaine dernière avec ma collègue, ministre de l’Agriculture allemande, qu’on allait arrêter le broyage des poussins qui aujourd’hui n’est plus supportable. On a dit fin d’année 2021 », a indiqué le 31 octobre sur les ondes de France Inter le ministre de l’Agriculture Didier Guillaume. « Si on le fait tout de suite, qu’est ce qui se passe ? Il n’y a plus d’œufs », ajoute-t-il.

Qu’ils soient bio ou conventionnels, tous les œufs que nous mangeons sont issus d’une filière qui broie, vivant, les poussins mâles. Pour bien comprendre, les poussins naissent dans des couvoirs industriels. Les femelles sont vendues aux éleveurs et deviendront des poules pondeuses. Les mâles eux, sont tués dès leur naissance car pas assez rentables. Ils ne produisent pas d’œufs et ne peuvent pas être vendus pour leur chair car leur croissance est trop lente. 

Poulehouse vend des œufs qui ne broient pas les poussins mâles

Des alternatives existent pourtant. La startup Poulehouse s’y intéresse. La marque contrairement à toutes les autres, produis déjà des œufs bio qui n’envoient pas les poules pondeuses à l’abattoir à leurs 18 mois. Elle préfère les garder jusqu’à la fin de leur vie, environ 8 ans, même si leur productivité baisse. Cette fois, Poulehouse se distingue en travaillant avec Seleggt. Cette société allemande a mis au point une technique qui permet de déterminer le sexe du poussin alors qu’il est encore dans l’œuf.

Concrètement, cela consiste à percer la coquille à l’aide d’un laser pour prélever une goutte de liquide. Avec cette goutte, les scientifiques peuvent déterminer le sexe du futur poussin. Le trou lui, se résorbe en quelques heures. Et les œufs de poussins mâles sont transformés en farine alimentaire avant leur éclosion. Cette pratique reste encore marginale mais pourrait bien se généraliser. D’autant que le ministre de l’Agriculture n’a pour l’instant pas indiqué comment il allait accompagner les acteurs du secteur dans ce changement.

Un bilan léger sur le bien-être animal

Un manquement qui n’a pas échappé aux associations de bien-être animal. « Alors que des mesures ambitieuses ont été annoncées par le Ministre, les pistes évoquées conduisent au scepticisme », estime l’ONG Compassion in world farming (CIWF), « Le ministre a confirmé l’objectif de l’arrêt du broyage des poussins mâles en juillet 2021, mais comment cet objectif sera atteint reste encore à prouver. Il ne faudrait pas que cette annonce ne soit qu’un écran de fumée ».

Malgré l’invitation des associations de bien-être animal au ministère de l’Agriculture, les relations restent tendues avec Didier Guillaume. Il faut dire que le gouvernement n’a pas brillé depuis le début de son quinquennat sur le sujet. Les engagements de campagnes du Président de la République sur la mise en place du contrôle vidéo dans les abattoirs ou l’interdiction de la castration à vif, ont été rejetés par les députés. En juillet, c’est le soutien du gouvernement aux « vaches à hublot », ces vaches dont l’estomac a été perforé par un trou et dans lequel un hublot a été posé pour étudier leur digestion, qui a choqué le grand public.

Pour l’instant, le bilan en la matière est donc léger. Mais Didier Guillaume a promis que des « mesures fortes » allaient être annoncées courant novembre ou décembre. Et les associations l’attendent de pied ferme. 

Marina Fabre, @fabre_marina





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