Le chlordécone, un scandale environnemental et sanitaire dont l’État serait le premier responsable



Publié le 02 décembre 2019

C’est un scandale environnemental et sanitaire d’envergure. Quarante ans après son interdiction, près de la totalité des Guadeloupéens et Martiniquais sont contaminés au chlordécone, un insecticide largement répandu dans les Antilles de 1973 à 1993. Un nouveau rapport parlementaire désigne le principal coupable : l’État.

C’est un rapport assassin concernant la responsabilité de l’État dans le scandale du chlordécone. Selon les premières conclusions présentées mardi 26 novembre d’un rapport d’une commission d’enquête parlementaire, l’État est « le premier responsable » de la pollution au chlordécone au Guadeloupe et en Martinique.  Cet insecticide a été largement répandu dans les Antilles entre 1973 et 1993. Son utilisation permettait de lutter contre le charançon, le plus grand prédateur des bananiers.

Les industriels et élus également pointés du doigt

Pourtant en 1979, l’OMS (l’Organisation mondiale de la santé) a reconnu ce perturbateur endocrinien comme neurotoxique, reprotoxique (effet néfaste sur la fertilité) et cancérogène probable. Il a été interdit en France métropolitaine en 1990 puis trois ans plus tard dans les Antilles, en raison de son extrême toxicité. Or plus de 40 ans après, 95 % des Guadeloupéens et 92 % des Martiniquais sont contaminés au chlordécone selon Santé publique France. 

« Indéniablement, l’État est le premier responsable », pour avoir autorisé la vente de ce produit, a expliqué la députée et rapporteure Justine Benin en présentant les grandes lignes du rapport à l’AFP. Mais « ces responsabilités sont partagées avec les acteurs économiques. Les industriels d’abord, mais aussi les groupements de planteurs et certains élus, qui ont défendu jusqu’au bout l’usage du chlordécone, qu’ils considéraient à tort comme un produit miracle sans possibilité d’alternative ».

Un fonds d’indemnisation pas suffisant

Auditionnés par la commission d’enquête, plusieurs ministres ont aussi reconnu la faute de l’État, à « une époque où la santé publique pesait moins dans les décisions qu’aujourd’hui », a avancé la ministre de la Santé Agnès Buzyn. En matière de réparation pour les malades, la création d’un fonds d’indemnisation des victimes des produits phytopharmaceutiques, inscrite dans le projet de loi de finances de la Sécurité sociale pour 2020 récemment adopté en première lecture par l’Assemblée nationale, apporte une première réponse. Mais celle-ci est « limitée » et « incomplète », ont déploré les membres de la commission d’enquête lors des auditions.

Le rapport préconise de lancer une étude sur le caractère cancérogène du chlordécone, mais aussi sur les possibilités de dépolluer les sols. C’est en septembre 2018 que l’exécutif a mis en lumière ce sujet. Alors qu’Emmanuel avait effectué une visite, pendant quatre jours, aux Antilles, l’Élysée avait plaidé « un aveuglement collectif », avant que le Président qualifie, après six mois d’auditions, le chlordécone de « scandale environnemental ». 

Marina Fabre, @fabre_marina avec AFP 





novethic

A lire aussi

Laisser un commentaire