Les interrogations après l’attaque terroriste de Londres



L’attentat commis à Londres vendredi, qui a fait deux morts et a été revendiqué par l
‘Etat islamique

, apparaît comme la sinistre répétition d’un scénario bien connu. Comme un écho lugubre, l’attaque au couteau à la Haye quelques heures plus tard, même si le mobile terroriste n’était pas établi dimanche, nous rappelle la facilité avec laquelle nos sociétés peuvent être bousculées : un individu, un couteau, tout un pays traumatisé.

Mais cette 
attaque interroge

plus en profondeur. A côté du terroriste ordinaire, Usman Khan, 28 ans, émerge la figure du héros du quotidien : six « braves individus », selon les mots de la Reine, ont permis de neutraliser l’assaillant, à coups d’extincteur, de corde de narval… et d’un couteau. La vidéo de leur intervention est devenue virale. Sadiq Khan, maire de Londres, a loué leur courage d’une manière délibérément politique, rappelant que le groupe des six inclut un cuisinier « d’origine polonaise ». Un clin d’oeil au Brexit et à l’ouverture de la société britannique.

Car cette attaque intervient aussi en pleine campagne électorale, à deux semaines des élections du 12 décembre, et le parcours du terroriste relance la question de l’adaptation de nos systèmes judiciaires et sécuritaires : condamné en 2012 pour infractions terroristes, remis en liberté conditionnelle six ans plus tard, Usman Khan a agi en sortant d’une conférence sur la réhabilitation des prisonniers. Boris Johnson, Premier ministre en fonction mais surtout chef de campagne des Conservateurs, a proposé dès dimanche d’instaurer un plancher d’emprisonnement de 14 ans et l’application intégrale des peines prononcées pour les infractions terroristes. Sombre ironie de l’histoire : l’un des passants téméraires a lui-même été condamné pour meurtre en 2004.

Peut-on libérer un terroriste ? La réhabilitation est-elle un leurre ? Comment se protéger davantage ? Que dit cet événement du rapport au monde des Britanniques, entre volonté de protection, nécessité d’ouverture et fierté ambiguë du courage ordinaire ?

Ces paradoxes sont aussi les nôtres. Et une seule chose est sûre : c’est en restant le plus proche possible, par la coopération de nos services de police, de justice, de renseignement, en luttant contre les réseaux ou la propagande terroriste en ligne, que le Royaume-Uni et l’Union européenne seront efficaces et justes dans ce long combat commun.



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