le monde est déjà entré dans un cercle vicieux infernal



Publié le 25 septembre 2019

Après une nuit blanche de débats, les 195 États membres du Giec (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) ont adopté le rapport d’une centaine de scientifiques sur les impacts du changement climatique sur les océans et les glaciers. Le document de 900 pages démontre le cercle vicieux dans lequel l’humanité est entrée.

Ils sont les régulateurs du climat. Les océans et la cryosphère (glaciers, banquise, sols gelés…) sont essentiels à la vie sur notre planète. Ils fournissent 50 % de l’oxygène que nous respirons, absorbent jusqu’à un tiers du carbone que nous émettons et plus de 90 % de la chaleur emmagasinée sur Terre sous l’effet de serre.

Mais ils souffrent eux aussi du changement climatique et risquent de l’amplifier à leur tour si nous ne réduisons pas nos émissions. Un cercle vicieux infernal dans lequel l’humanité est déjà entrée, prévient le dernier rapport du Giec, adopté par la communauté internationale le 24 septembre et publié ce mercredi 25 septembre.

Les océans, des régulateurs climatiques en danger

Sous l’effet du changement climatique, les océans deviennent à la fois plus chauds, plus acides, plus salés et moins riches en oxygène. Leur rôle d’absorbeur carbonique s’en trouve de plus en plus affecté, limitant leur action bénéfique et aggravant encore le bilan carbone mondial. La capacité du puits de carbone de l’océan austral est par exemple dix fois inférieure aux précédentes estimations.

Depuis 1993, le réchauffement des océans a plus que doublé. Le nombre de vagues de chaleur marine a été multiplié par deux depuis les années 1980 et elles devraient être de 20 à 50 fois plus importantes. La concentration en oxygène a baissé de 2 % en 50 ans, avec des effets dévastateurs sur les écosystèmes marins. D’ici 2100, les récifs coralliens – qui abritent un tiers des espèces et dont dépendent 500 millions de personnes – pourraient ainsi disparaître dans un scénario 2°C et la biodiversité marine décliner de 17 %. Les stocks halieutiques s’en trouvent également modifiés et migrent vers l’hémisphère Nord, privant certaines régions de ressources essentielles.

Par ailleurs, le réchauffement des océans risque d’augmenter la fréquence et l’intensité d’événements météorologiques extrêmes qui se produiront une fois par décennie voire une fois par an dans le pire des cas. Des phénomènes comme El Niño seront deux fois plus fréquents et les cyclones tropicaux seront toujours plus intenses. Enfin, la hausse de la température à la surface des océans, qui pourrait atteindre +3°C d’ici 2100, a pour effet une dilatation de l’eau et donc une hausse du niveau des mers. Celle-ci aggrave encore les impacts des événements extrêmes.

La fonte des glaciers accélère la crise climatique

Mais, c’est la fonte des glaciers qui préoccupe surtout les scientifiques. Elle est en effet devenue le premier facteur de la hausse du niveau des mers. On s’attend à une élévation de 43 centimètres en moyenne dans un scénario 2°C, et de 84 centimètres (et jusqu’à 110 centimètres) avec un réchauffement compris entre 3 et 4°C. Les glaciers européens devraient perdre 80 % de leur volume. En Arctique, la banquise a déjà perdu 96 % de sa surface au cours des 35 dernières années et les glaces devraient disparaître une année sur trois dans un scénario 2°C. 

Or, les glaciers sont eux aussi des garants climatiques car ils réfléchissent les rayons du soleil dans l’espace. Une planète sans glaciers est une planète qui se réchauffe encore davantage. À cela vient s’ajouter l’impact de la fonte du permafrost. Entre 25 % et 70 % de ce pergélisol pourrait disparaître d’ici 2100 libérant des quantités très importantes de CO2 et de méthane (un gaz au pouvoir réchauffant 25 fois plus important que le carbone) et faisant dangereusement grimper le thermomètre.

Entre 20 et 90 % des zones humides côtières disparaîtraient sous les eaux. De nombreuses mégapoles côtières – dont la moitié est située sur le littoral –, et de petites nations insulaires se trouvent menacées. 280 millions de personnes seraient déplacées dans un scénario optimiste de 2°C. La pêche, dont dépendent 660 à 820 millions de personnes, et le tourisme seraient également impactés. Les pertes écosystémiques sont estimées entre 428 milliards de dollars en 2050 et près de 2 000 milliards de dollars en 2100.

Les négociations sur la haute mer au point mort

« Ce rapport fournit un message positif malgré des projections d’impact très inquiétantes si les rejets de gaz à effet de serre ne sont pas réduits drastiquement. Il montre qu’un scénario d’émission compatible avec l’accord de Paris permet de stabiliser ou modérer les impacts. L’état de l’océan futur est donc entre nos mains », tempère Jean-Pierre Gattuso, océanographe et auteur du rapport.

La dernière session de négociations sur la biodiversité en haute mer s’est achevée fin août sur un statu quo. Les États doivent parvenir d’ici 2020 à s’accorder sur un traité international qui permette notamment la création de réserves marines protégées en haute mer.

Lors du sommet Action Climat du 23 septembre, 13 gouvernements ont appelé à soutenir les solutions basées sur le climat : développer les énergies renouvelables marines, décarboner le transport maritime, protéger et restaurer les écosystèmes marins, favoriser les sources de protéines bas-carbone (fruits de mer, algues…) pour réduire la part de l’élevage. Ces mesures pourraient contribuer à 21 % des réductions d’émissions de gaz à effet de serre (GES) nécessaires d’ici 2050 pour limiter la hausse de la température mondiale à 1,5°C.   

Concepcion Alvarez, @conce1 





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